L’accès à la formation continue demeure particulièrement faible à Mayotte. C’est ce que met en évidence une enquête de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), réalisée entre septembre 2022 et 2023 auprès d’environ 2 000 personnes âgées de 18 à 69 ans vivant sur le territoire et ayant achevé leur formation initiale depuis au moins un an.
L’Insee est l’organisme public national chargé de collecter, produire et diffuser les statistiques officielles en France sur l’économie, la population et les conditions de vie. L’enquête a été menée en partenariat avec le Carif-Oref de Mayotte et la Direction de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (Deets).
Un recours à la formation très inférieur aux moyennes nationales
Selon les résultats de l’enquête, seuls 13 % des adultes vivant à Mayotte ont suivi une formation au cours des douze derniers mois en 2022. Ce niveau est nettement inférieur à celui observé dans les départements et régions d’outre-mer, où il atteint 29 %, et au niveau national, où il s’élève à 47 %.
Ces résultats ont été présentés par Hatubou Antoy, responsable du service régional de l’Insee à Mayotte. Statisticien de formation, il supervise la production, l’analyse et la diffusion des données statistiques sur l’ensemble du territoire mahorais.
Une population durablement éloignée de la formation
L’étude met en évidence plusieurs fragilités structurelles. En 2022, environ deux tiers des adultes à Mayotte ne possèdent aucun diplôme. Six adultes sur dix rencontrent également des difficultés importantes face à l’écrit ou à l’usage du numérique, selon les résultats de l’enquête.
Le tissu économique local constitue un frein supplémentaire. L’économie mahoraise est dominée par de très petites entreprises, disposant de moyens limités pour financer la formation de leurs salariés. Les grandes entreprises restent peu nombreuses sur le territoire. L’offre de formation est également jugée insuffisamment développée, notamment en matière de formation à distance.
Un marché du travail marqué par de fortes tensions
Dans ce contexte, le recours à la formation reste limité y compris pour les personnes en emploi. En 2022, seuls 21 % des actifs occupés à Mayotte ont suivi une formation, contre 57 % en France hexagonale.
Le territoire se caractérise aussi par un chômage très élevé, à 29 %, soit le niveau le plus important de France. Chez les 15 à 24 ans, environ un tiers seulement est en emploi, soit près de 55 000 jeunes. Par ailleurs, 77 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, défini comme un revenu inférieur à 60 % du revenu médian national.
Le diplôme, un facteur déterminant mais insuffisant
L’enquête souligne une forte corrélation entre niveau de diplôme et accès à la formation. Les personnes diplômées sont 22 % à avoir suivi une formation, contre 7 % des non-diplômés.
Contrairement à ce qui est observé au niveau national, l’accès à la formation ne progresse pas de manière régulière avec le niveau de qualification, ce qui traduit un marché de la formation encore peu structuré.
Des enjeux majeurs pour l’emploi local
Pour Naffisata Moudhoire, ces résultats soulignent l’ampleur des besoins en compétences sur le territoire.
Haute fonctionnaire de l’État, elle dirige la Direction de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (Deets) à Mayotte, un service déconcentré des ministères chargés du travail et de l’économie. À ce titre, elle pilote la mise en œuvre des politiques publiques en matière d’emploi, d’insertion, de formation professionnelle et de cohésion sociale sur le territoire.
Elle rappelle que près de 200 métiers sont aujourd’hui en tension à Mayotte, notamment dans le secteur du bâtiment et des travaux publics, et insiste sur la nécessité de renforcer la formation tout au long de la vie afin de mieux répondre aux besoins du marché du travail et de réduire les inégalités d’accès à l’emploi
Journaliste, aussi passionné par les paysages de Mayotte que par sa culture. J’ai toujours une musique de rap en tête.




































