« Le kibushi fait partie de mon identité », affirme Maria Chantal Saïd Halidi, plus connue sur les réseaux sociaux sous le nom de Maria des îles. À 23 ans, cette jeune étudiante originaire de Chiconi s’est donnée une mission : faire vivre le kibushi et sensibiliser les nouvelles générations à l’importance de sa transmission.
Souriante et joviale, Maria Chantal Saïd Halidi est aussi créatrice de contenu. Sur les réseaux sociaux, elle partage son quotidien, mais surtout son attachement à la culture mahoraise et à cette langue qui l’accompagne depuis l’enfance.
C’est auprès de ses parents et de ses grands-parents que Maria a appris le kibushi. « À la maison, on m’a toujours parlé en kibushi », raconte-t-elle. Pour la jeune femme, cette langue est bien plus qu’un simple moyen de communication : elle est une composante essentielle de son identité.
Elle encourage ainsi les parents à parler davantage kibushi avec leurs enfants, afin que la langue puisse continuer à se transmettre de génération en génération.
Maria réfute également l’idée selon laquelle parler une langue locale pourrait freiner l’apprentissage du français. « Nos langues locales, comme le kibushi et le shimaoré, n’empêchent absolument pas d’apprendre le français », souligne-t-elle.
Parmi les expressions qui lui sont particulièrement chères figure « Kara kakazu vakina », que l’on peut traduire littéralement par « comme un bois coupé » et qui signifie « comme deux gouttes d’eau ». Une expression transmise par ses grands-mères lorsqu’elles lui racontaient les halé-halélé, ces histoires traditionnelles qui ont marqué son enfance.
Une langue, deux variantes, une même identité
Ce qui fascine Maria dans le kibushi, c’est avant tout sa singularité. À Mayotte, plusieurs dizaines de milliers de personnes pratiquent cette langue, qui constitue une composante importante du patrimoine linguistique de l’île.
On distingue notamment deux formes de kibushi : le kibushi kisakalava et le kibushi kiantalautsi. Malgré leurs différences, ces variantes ne constituent pas un obstacle à la compréhension.
« Il y a des différences. À Madagascar, il y a plusieurs ethnies et chaque ethnie a un dialecte différent. Nous, on a deux dialectes qui viennent de Madagascar », explique-t-elle.
Pour Maria, cette diversité est aussi une richesse. Lorsqu’elle rencontre, à Mayotte, des personnes venues d’autres villages et qui parlent kibushi, elle ressent immédiatement une forme de proximité. « Quand j’entends quelqu’un parler la langue, j’ai l’impression qu’il y a un lien qui nous unit », confie-t-elle.
Pour Maria, parler kibushi revient à affirmer une part de ce qu’elle est. « C’est comme ma couleur de peau, mon origine, les habits traditionnels, ça fait partie de moi tout simplement. C’est ma première langue», affirme-t-elle.
Cette dimension identitaire prend d’autant plus de sens alors que la pratique du kibushi tend à reculer chez les jeunes générations, au profit notamment du français et du shimaoré.
Préserver la langue, c’est donc aussi préserver un lien avec ceux qui l’ont précédée. « Avoir la maîtrise de cette langue permet de garder un lien avec les générations précédentes », estime l’étudiante.
Ses grands-parents ont pour la plupart disparu. Il ne lui reste aujourd’hui qu’une grand-mère. Alors, lorsqu’elle échange avec les personnes âgées de Chiconi, Maria privilégie le kibushi. « Pour vraiment garder le lien avec nos ancêtres », explique-t-elle.
Des réseaux sociaux au service de la transmission
Ce combat pour la préservation du kibushi, Maria le mène également sur les réseaux sociaux. À travers des micro-trottoirs et des questions-réponses, elle invite les jeunes à tester leurs connaissances et surtout à s’exprimer dans la langue.
Une manière ludique de sensibiliser une génération qui pourrait, selon elle, être déterminante pour l’avenir du kibushi. L’idée de voir cette langue disparaître la préoccupe. « Ça me rendrait triste de m’imaginer que, d’ici vingt ou trente ans, il n’y ait plus personne qui puisse la parler », confie-t-elle. Son engagement est en tout cas remarqué à Chiconi. Les habitants de la commune l’encouragent et saluent son travail. « J’adore ce que Maria fait sur les réseaux sociaux. Elle met bien en avant notre village », témoigne un habitant d’une trentaine d’années.
Dans sa famille aussi, Maria est devenue une figure inspirante. Sa petite sœur de 14 ans la considère comme un modèle. « Elle fait beaucoup de choses que j’admire énormément », confie la jeune adolescente.
Pour Maria, la transmission ne doit toutefois pas s’arrêter aux réseaux sociaux. Elle souhaite, à l’avenir, aller plus loin en publiant un livre entièrement écrit en kibushi.
Un projet qui résume à lui seul son engagement : faire du kibushi non seulement la langue de ses souvenirs et de ses ancêtres, mais aussi celle de l’avenir.


































