Hatubou Antoy, chef du service régional de l’Insee à Mayotte.
Selon l’Insee, le taux d’emploi des 15-64 ans tombe à 30 % en 2025, son plus faible niveau depuis 2014, tandis que 53 % des salariés travaillent dans le secteur public. Deux chiffres qui illustrent les difficultés persistantes du marché de l’emploi et le poids encore limité du secteur privé à Mayotte.
Dans la tourmente après la contestation par l’Association des maires de Mayotte, qui demande le réexamen des résultats du recensement 2025-2026, l’Insee poursuit ses travaux de terrain et ses publications sur le territoire.
Ce vendredi 11 septembre, lors d’une conférence de presse, l’institut a présenté les résultats de deux études consacrées à l’emploi à Mayotte. La première concerne l’enquête Emploi 2025, menée pour la deuxième année consécutive sur le territoire. Elle permet de dresser un état des lieux du marché du travail, en suivant notamment l’évolution de l’emploi et du chômage. La seconde, intitulée “Établissements et emplois salariés à Mayotte fin 2024”, constitue une première pour Mayotte. Elle apporte un éclairage sur le nombre de salariés et d’établissements, les secteurs qui concentrent les emplois et leur répartition sur le territoire, tout en permettant de comparer la situation mahoraise au niveau national.
En 2025 à Mayotte, seulement 30 % des personnes de 15-64 ans occupent un emploi.
Un taux de chômage à 25%
Du côté de l’enquête Emploi 2025, les données sont claires : la situation sur le marché du travail se dégrade à Mayotte après le cyclone Chido.
“De nombreuses personnes se retirent du marché du travail, cela peut s’expliquer par les difficultés rencontrées pour se loger par exemple, ce qui peut avoir entravé les recherches éventuelles d’emploi”, relève Hatubou Antoy, chef du service régional de l’Insee à Mayotte.
Au total, en 2025 à Mayotte, 68 300 personnes n’ont pas d’emploi et souhaitent travailler.
Ainsi, en 2025, à peine 40 % des personnes de 15 à 64 ans sont en emploi ou au chômage, soit 5 points de moins qu’en 2024. Le taux d’emploi baisse de 2 points sur un an pour atteindre son plus faible niveau depuis 2014.
En 2025, seulement 30 % des 15-64 ans occupent un emploi à Mayotte, une part très éloignée de la moyenne hexagonale (70 %). Le recul de l’emploi concerne principalement les hommes et les personnes de 50 à 64 ans.
“Cela s’explique notamment par un marché de l’emploi encore peu développé à Mayotte, en particulier dans le secteur privé. Le taux d’emploi évolue à contre-courant des autres départements et régions d’outre-mer”, souligne Édouard Fabre, chef de projet à la division étude de l’Insee La Réunion – Mayotte.
En parallèle, le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) baisse de 4 points pour s’établir à 25 %. Il reste toutefois plus de trois fois supérieur à celui de l’Hexagone, qui s’établit à 7,5 %.
Plus de la moitié des salariés travaillent dans le secteur public à Mayotte.
Cette baisse n’est pas le signe d’une amélioration. Car dans un second temps l’Insee observe une forte hausse du halo autour du chômage. Ce halo désigne les personnes qui souhaitent travailler mais qui ne sont pas comptabilisées comme chômeurs au sens du BIT, notamment parce qu’elles ne recherchent pas activement un emploi ou ne sont pas immédiatement disponibles pour travailler.
Ainsi, 28 % des personnes de 15 à 64 ans souhaiteraient travailler mais n’effectuent pas de démarches actives de recherche d’emploi ou ne sont pas disponibles pour en occuper un ; cette part augmente de 5 points en un an.
“Si le taux de chômage baisse et que le nombre de personnes dans le halo augmente ce n’est pas une bonne nouvelle”, alerte le chef de projet. “Ces gens qui faisaient jusqu’à présent les démarches actives ont arrêté soit pour des soucis de santé soit par découragement. Cela montre une contraction du marché du travail et caractérise un faible nombre d’emplois”.
Au total, 68.300 personnes de 15 à 64 ans n’ont pas d’emploi et souhaiteraient travailler (halo et chômage).
À noter que l’enquête Emploi prend en compte à la fois l’emploi formel et l’emploi informel.
