À Anjouan, des dockers réclament des rémunérations impayées depuis 2023

Près d’une cinquantaine de dockers intervenant sur le port de Mutsamudu affirment ne pas être rémunérés depuis 2023. Une mise en demeure a été adressée le 31 juillet à Michel Labourdère, président de la SGTM. La compagnie maritime conteste toute responsabilité et assure ne pas employer de dockers aux Comores. Un travailleur interrogé anonymement livre une autre version.

Cent euros par mois. C’est la rémunération que des dockers de Mutsamudu disent avoir accepté, verbalement, pour charger et décharger des bagages et des marchandises, assurer des opérations de manutention ou encore nettoyer des navires. Selon eux, cette somme ne leur est plus versée depuis 2023.

Dans une mise en demeure datée du 31 juillet et adressée à Michel Labourdère, président de la Société de gestion et de transport maritime (SGTM), les travailleurs estiment qu’une cinquantaine de personnes sont concernées. Ils réclament le paiement des sommes dues, la formalisation de leurs relations de travail et une amélioration de leurs conditions d’exercice.

Le courrier a été envoyé sous couvert d’anonymat. Les dockers expliquent craindre des représailles professionnelles s’ils rendent leur identité publique. Ils affirment également avoir déjà alerté l’Inspection du travail d’Anjouan au premier semestre 2024, sans obtenir de régularisation.

La SGTM conteste toute responsabilité

Contacté, Michel Labourdère rejette cependant les accusations visant sa société. « SGTM n’est pas implantée aux Comores », répond-il. Il assure également que la compagnie « ne fait pas appel au service de dockers » et que les opérations de manutention sont assurées par la Société comorienne des ports (SCP), une entreprise publique. « Notre agent, l’Agence Jaffar, n’est pas en charge de la manutention », insiste-t-il.

Un docker, interrogé anonymement, confirme une partie de cette version. Il reconnaît que la SGTM n’est pas juridiquement implantée à Anjouan et que des dockers de la Société comorienne des ports interviennent bien lors des opérations portuaires.

Mais il assure qu’ils ne sont pas les seuls. Selon lui, une seconde équipe travaille pour l’Agence Jaffar et participe, aux côtés des agents de la SCP, au chargement et au déchargement des navires assurant les liaisons entre Anjouan et Mayotte. Lui-même dit notamment charger et décharger les colis transportés par les bateaux de la compagnie.

Un accord verbal avec Mohamed Jaffar

Son récit laisse toutefois entière une question centrale : qui est juridiquement l’employeur de ces travailleurs et à qui revient le paiement des rémunérations qu’ils réclament ? À Anjouan, la SGTM est représentée par l’Agence Jaffar, une société dirigée par Mohamed Jaffar, dit « Kerinoss ». C’est avec ce dernier que le docker interrogé affirme avoir convenu verbalement d’une rémunération de 100 euros par mois.

Le travailleur décrit ainsi deux catégories de dockers intervenant lors de certaines escales : ceux de la Société comorienne des ports, rémunérés dans le cadre de cette entreprise publique, et ceux qui, selon lui, travaillent directement pour l’Agence Jaffar. Il affirme que les dockers de l’Agence Jaffar se distinguent notamment par leurs dossards et qu’ils prennent en charge les bagages et marchandises à l’arrivée comme au départ des navires.

Toutefois, les dockers ont choisi d’adresser leur courrier au dirigeant de la SGTM. Ils affirment que “Kerinoss” agirait sous l’autorité de Michel Labourdère. Ils soutiennent également que celui-ci avait déjà été informé de leur situation en 2024 à la suite d’une démarche auprès de l’Inspection du travail d’Anjouan.

Le docker interrogé soutient également que Michel Labourdère verserait régulièrement à Mohamed Jaffar des sommes destinées, selon lui, à rémunérer les travailleurs intervenant pour l’agence sans que celles-ci ne leurs parviennent. Aucun élément communiqué à ce stade ne permet toutefois de corroborer ces affirmations.

Le président de la SGTM qualifie ces accusations de « pure diffamation ». Il rappelle que la compagnie maritime « n’a ni filiale ni succursale » aux Comores et « n’emploie personne en dehors de Mayotte ». Selon lui, les opérations réalisées dans les ports étrangers relèvent d’agents maritimes locaux. Il compare cette organisation à celle d’une compagnie aérienne qui confie ses opérations d’escale à un prestataire local. « Quoi qu’il en soit, nos responsabilités s’arrêtent au bord du navire à quai », affirme-t-il.

Michel Labourdère indique par ailleurs s’être rendu à Anjouan la semaine précédente et avoir passé trois jours sur le port. « Personne ne m’a signalé quoi que ce soit émanant de l’Agence Jaffar », assure-t-il.

Quinze jours avant de saisir les autorités

Le juriste qui accompagne les dockers affirme que les dernières tentatives de règlement amiable n’ont rien donné.

Dans leur mise en demeure, les dockers accordent un délai de quinze jours à compter de la réception du courrier pour obtenir le règlement des rémunérations réclamées depuis 2023. Ils demandent également l’ouverture d’une enquête interne et la formalisation de leurs relations de travail.

À défaut, ils annoncent vouloir saisir les autorités comoriennes mais également françaises, notamment la préfecture de Mayotte, la Deets et, si nécessaire, les ministères concernés.

Ces démarches pourraient permettre de clarifier les liens entre les différents acteurs du dossier et, surtout, de déterminer qui emploie juridiquement les dockers et à qui incombe le paiement des rémunérations qu’ils réclament.

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