À 19 ans, Salim Kevin dessine pour s’exprimer, se concentrer et surtout se dépasser. Depuis ses premiers gribouillages au collège de M’tsamboro, le jeune habitant de Barakani n’a cessé de perfectionner son trait. Au sein du GEM de Combani, il nourrit aujourd’hui le rêve de faire de son talent un métier.
« L’essentiel pour un artiste, c’est de reconnaître ses torts et de s’améliorer. » À 19 ans, Salim Kevin a déjà fait de cette phrase une véritable ligne de conduite. Originaire de Barakani, à Ouangani, le jeune homme se rend régulièrement à Combani, dans les locaux de Mlezi Maoré, où il participe aux activités du Groupe d’entraide mutuelle (GEM). C’est ici qu’il trouve un espace pour pratiquer son art, mais aussi pour s’ouvrir aux autres et s’évader.
Le dessin occupe une place particulière dans sa vie. Tout a commencé au collège de M’tsamboro, lorsqu’il était en cinquième. À l’époque, Salim Kevin avait du mal à se concentrer en classe. Alors, il gribouillait sur ses cahiers. « Au fur et à mesure, c’est devenu ma passion », raconte-t-il. Ses camarades ont fini par le surnommer « le dessinateur ». Il passe alors de plus en plus de temps à dessiner, notamment des personnages de Dragon Ball, qu’il reproduit en s’inspirant de vidéos de Son Goku.
C’est à ce moment-là qu’il comprend qu’il pourrait aller plus loin. « Quand j’ai commencé à dessiner, je dessinais magnégné, mais je me suis toujours dit que je pouvais encore faire mieux, que je pouvais faire autrement. » Plus il pratique, plus son envie de progresser grandit. Son parcours connaît toutefois une interruption en classe de troisième. Après cette pause, il reprend le dessin et poursuit son apprentissage avec la même volonté de se dépasser.
Aujourd’hui, il alterne les portraits et les paysages et travaille avec différents matériaux, notamment le stylo et la peinture. Son dessin préféré est un portrait à l’atmosphère sinistre, travaillé et affiné au stylo. Mais le jeune artiste sait qu’il doit encore progresser. « Je suis limité concernant les matériaux. Je me vois faire mieux, mais je fais avec ce que j’ai. » Pour lui, ces contraintes ne sont pas un frein définitif : elles l’obligent à chercher d’autres manières de créer.
Sur sa main droite, une brûlure laisse une marque visible. Elle date du cyclone Chido. Certains la trouvent « moche », mais Salim Kevin, lui, porte un autre regard sur cette cicatrice. « Moi, je trouve ça stylé. » Il souhaite transformer cette trace en force, à l’image de sa manière d’aborder le dessin : partir de ce qui existe et en faire quelque chose de personnel.
Du gribouillage à la passion
Pour lui, dessiner est avant tout une manière de se sentir libre. « C’est une manière pour moi de me sentir libre et d’exprimer ce que je ressens », explique-t-il. Le dessin lui permet également de se concentrer. Au sein du GEM, il trouve ainsi un cadre dans lequel il peut pratiquer régulièrement et continuer à étoffer sa technique. Il s’y rend plusieurs fois par semaine, avec l’envie de progresser encore.
Son ambition dépasse toutefois la simple pratique artistique. Salim Kevin aimerait faire de son talent un véritable métier. Il rêve de devenir dessinateur, mais aussi de pouvoir aider sa famille et « sortir du besoin ». Une réussite qui, pour lui, passerait nécessairement par le travail et la persévérance.
Il garde également en tête un autre rêve : exposer ses œuvres. Une première occasion se présente le 5 octobre prochain, lors d’une rencontre réunissant les différents GEM de Mayotte. Une étape importante pour celui qui considère le dessin comme « son seul moyen de s’ouvrir et de s’évader ».
Journaliste, aussi passionné par les paysages de Mayotte que par sa culture. J’ai toujours une musique de rap en tête.


































