« Équilibre entre le donné et le recevoir » : cette phrase, utilisée en introduction par le patron de l’Agence française de développement (AFD) au sujet des aides financières que son institution a versées aux Comores, n’a nullement été du goût de la députée de Mayotte, Estelle Youssouffa, qui le lui a fait savoir. Pour elle, le compte n’y est pas entre ces aides octroyées à Moroni et la pression migratoire vers Mayotte, qui ne baisse pas. Elle appelle le Quai d’Orsay et l’AFD à faire preuve de réalisme.
Estelle Youssouffa demande au patron de l’Agence française de développement (AFD) d’être réaliste au sujet de l’accord d’aide financière signé avec Moroni en 2019. Lors d’une audition de ce dernier par une commission parlementaire à Paris, mercredi, la députée l’a interrogé sur le niveau d’aide qu’il entend déployer en faveur de Mayotte dans le cadre de la reconstruction post-Chido.
D’un ton ferme, la députée de Mayotte explique que, contrairement aux affirmations du Quai d’Orsay, cet accord avec l’Union des Comores, qui a porté sur 150 millions d’euros de dons effectués par l’AFD, n’a pas permis de réduire les flux migratoires qui déstabilisent le Département-Région. Bien au contraire, ceux-ci n’ont jamais été aussi importants.
Se basant sur les chiffres officiels publiés en France sur l’ampleur de cette migration, elle conteste le postulat défendu par le ministère des Affaires étrangères, selon lequel il y aurait une baisse de la pression migratoire et une augmentation des reconduites à la frontière : 27 831 reconduites en 2019, lors de la signature de l’accord, contre 21 409 expulsions en 2025, soit une baisse du nombre de reconduites.
« Autant dire que l’aide financière française aux Comores ne fait pas baisser la pression migratoire à Mayotte, loin de là », a fait observer Estelle Youssouffa.
Elle demande au patron de l’AFD de regarder les réalités en face : « Moroni s’allie désormais activement à Moscou en offrant son pavillon à la flotte fantôme russe de trafic de pétrole, mais aussi en accueillant des centres culturels, alors que la Russie propose ses services pour prendre le contrôle de Mayotte. »
La députée de Mayotte note que Moroni se place lentement mais sûrement dans le camp des adversaires de la France et qualifie l’aide financière française en direction de ce pays de « total non-sens ».
Faisant état d’un autre exemple d’incohérence, elle demande à l’AFD comment elle compte justifier auprès des Mahorais le versement d’une aide de 5 millions d’euros pour moderniser les ports comoriens, alors que celui de Longoni, à Mayotte, a été lourdement endommagé par le cyclone Chido et nécessite des investissements massifs qui ne sont pas financés.
Comme dans un véritable réquisitoire contre l’Agence française de développement, la parlementaire évoque un autre sujet : le versement d’une aide de 700 000 euros à la Caisse de retraite des Comores pour rééquilibrer ses comptes, alors que Paris a refusé d’aligner Mayotte sur le droit commun.
« C’est-à-dire que l’État dit non à Mayotte, alors que nos retraites atteignent en moyenne 267 euros mensuels, et que l’AFD verse 700 000 euros aux retraités comoriens : comment peut-on admettre un pareil scandale ? »
Une litanie de chiffres qu’Estelle Youssouffa ne limite pas à ces seuls exemples.
Journaliste politique & économique




































