Une voix s’est définitivement éteinte jeudi soir, laissant derrière elle le souvenir d’un journaliste exceptionnel. Emanuel Tusévo Diasanvu s’en est allé vers cet autre monde, vers ces verts pâturages dont l’on ne revient pas. Depuis l’annonce de sa disparition, une pluie d’hommages et une multitude de souvenirs affluent de toutes parts. Beaucoup les ont déjà ressassés et continueront de le faire pendant des heures, des années, voire des décennies, pour se souvenir du grand journaliste que fut « Manu ».
La presse mahoraise est en deuil ce week-end après l’annonce, jeudi 11 juin 2026, du décès du journaliste Emanuel Tusévo, « Manu » pour les amis, survenu hors de l’île. L’information a été communiquée par son fils, Franck Tusévo.
Notre confrère était malade depuis plusieurs années. Il avait quitté cette terre mahoraise qu’il avait adoptée et qu’il chérissait tant pour s’installer en Europe, où il pouvait suivre plus facilement ses soins médicaux.
Pour celles et ceux qui ont eu la chance de le connaître et de le côtoyer, « Manu » incarnait la joie de vivre. Il dégageait une bonne humeur presque permanente qu’il savait transmettre à son entourage. Il riait de presque tout sans jamais perdre le sérieux nécessaire à l’analyse et à la réflexion.
Au cours de sa longue carrière journalistique, entamée sur le continent africain, il avait accumulé une somme impressionnante de connaissances, faisant de lui une véritable bibliothèque vivante. Il suffisait d’évoquer un événement pour que sa mémoire se mette instantanément en marche, restituant faits, images et anecdotes avec une précision remarquable. Tantôt parce qu’il avait vécu ces moments, tantôt parce qu’il les avait étudiés ou suivis de près.
De Mobutu Sese Seko, l’ancien dirigeant du Zaïre, son pays natal, à Denis Sassou-Nguesso, en passant par Nelson Mandela, Samora Machel et bien d’autres figures majeures de l’histoire africaine, aucun n’échappait à l’impressionnante mémoire qui le caractérisait.
Il était tout aussi intarissable lorsqu’il évoquait Younoussa Bamana, ancien président du Conseil général de Mayotte, qu’il appelait affectueusement « mon ami Younoussa ».
Ces connaissances, il les partageait généreusement avec tous ceux qu’il croisait sur son chemin : les jeunes encore en formation, les journalistes débutants, ses confrères ou encore tous ceux qui rejoignaient sa bande de « joyeux drilles », avec laquelle il aimait refaire le monde à l’infini.
Emanuel Tusévo était également un journaliste d’une grande rigueur. Méticuleux, soucieux du moindre détail, il avait poussé très loin l’exigence professionnelle, notamment lorsqu’il exerçait les fonctions de correspondant permanent de l’Agence France-Presse (AFP) à Mayotte. Une mission qu’il accomplissait avec passion, sérieux et professionnalisme.
À « Manu », Mayotte souhaite bon vent et bonne mer sur le chemin de l’au-delà
Il y aurait tant de choses à raconter lorsqu’il est question de « Manu ». Et toujours en bien.
Nombreux sont les journalistes qui se souviennent encore des conseils avisés et des encouragements qu’il prodiguait aux plus jeunes générations. Il avait ce talent rare de transmettre son expérience avec simplicité et bienveillance.
« Retour sur l’actualité », émission emblématique de Mayotte La 1ère, a largement contribué à le faire connaître sur l’île et dans toute la région, même si son charisme naturel lui suffisait déjà pour être apprécié de tous.
Ali Chamsudine, dit « Cham’ », Saïd Issouf, Kamal-Eddine Saïndou, Mohamed Toumbou Dani, El-Mounir Soidik, ainsi que feu Ali Boina, surnommé « le Commandant », ont partagé avec lui d’innombrables moments de débats passionnés et d’éclats de rire dont il avait le secret.
Impossible également d’oublier Joseph, propriétaire du restaurant « Le Rocher » à Dzaoudzi, qui n’a jamais eu le cœur de mettre cette joyeuse bande à la porte lorsque l’heure de fermeture arrivait et que les discussions se poursuivaient sans que personne ne voie le temps passer.
Vous l’aurez compris, Emanuel Tusévo mérite pleinement la cascade d’éloges qui lui est aujourd’hui adressée par ses anciens collègues, ses confrères, ses amis et les nombreux anonymes qui ont participé à l’émission spéciale d’hommage organisée par Mayotte La 1ère Radio, le vendredi 12 juin 2026.
Tous sont venus saluer la mémoire de ce journaliste hors pair qui a définitivement rangé son stylo et son enregistreur.
Parmi ses derniers travaux marquants figurent la rédaction des mémoires du docteur Martial Henry, fruit de longs entretiens menés avec ce dernier. Dans le même esprit, il avait également réalisé un travail similaire avec Mansour Kamardine, avocat et ancien député de Mayotte.
Aujourd’hui, il ne nous reste plus qu’à lui souhaiter « bon vent et bonne mer » sur ce voyage sans retour qu’il entreprend désormais vers l’autre rive.
Tu nous manqueras beaucoup, Manu. Sans aucun doute.
« So long, vieux frère. Garde pour toujours cette joie de vivre et ce rire contagieux qui te caractérisaient tant », te disent à l’unisson tes anciens compagnons de Mayotte et d’ailleurs.
Journaliste politique & économique


































