Patronat : le GPM revendique son indépendance face au MEDEF national

Dans un climat de tensions inédites au sein du paysage économique mahorais, le Groupement Patronal de Mayotte (GPM) traverse une crise majeure qui pourrait redéfinir durablement la représentation des entreprises sur l’île. À l’origine de cette onde de choc : une radiation contestée, des accusations de gouvernance imposée depuis Paris et, en toile de fond, un affrontement entre deux visions du syndicalisme patronal.

À la tête du GPM, Fahardine Mohamed a choisi de sortir du silence. Dans un courrier adressé aux adhérents, le président dénonce une décision « infondée, calomnieuse et humiliante » prise en décembre 2025 par le MEDEF national, mettant fin, selon lui de manière brutale, à quatorze années de collaboration.

Fondé en 1986, le GPM s’apprêtait à célébrer ses 40 ans lorsque la crise a éclaté. Affilié au MEDEF depuis 2012, le groupement affirme avoir toujours agi « avec loyauté ». Mais la publication des listes électorales de 2024 aurait marqué un point de rupture, débouchant sur une radiation immédiate, intervenue de surcroît dans un contexte économique délicat, alors que Mayotte se relevait à peine des conséquences du cyclone Chido.

Face à cette décision, le Conseil d’administration n’a pas tardé à réagir. Une action en justice a été engagée afin d’obtenir l’annulation de la radiation et, surtout, de « rétablir l’honneur » de l’organisation.

Au-delà du contentieux juridique, c’est une véritable bataille de légitimité qui se joue. Le président du GPM réfute catégoriquement l’idée selon laquelle son organisation serait une structure nouvelle ou dissidente. Il insiste au contraire sur la continuité historique du groupement, qu’il présente comme l’héritier direct du mouvement patronal originel de Mayotte.

Dans le même temps, il pointe du doigt la création d’un « MEDEF Mayotte » soutenu par le national, accusé de démarcher les mêmes entreprises tout en imposant une gouvernance issue d’une liste électorale battue. Une pratique perçue comme une remise en cause du principe démocratique local.

« Nommer sans consulter, c’est nier l’autonomie du territoire », résume-t-il en substance, dénonçant une « nomination d’office » vécue comme une ingérence.

Le spectre du clientélisme

Autre sujet d’inquiétude soulevé par le GPM : la multiplication des nominations directes dans différentes instances locales, qu’il s’agisse de la sécurité sociale, de l’emploi ou de la santé au travail. Pour Fahardine Mohamed, ces désignations opérées depuis Paris relèvent d’une logique de réseau plutôt que de compétence.

Le terme de « clientélisme » est clairement avancé, accompagné d’une interrogation sur la légitimité des représentants ainsi désignés. Pourquoi, interroge le président, le dialogue démocratique serait-il contourné à Mayotte alors qu’il constitue ailleurs un principe fondamental du fonctionnement du MEDEF ?

Une économie en souffrance

Dans ce contexte de tensions institutionnelles, le GPM appelle à recentrer les priorités. Car sur le terrain, les difficultés s’accumulent : retards de paiement, crise persistante dans le secteur du BTP, défis liés à la convergence sociale.

Pour son président, ces enjeux économiques devraient primer sur les querelles de pouvoir. Il insiste sur le fait que, malgré la perte de reconnaissance officielle au niveau national, une majorité d’adhérents est restée fidèle au GPM. Une fidélité qu’il interprète comme un choix de «dignité » et d’« intérêt général ».

Loin de se présenter comme affaibli, le GPM entend transformer cette crise en opportunité. Son ambition : devenir « le premier syndicat patronal indépendant et souverain de l’île ».

Parmi les axes stratégiques annoncés pour 2026, figurent une autonomie décisionnelle accrue, une capacité renforcée de proposition auprès des pouvoirs publics, ainsi que la transformation du groupement en véritable plateforme de services pour les entreprises locales. Veille juridique, accompagnement post-catastrophe, appui en ressources humaines : autant de leviers pour renforcer son utilité concrète.

Un calendrier d’actions déjà lancé

Malgré les turbulences, le GPM maintient une dynamique d’initiatives. Plusieurs rendez-vous sont annoncés dans les semaines à venir : une matinale dédiée à la zone franche en avril, le lancement d’un réseau dédié aux femmes dirigeantes le 29 avril, ou encore une nouvelle édition du « Caribou GPM » début mai.

En parallèle, le groupement poursuit ses démarches auprès des autorités sur des dossiers structurants comme le dispositif LODEOM, tout en relançant sa communication interne pour valoriser les entreprises adhérentes.

Un appel à l’unité

Au terme de son intervention, Fahardine Mohamed lance un appel clair aux entrepreneurs mahorais : choisir entre une organisation « enracinée dans le territoire » et une structure «pilotée par des intérêts extérieurs ».

Derrière cette crise, c’est donc une question plus large qui se pose : celle de la gouvernance économique de Mayotte et de la capacité de ses acteurs à décider eux-mêmes de leur avenir.

Alors que la bataille judiciaire s’annonce longue, une chose est certaine : le paysage patronal de l’île est en pleine recomposition. Et l’issue de ce bras de fer pourrait bien redessiner durablement les équilibres économiques locaux.

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Soldat
Journaliste

Soidiki Mohamed El Mounir, connu sous le nom de "Soldat", est une figure du journalisme mahorais. Après ses débuts à la fin des années 1980 au sein du magazine Jana na Léo, il participe à l’aventure du Journal de Mayotte, premier hebdomadaire de l’île, avant de rejoindre le Journal Kwezi. En 2000, il cofonde la Somapresse, société éditrice de Mayotte Hebdo et Flash Infos, contribuant ainsi à structurer et enrichir le paysage médiatique de Mayotte.

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