Un secteur privé encore limité, plus de la moitié des salariés travaillent dans le secteur public
Pour la seconde étude, inédite à Mayotte, l’Insee s’est appuyé pour la première fois sur les statistiques issues de la Déclaration sociale nominative (DSN), un dispositif qui permet aux employeurs de transmettre chaque mois aux administrations les informations relatives à leurs salariés. Elle permet d’obtenir une vraie visibilité chiffrée du secteur.
Résultat : fin 2024, le territoire compte 3.220 établissements déclarant 51.100 emplois salariés.
Dans le privé, le commerce et la construction regroupent un tiers de l’emploi à Mayotte.
Les chiffres montrent que plus de la moitié des salariés à Mayotte travaillent dans le secteur public, soit 53 %. Une part plus de deux fois supérieure à celle observée dans l’Hexagone (22 %) et également plus importante qu’à La Réunion (31 %).
Ce constat traduit en fait un déficit d’emplois dans le secteur privé, lié à un développement encore limité de ce secteur sur l’île, remarque l’institut national de la statistique.
Avec peu d’industrie, l’emploi dans le privé est porté par le commerce et la construction qui regroupent le tiers de l’emploi privé. En particulier, la construction occupe une part deux fois plus importante de l’emploi privé que dans l’Hexagone.
Par ailleurs, dans le secteur privé, l’emploi est plus concentré qu’ailleurs dans les petits établissements : 6 salariés sur 10 travaillent à Mayotte dans une structure de moins de 50 salariés. Au contraire, les très grands établissements de 250 salariés ou plus ne concentrent que 5 % de l’emploi salarié, contre 20 % dans l’Hexagone.
L’activité économique est concentrée dans le chef-lieu Mamoudzou qui regroupe 47% des établissements et 58% des salariés. Koungou, Tsingoni, Dembéni, Dzaoudzi et Pamandzi représentent 27% des établissements et 21% des salariés.
“On va voir ce que donneront les données de la DSN pour 2025 concernant l’emploi salarié, mais il y a de fortes chances que le nombre baisse”, poursuit Édouard Fabre. “Ce qui est à peu près sûr, c’est qu’on ne sera pas à 60.000 emplois salariés fin 2025, alors qu’on en comptait 51.000 fin 2024”.
Concernant le lieu de naissance des salariés en 2024, l’Insee n’est toutefois pas en mesure de fournir de données : un problème technique lors du codage des informations n’a pas permis de les exploiter.
D’autres données sur l’emploi doivent prochainement compléter ce premier état des lieux. Une étude consacrée à l’emploi privé et aux salaires, menée avec la DEETS, est attendue le 20 octobre. Au premier trimestre 2027, l’Insee prévoit également de publier une étude sur les salaires dans le secteur public.
Ce vendredi 11 septembre, lors d’une conférence de presse, l’institut a présenté les résultats de deux études consacrées à l’emploi à Mayotte. La première concerne l’enquête Emploi 2025, menée pour la deuxième année consécutive sur le territoire. Elle permet de dresser un état des lieux du marché du travail, en suivant notamment l’évolution de l’emploi et du chômage. La seconde, intitulée “Établissements et emplois salariés à Mayotte fin 2024”, constitue une première pour Mayotte. Elle apporte un éclairage sur le nombre de salariés et d’établissements, les secteurs qui concentrent les emplois et leur répartition sur le territoire, tout en permettant de comparer la situation mahoraise au niveau national.
En 2025 à Mayotte, seulement 30 % des personnes de 15-64 ans occupent un emploi.
Un taux de chômage à 25%
Du côté de l’enquête Emploi 2025, les données sont claires : la situation sur le marché du travail se dégrade à Mayotte après le cyclone Chido.
“De nombreuses personnes se retirent du marché du travail, cela peut s’expliquer par les difficultés rencontrées pour se loger par exemple, ce qui peut avoir entravé les recherches éventuelles d’emploi”, relève Hatubou Antoy, chef du service régional de l’Insee à Mayotte.
Au total, en 2025 à Mayotte, 68 300 personnes n’ont pas d’emploi et souhaitent travailler.
Ainsi, en 2025, à peine 40 % des personnes de 15 à 64 ans sont en emploi ou au chômage, soit 5 points de moins qu’en 2024. Le taux d’emploi baisse de 2 points sur un an pour atteindre son plus faible niveau depuis 2014.
En 2025, seulement 30 % des 15-64 ans occupent un emploi à Mayotte, une part très éloignée de la moyenne hexagonale (70 %). Le recul de l’emploi concerne principalement les hommes et les personnes de 50 à 64 ans.
