Une visite de trois jours au pas de course dans notre archipel pour une délégation taïwanaise de très haut niveau, conduite par François Wu Chihchung, vice-ministre des Affaires étrangères. Département-Région française et région ultrapériphérique de l’Union européenne dans le canal du Mozambique, Mayotte a choisi d’entamer cette année une diplomatie régionale tous azimuts, en multipliant ses partenariats internationaux. Longtemps cantonnée à une démarche d’insertion régionale dans son environnement géographique immédiat, l’île mise désormais sur une coopération gagnant-gagnant à l’international. Après l’Afrique continentale, le curseur s’est déplacé très loin, en Asie, du côté de la République de Taïwan.
Mayotte tisse une nouvelle coopération régionale avec Taïwan. Les deux parties doivent apprendre à mieux se connaître, selon François Wu Chihchung, qui a confié à notre journal, mercredi matin en Petite-Terre, avoir effectué cette semaine à Mayotte la visite la plus marquante de ses déplacements officiels dans le cadre de ses fonctions de diplomate. Ancien ambassadeur de Taïwan à Paris, il occupe actuellement, à Taipei, les fonctions de vice-ministre des Affaires étrangères.
Son premier déplacement dans l’archipel de Mayotte augure de l’établissement d’un partenariat multisectoriel solide entre Mamoudzou et Taipei, n’excluant aucun domaine, dans la limite des prérogatives que la loi française offre aux autorités mahoraises en matière de coopération régionale décentralisée.
« Ce déplacement de nos amis taïwanais fait suite à une invitation que j’ai adressée au vice-ministre des Affaires étrangères de Taïwan, un ami que je connais depuis qu’il occupait les fonctions d’ambassadeur de son pays à Paris. J’ai eu l’occasion d’effectuer un premier déplacement à Taïwan en 2019, suivi d’un deuxième en avril 2026. À chaque fois, je lui parlais de Mayotte, de son potentiel en matière d’agriculture, de l’identité mahoraise qui méritait d’être découverte et de la possibilité de nouer des partenariats dans tous les domaines, notamment dans la francophonie, la culture et, évidemment, tout ce qui touche à la technologie, compte tenu du fait que Taïwan excelle dans ce domaine », a expliqué Thani Mohamed Soilihi, sénateur de Mayotte et récemment reconduit comme ministre de la Francophonie et des Partenariats internationaux par le président Emmanuel Macron.
Des Taïwanais satisfaits des opportunités de coopération constatées à Mayotte
Le sénateur mahorais n’a pas caché sa fierté d’avoir réussi à convaincre François Wu Chihchung et sa délégation de se rendre à Mayotte dans le cadre de relations partenariales qu’il a appris à mener lorsqu’il était membre du gouvernement français.
« Ces relations sont de différentes sortes. Pour notre île, aujourd’hui, il s’agit d’une diplomatie décentralisée : une collectivité qui accueille directement une délégation étrangère. C’est une démarche encouragée par Paris et qui a même fait l’objet d’une loi en 2016, la loi Letchimy, qui consacre une meilleure assise des collectivités d’outre-mer dans leur environnement géographique et leur permet de nouer des partenariats avec des territoires de leur choix. »
Le premier Mahorais à avoir été membre d’un gouvernement national n’a pas caché sa joie à l’issue de cette visite d’officiels taïwanais, soulignant particulièrement la satisfaction de ses invités devant les opportunités qu’ils ont constatées sur place.
« J’espère que la suite sera une délégation mahoraise que je vais former et guider pour aller à la découverte de Taïwan et former des partenariats mutuellement bénéfiques. »
Thani Mohamed Soilihi n’a pas manqué de mettre l’accent sur le fait que Mayotte a toujours cherché à se développer et à s’épanouir, à défendre haut et fort son identité et que ce nouveau pont qu’elle entend construire avec Taïwan est celui d’une collectivité française, région ultrapériphérique de l’Union européenne. Une relation nouvelle qui s’inscrit dans un parfait respect des relations diplomatiques de la France avec le monde entier.
