À Mayotte, la question migratoire structure le débat public depuis plus de vingt ans. Entre les arrivées en provenance principalement des Comores, la forte natalité locale et la croissance rapide de la population, les infrastructures publiques peinent à suivre. Si les responsables politiques s’opposent sur l’ampleur réelle du phénomène migratoire, les effets sur l’école, l’hôpital, le logement et l’emploi sont visibles au quotidien.
Une population qui continue de croître rapidement
Au 1er janvier 2026, la population de Mayotte est estimée à 338 208 habitants, contre 329 282 habitants un an plus tôt et 250 143 habitants lors du dernier recensement exhaustif de 2017. En moins de dix ans, l’île a ainsi gagné près de 88 000 habitants, confirmant sa place de territoire à la croissance démographique la plus rapide de France.
Cette hausse reste portée avant tout par un excédent naturel exceptionnel. En 2025, 9 070 enfants sont nés de mères domiciliées à Mayotte, soit une légère augmentation de 1,8 % par rapport à 2024. La fécondité demeure la plus élevée de France avec 3,5 enfants par femme, malgré une baisse sensible observée depuis plusieurs années. À titre de comparaison, l’indicateur de fécondité s’établit autour de 1,6 enfant par femme dans l’Hexagone.
La population mahoraise reste également l’une des plus jeunes d’Europe. L’âge médian est estimé à 23 ans, soit près de vingt ans de moins que celui observé en métropole. Les moins de 15 ans représentent environ 46 % de la population, contre seulement 18 % au niveau national.
La question migratoire demeure néanmoins au coeur du débat public. Selon l’Insee, les trois quarts des mères ayant accouché en 2025 étaient de nationalité étrangère, principalement comorienne. Les estimations officielles de population sont régulièrement contestées par certains élus locaux, qui considèrent que le nombre réel d’habitants serait supérieur aux 338 000 personnes recensées. L’Insee défend toutefois ses méthodes et rappelle que les chiffres avancés de 400 000 à 500 000 habitants ne reposent à ce jour sur aucune base statistique démontrée.
Des écoles saturées
L’éducation constitue l’un des principaux défis du département.
Chaque année, plusieurs milliers d’élèves supplémentaires doivent être accueillis. Les infrastructures ne suivent pas le rythme de la croissance démographique. De nombreux établissements fonctionnent encore en rotation : certains enfants suivent les cours le matin, d’autres l’après-midi.
Selon les projections des services de l’État citées dans plusieurs rapports publics, environ 1 200 salles de classe supplémentaires seraient nécessaires d’ici à 2031 pour absorber l’augmentation des effectifs scolaires.
La pression s’exerce particulièrement dans les communes les plus peuplées de l’île. Les enseignants dénoncent régulièrement des classes surchargées, tandis que les collectivités peinent à construire suffisamment vite de nouveaux établissements.
Pour les partisans d’un durcissement de la politique migratoire, cette saturation résulte directement des arrivées de population. D’autres observateurs rappellent que le retard historique des investissements éducatifs explique également une partie des difficultés actuelles.
Un hôpital sous tension permanente
Le système de santé mahorais subit lui aussi une forte pression.
Le Centre hospitalier de Mayotte demeure l’unique établissement hospitalier de référence pour l’ensemble du territoire. Malgré des extensions successives, les capacités d’accueil restent limitées face à l’augmentation constante de la population.
La maternité de Mamoudzou figure régulièrement parmi les plus actives de France. La forte natalité locale et les besoins de santé d’une population jeune contribuent à une activité particulièrement soutenue.
Le territoire souffre également d’un déficit chronique de professionnels de santé. Les autorités sanitaires soulignent régulièrement les difficultés de recrutement de médecins spécialistes, d’infirmiers et de personnels hospitaliers.
Cette situation se traduit par des délais d’attente importants et par de nombreuses évacuations sanitaires vers La Réunion ou la métropole pour les cas les plus complexes.
Le logement, symbole des tensions sociales
La crise du logement constitue probablement la manifestation la plus visible de la croissance démographique.
Selon les données de l’Insee et de l’Agence régionale de santé, une part importante des habitants vit encore dans des logements précaires construits en tôle, en bois ou avec des matériaux légers.
Dans plusieurs communes, l’urbanisation progresse plus rapidement que les capacités d’aménagement des collectivités. Des quartiers informels se développent à la périphérie des centres urbains, souvent sans accès complet à l’eau, à l’assainissement ou aux équipements publics.
Les conséquences sont multiples : surpeuplement, tensions foncières, difficultés d’accès au logement social et dégradation des conditions de vie dans certains secteurs.
Le passage du cyclone Chido en décembre 2024 a encore aggravé la situation en détruisant de nombreux habitats précaires.
Un marché du travail sous pression
L’emploi représente l’autre grande préoccupation des Mahorais.
Selon l’Insee, seule une personne sur trois âgée de 15 à 64 ans occupait un emploi en 2024. Le chômage demeure largement supérieur à la moyenne nationale et touche particulièrement les jeunes.
Dans le même temps, une partie de l’économie repose sur le travail informel. Certains secteurs, notamment le bâtiment, l’agriculture ou les services à la personne, emploient une main-d’oeuvre peu qualifiée, parfois non déclarée.
Cette réalité nourrit un sentiment de concurrence pour les emplois les plus précaires. De nombreux habitants estiment que l’immigration accentue les difficultés d’accès au travail. D’autres soulignent que le principal problème reste l’insuffisance du tissu économique local et le manque de créations d’emplois formels.
Un débat qui oppose deux lectures
Au fond, le débat mahorais oppose deux analyses. La première considère que l’immigration est la cause principale de la saturation des services publics et de l’insécurité sociale. La seconde estime que les difficultés actuelles résultent avant tout d’un sous-investissement historique de l’État et d’infrastructures longtemps sous-dimensionnées.
Les données disponibles montrent que les deux phénomènes se combinent. La croissance démographique, qu’elle soit liée aux naissances ou aux migrations, accroît mécaniquement les besoins. Mais les équipements publics n’ont pas toujours été développés au même rythme.
C’est précisément cette articulation entre pression migratoire, explosion démographique et retard d’équipement qui explique pourquoi le débat reste aujourd’hui l’un des plus sensibles de Mayotte.


