“Cela s’explique notamment par un marché de l’emploi encore peu développé à Mayotte, en particulier dans le secteur privé. Le taux d’emploi évolue à contre-courant des autres départements et régions d’outre-mer”, souligne Édouard Fabre, chef de projet à la division étude de l’Insee La Réunion – Mayotte.
En parallèle, le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) baisse de 4 points pour s’établir à 25 %. Il reste toutefois plus de trois fois supérieur à celui de l’Hexagone, qui s’établit à 7,5 %.
Plus de la moitié des salariés travaillent dans le secteur public à Mayotte.
Cette baisse n’est pas le signe d’une amélioration. Car dans un second temps l’Insee observe une forte hausse du halo autour du chômage. Ce halo désigne les personnes qui souhaitent travailler mais qui ne sont pas comptabilisées comme chômeurs au sens du BIT, notamment parce qu’elles ne recherchent pas activement un emploi ou ne sont pas immédiatement disponibles pour travailler.
Ainsi, 28 % des personnes de 15 à 64 ans souhaiteraient travailler mais n’effectuent pas de démarches actives de recherche d’emploi ou ne sont pas disponibles pour en occuper un ; cette part augmente de 5 points en un an.
“Si le taux de chômage baisse et que le nombre de personnes dans le halo augmente ce n’est pas une bonne nouvelle”, alerte le chef de projet. “Ces gens qui faisaient jusqu’à présent les démarches actives ont arrêté soit pour des soucis de santé soit par découragement. Cela montre une contraction du marché du travail et caractérise un faible nombre d’emplois”.
Au total, 68.300 personnes de 15 à 64 ans n’ont pas d’emploi et souhaiteraient travailler (halo et chômage).
À noter que l’enquête Emploi prend en compte à la fois l’emploi formel et l’emploi informel.
Un secteur privé encore limité, plus de la moitié des salariés travaillent dans le secteur public
Pour la seconde étude, inédite à Mayotte, l’Insee s’est appuyé pour la première fois sur les statistiques issues de la Déclaration sociale nominative (DSN), un dispositif qui permet aux employeurs de transmettre chaque mois aux administrations les informations relatives à leurs salariés. Elle permet d’obtenir une vraie visibilité chiffrée du secteur.
Résultat : fin 2024, le territoire compte 3.220 établissements déclarant 51.100 emplois salariés.
Dans le privé, le commerce et la construction regroupent un tiers de l’emploi à Mayotte.
Les chiffres montrent que plus de la moitié des salariés à Mayotte travaillent dans le secteur public, soit 53 %. Une part plus de deux fois supérieure à celle observée dans l’Hexagone (22 %) et également plus importante qu’à La Réunion (31 %).
Ce constat traduit en fait un déficit d’emplois dans le secteur privé, lié à un développement encore limité de ce secteur sur l’île, remarque l’institut national de la statistique.
Avec peu d’industrie, l’emploi dans le privé est porté par le commerce et la construction qui regroupent le tiers de l’emploi privé. En particulier, la construction occupe une part deux fois plus importante de l’emploi privé que dans l’Hexagone.
Par ailleurs, dans le secteur privé, l’emploi est plus concentré qu’ailleurs dans les petits établissements : 6 salariés sur 10 travaillent à Mayotte dans une structure de moins de 50 salariés. Au contraire, les très grands établissements de 250 salariés ou plus ne concentrent que 5 % de l’emploi salarié, contre 20 % dans l’Hexagone.
L’activité économique est concentrée dans le chef-lieu Mamoudzou qui regroupe 47% des établissements et 58% des salariés. Koungou, Tsingoni, Dembéni, Dzaoudzi et Pamandzi représentent 27% des établissements et 21% des salariés.
“On va voir ce que donneront les données de la DSN pour 2025 concernant l’emploi salarié, mais il y a de fortes chances que le nombre baisse”, poursuit Édouard Fabre. “Ce qui est à peu près sûr, c’est qu’on ne sera pas à 60.000 emplois salariés fin 2025, alors qu’on en comptait 51.000 fin 2024”.
Concernant le lieu de naissance des salariés en 2024, l’Insee n’est toutefois pas en mesure de fournir de données : un problème technique lors du codage des informations n’a pas permis de les exploiter.
D’autres données sur l’emploi doivent prochainement compléter ce premier état des lieux. Une étude consacrée à l’emploi privé et aux salaires, menée avec la DEETS, est attendue le 20 octobre. Au premier trimestre 2027, l’Insee prévoit également de publier une étude sur les salaires dans le secteur public.