Du côté de la délégation ministérielle taïwanaise, on rappelle une politique constante d’aide et de soutien aux pays durement frappés par des événements climatiques majeurs, tels que le tsunami au Japon en 2011.
« Taïwan est le pays qui a apporté le plus d’aide aux Japonais. Ce facteur a très largement amélioré les relations économiques et multisectorielles entre nos deux pays. Depuis, elles se sont développées de manière exponentielle », a observé le ministre François Wu Chihchung dans ses échanges avec Flash Infos.
Taïwan se dit prêt à accorder des bourses d’études à des étudiants mahorais et à les accueillir dans ses universités
Selon ses dires, il en a été de même avec la Chine populaire en 2008, lors du tremblement de terre qui a frappé la région du Sichuan, quand bien même les résultats furent différents et se sont soldés par une multiplication des menaces militaires à l’égard de Taïwan.
En dehors de ce cas particulier, la contribution de Taipei à travers le monde, à l’occasion de ce type d’événements, a toujours marqué le début d’une relation remarquable avec les pays bénéficiaires de ses aides.
L’invité de marque du sénateur Thani Mohamed Soilihi a expliqué que son pays avait apporté un soutien à Mayotte lors du cyclone Chido, en décembre 2024.
« Ma mission consiste à venir ici pour voir s’il existe des possibilités de développer des relations entre Taïwan et Mayotte, exactement comme nous l’avons fait avec le Japon. Naturellement, notre contribution il y a deux ans n’a rien de comparable avec ce que nous avons apporté aux Japonais, le problème étant que les Taïwanais ne connaissaient pas du tout Mayotte. »
François Wu Chihchung a précisé que sa venue dans l’archipel devait lui permettre de faire le point sur les aides que Taipei avait apportées à la France et à la Croix-Rouge lors du cyclone Chido, il y a bientôt deux ans, et, en parallèle, de faire connaître Mayotte aux Taïwanais afin de favoriser davantage d’échanges entre les deux peuples, avec l’espoir qu’ils seront optimaux et profitables aux deux parties.
Le vice-ministre taïwanais des Affaires étrangères a tenu à préciser que ce partenariat naissant entre Taipei et Mamoudzou s’inscrit dans le cadre d’une excellente entente entre la France et Taïwan, lesquelles souhaitent améliorer encore leurs relations bilatérales par de futurs investissements sur l’île de Mayotte.
S’agissant des domaines possibles de la coopération taïwano-mahoraise, François Wu Chihchung a confié à Flash Info qu’il allait falloir approfondir la réflexion, en raison de la brièveté de la mission qu’il venait de conduire sur le territoire mahorais. Il estime toutefois que, si les deux parties sont réellement décidées à travailler ensemble, il est primordial qu’une délégation mahoraise se rende dès que possible à Taipei.
« Taïwan n’impose absolument rien. Il faudra un accord des deux côtés et, pour ce faire, les Mahorais devront venir examiner ce qui sera bien pour eux. Ce que je peux d’ores et déjà affirmer, c’est notre disposition à accueillir des étudiants mahorais sur notre sol, si les autorités mahoraises l’agréent, et à leur offrir des bourses d’études. Je suis convaincu que cela favorisera beaucoup la compréhension entre les deux territoires », a conclu le chef de cette délégation taïwanaise de haut niveau.
Il a émis le vœu de voir Mayotte mieux se faire connaître à l’international afin de favoriser son développement, tout comme son pays a su le faire à une époque.
Les invités de marque du sénateur Thani Mohamed Soilihi ont consacré le dernier jour de leur visite marathon à Mayotte à la découverte de la Petite-Terre. Ils ont été accueillis par les élus, toutes qualités confondues, de Dzaoudzi-Labattoir et de Pamandzi, au rang desquels figurait le nouveau président de la communauté de communes, M. Charaffoudine Ramadani Toto.
Journaliste politique & économique


































