Entretien avec Djoumoi Ramia (CESEM) : il dénonce une cascade d’anomalies dans la présentation du budget 2026

Membre du CESEM, Djoumoi Ramia n’exerce pas moins la profession d’expert-comptable à Mayotte. Un poste qui le place aux premières loges pour décortiquer le budget 2026 de l’Assemblée de Mayotte adopté il y a quelques jours. Il évoque de nombreuses anomalies dans la présentation de ce budget et de l’existence d’un déficit de 20 millions d’euros, hors des subventions versées par l’Etat au titre de l’AZE (mineurs isolés). 

F.I : C’est à vous qu’il est revenu de présenter les observations du CESEM sur le budget 2026 du Département-Région de Mayotte, quelle est la posture de votre organisme à ce sujet et quelles sont les observations pertinentes que vous avez soulevées ? 

Djoumoi Ramia : Effectivement j’ai eu l’opportunité de présenter les avis du CESEM, en l’absence de mon Président. La présentation de ce budget portait sur un certain nombre de point qui nous ont paru à améliorer, à commencer par le calendrier, c’est un vrai sujet, un vrai problème, on ne peut plus se permettre aujourd’hui de conserver cette manière de travailler. Un budget pour l’année 2026 qui se vote à la fin du mois de mars signifie qu’on a perdu 3 mois d’activité. Les entreprises ne peuvent pas travailler faute de perspectives économiques pendant ce délai, ce n’est pas entendable pour la population, les entreprises, le département lui-même, pour personne finalement.

Ce premier point était donc vraiment à rectifier. Il y a d’autres choses complètement ahurissantes dans ce budget, la plus grosse, que je trouve pour ma part complètement scandaleux, c’est le budget de la Direction des Transports Maritimes. Il faut arrêter de se voiler la face lorsqu’on est décideur aujourd’hui, il faut être capable de prendre de varies décisions sinon on ne se présente pas à la présidence de ce type d’institution.

F.I : Que voulez-vous dire au juste ?

D.R :  Ce que je veux dire par là c’est qu’une politique tarifaire normale depuis 20 ans n’est certainement pas de conserver, par exemple, un prix de 75 centimes d’euros le ticket de barge depuis 2002. C’est complètement anormal d’un point de vue économique, comment voulez-vous expliquer aux gens qu’avec un pouvoir d’achat de 2002 où le SMIC était à 686 euros pour ceux qui vivaient à Mayotte, qui a aujourd’hui plus que doublé, on continu toujours à pratiquer la même tarification. Je rappelle juste que le déficit creusé par la DTM est de 18 millions d’euros. C’est de l’argent jeté à travers les fenêtres ! Ce n’est pas de l’eau qui coule d’un robinet qui est ouvert par l’Etat. Il faut absolument qu’on prenne des mesures, qu’on réfléchisse sur une politique budgétaire et s’assurer des contraintes qui se posent sur le fonctionnement de ce service, des contraintes connues de tous, notamment en matière d’organisation de la billetterie, et sécuriser enfin les rentrées financières.

FI :   Comment expliquez-vous justement que nous soyons sur la énième observation de la CRC sur ce point particulier et qu’aucune ligne n’ait bougée depuis plus de 20 ans ? 

D.R : Vous parlez à un professionnel de l’audit, à un expert-comptable. En matière d’audit interne, je dirai que s’il y avait une volonté d’organiser de manière sécurisée pour assurer les flux à la DTM, évidemment cela est parfaitement faisable. Il faut seulement de la volonté et de l’écoute. Maintenant si nous ne sommes pas à ce stade c’est qu’il y a probablement des raisons autres que de faire évoluer ce système qui perdure malheureusement depuis trop longtemps et qui pénalise tous les Mahorais.  Autre point concertant des méthodes de recouvrement de finances, je rappelle l’existence actuellement dans ce budget de dispositions regroupant 32 millions d’euros destinés à financer les associations.  Celles-ci ne sont pas soutenues via des dispositifs de mécanismes d’exonération de charges patronales qui existent partout ailleurs dans l’hexagone et Outre-mer. Forcément, elles sont pénalisées, forcément c’est le département qui se trouve dans l’obligation de pallier et dans ces conditions, on ne s’en sortira jamais ! Il appartient à l’Assemblée de Mayotte de se mobiliser pour faire en sorte que les choses avancent, et avancent vite. Mayotte n’a plus le temps d’attendre, on ne peut plus se permettre de faire trainer les choses ou de présenter des budgets contenant des excédents complètement illusoires, et là je reste gentil ! Pour moi, présenter des budgets avec des gros excédents signifie une seule chose, qu’on ne travaille pas. En tous cas c’est comme ça que moi je voie les choses.

F.I : Que faudrait-il faire pour inverser cette tendance négative ?

D.R : L’idée ce serait quand même que tout le monde se mette à travailler parce que si nous prenons en compte la situation économique de l’Etat à l’échelle nationale en ce moment, la situation mondiale au niveau international, les difficultés vont aller de plus en plus en s’aggravant. Et la situation dans laquelle Mayotte se trouve plongée ne va pas faciliter les choses. Il est peut-être temps de se réveiller, et très vite.

F.I : Les élus de l’opposition contestent ces excédents budgétaires au motif qu’ils se base en partie sur des dotations versées au Département-Région par l’Etat ? Partagez-vous ce point de vue ? 

D.R :  C’est un point important car sur les 600 millions d’euros qui ont été accordés entre 2023, 2024 et 2025, l’ont été dans le cadre d’une compensation des missions de l’AZE. Il est vrai que si on déduit cette subvention on se retrouve avec un déficit d’environ 20 millions d’euros. Nous savons tous depuis plusieurs années que le budget affecté à l’AZE n’est pas à la hauteur de ce qu’on l’est en droit d’attendre. La meilleure image de ce qui se passe au niveau des mineurs isolés, il vous faut prendre un dégât des eaux chez vous, l’assurance ne vous indemnise pas la cause de ce dégât mais elle vous indemnise sur ses conséquences. En l’espèce, on a une cause qui n’est pas bouché par le propriétaire qui est l’Etat, et le Département-Région qui se retrouve dans la posture du bénéficiaire de ce logement qu’il loue, à réparer les travaux, à refaire la peinture de la façade. Mais cette peinture ne tient pas longtemps et qu’il faut la refaire chaque année. Il est clair que l’Etat doit faire sa part du boulot et nous aussi devons lui montrer que nous sommes en mesure de produire les documents nécessaires pour que les dotations soient ajustées au plus près. C’est trop facile de dire qu’on ne nous accorde qu’une subvention provisoire, si on nous l’a donné c’est qu’il y a aussi une raison. Peut-être que l’Etat s’est rendu compte de son côté que cela ne correspondait pas à la réalité, et que peut-être aussi qu’elle ne peut pas donner encore plus faute de se voir fournir suffisamment d’éléments justificatifs.

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