Une famille se bat depuis trois ans pour récupérer sa maison à Kangani, dans la commune de Koungou. Entre loyers impayés, désaccords sur le bail et échanges tendus avec leur locataire, les propriétaires ont finalement décidé de réinvestir leur propre logement. Une situation devenue particulièrement conflictuelle, alors que chacun campe désormais sur ses positions.
« Nous, on ne partira pas d’ici. On ne partira pas de là », martèle Zizina Saindou, propriétaire de la maison, d’une voix déterminée. Pour cette mère de famille, il est désormais hors de question de renoncer à son bien. Tout commence le 1er janvier 2017. À l’époque, la famille décide de louer sa maison pour un loyer mensuel de 650 euros. Le locataire est loin d’être un inconnu : il est considéré comme un proche, puisqu’il s’agit d’un ami du beau-frère de la propriétaire. La confiance s’installe et, pendant plusieurs années, la location se déroule sans difficulté majeure.
La situation change en 2023. La famille informe alors le locataire de son souhait de récupérer la maison afin d’y loger leur fille, qui doit prochainement se marier.
« Quelques jours après les fiançailles, mon conjoint a appelé le locataire pour lui dire que, finalement, son contrat de bail prendrait fin le 31 décembre 2025. Il n’y aurait plus de contrat et il devait chercher un autre logement », raconte Zizina Saindou.
Dans cette perspective, la famille commence à préparer le retour dans la maison. Elle se rend notamment à l’étranger pour acheter du matériel destiné à sa rénovation. Selon la propriétaire, le logement avait besoin d’importants travaux. « Il avait sali la maison, donc il fallait tout refaire », affirme-t-elle. Carrelage, doubles vitrages et autres matériaux sont achetés pour remettre le logement en état. « On a acheté les carreaux, les doubles vitrages, tout ce qu’il fallait pour rénover la maison du sol au plafond », poursuit-elle.
Le locataire refuse de quitter les lieux
Un préavis est adressé au locataire huit mois avant l’échéance du bail. Mais, selon la propriétaire, le courrier est resté quatre mois à la poste sans être récupéré. Le locataire aurait, de son côté, décidé de ne pas quitter les lieux. Les difficultés financières viennent ensuite alimenter le conflit. De mai à décembre 2024, le locataire ne verse plus que 500 euros par mois au lieu des 650 euros prévus au contrat. Il justifie cette diminution par une prétendue perte de valeur du logement. Puis, à partir du 1er janvier 2025, les paiements cessent complètement.
« Il nous exigeait des quittances de loyer à 650 euros alors qu’il ne payait que 500 euros. Quand il a réduit le loyer à 500 euros, nous lui avons dit que nous ne pouvions pas lui délivrer une quittance de 650 euros s’il ne payait pas l’intégralité du loyer », explique Zizina Saindou.
Au fil des mois, les impayés s’accumulent. La dette atteint finalement 6 050 euros, correspondant à neuf mois de loyers, selon la propriétaire. Une somme qui sera finalement réglée après que la famille a décidé de se rendre directement dans le logement. Le locataire reprend alors ses paiements et, pendant un temps, la situation semble revenir à la normale.
Un nouveau bras de fer en 2026
Mais l’accalmie est de courte durée. À partir de janvier 2026, les loyers cessent une nouvelle fois d’être réglés. Cette fois, le locataire conteste le droit de propriété de la famille sur le terrain.
« Il nous a envoyé un mail en disant que nous n’étions pas propriétaires du terrain. Il nous disait que le terrain appartenait à la commune de Koungou et que, par conséquent, il ne nous devait rien », rapporte la propriétaire. Malgré cette nouvelle période de tension, certains retards sont finalement régularisés. La famille affirme avoir reçu deux virements, de 1 350 euros et de 650 euros. Mais depuis plusieurs mois, les paiements ont de nouveau cessé. « Depuis avril, mai, juin, juillet et août 2026, il ne paie plus rien », témoigne Zizina Saindou. Selon elle, la dette s’élève désormais à 3 250 euros.
« Il nous a suggéré de louer un appartement pour notre fille »
Face à cette situation qui s’éternise, la famille décide de passer à l’action. Accompagnée de son mari et de ses cinq enfants, Zizina Saindou s’installe dans la maison alors que le locataire se trouve à Madagascar. La famille considère désormais le logement comme son propre bien et entend y rester. Dans un échange par courrier électronique, le locataire aurait même suggéré aux propriétaires de trouver un autre logement pour leur fille. « Il nous a envoyé un mail, nous suggérant d’aller louer un appartement pour notre fille », raconte la propriétaire, qui refuse catégoriquement cette option. Après trois années de conflit, la situation est désormais au point de rupture. Les propriétaires disent vouloir récupérer définitivement leur maison, tandis que le locataire, selon eux, refuse toujours de quitter les lieux.
Ce mercredi 19 août, le locataire est finalement revenu à Mayotte, après son séjour à Madagascar. Nous avons tenté de le joindre afin de recueillir sa version des faits, mais il n’a pas donné suite à nos sollicitations.
Le conflit, lui, reste entier. Et derrière cette bataille autour d’une maison, c’est désormais une relation de confiance, autrefois établie entre les deux parties, qui semble avoir définitivement volé en éclats.


































