Évoqué depuis 2024 par les élus locaux, le projet de voie de contournement de la ville chef-lieu de Mayotte par les hauteurs, récemment baptisé boulevard urbain de Mamoudzou (BUM), est devenu une véritable Arlésienne. Chaque nouvelle équipe qui s’installe aux commandes du département s’en empare un temps, le temps de nouvelles études et de modifications de son tracé. Une pirouette politicienne plus tard, le voilà renvoyé dans les cartons pour une durée indéterminée, prolongeant la détresse des usagers des routes du sud, qui n’en peuvent plus. Plus de deux heures pour s’extirper d’un bouchon d’à peine quelques centaines de mètres entre les carrefours de Doujani et du Baobab, aux deux extrémités du village de Mtsapéré.
Qu’est-il devenu, le fameux projet de boulevard urbain de Mamoudzou ? A-t-il définitivement été enterré avec la mise hors jeu de son porteur initial, l’ancien conseiller départemental de Bouéni, Salim Mdéré ? La Région, qui tergiverse depuis bien avant le cyclone Chido sur des projets structurants, serait bien inspirée de ressusciter le BUM — et fissa — car il en va de la santé physique et mentale de milliers de Mahorais résidant dans la moitié sud de Mayotte.
Emprunter les routes menant vers cette zone relève désormais du cauchemar quotidien, entre embouteillages monstres et insécurité chronique. Les coups de gueule du conseiller départemental de Sada, Soula Saïd-Souffou, sur les réseaux sociaux ne sont nullement le fruit d’une mauvaise farce, et encore moins d’une
À Flash Info, nous avons choisi de vérifier les faits en fin de semaine dernière, en effectuant ce circuit routier dans les deux sens (aller-retour), en partant de Mamoudzou au coucher du soleil pour revenir le lendemain dès l’aurore.
Le goulot d’étranglement s’étend sur environ 100 mètres entre le carrefour du Baobab, à Mamoudzou, et celui de Doujani en direction de Passamainty. Plus de deux heures ont été nécessaires pour franchir ces deux points. La patience des passagers est très rapidement mise à rude épreuve. Impossible de faire marche arrière : notre véhicule est coincé dans la nasse.
Ça râle de partout. Les gesticulations en disent long sur l’état de nervosité dans les véhicules en file indienne, derrière comme devant nous. Même les opérations escargot menées par les conducteurs de bus scolaires ou certains syndicats de chauffeurs de taxi ne sont pas aussi lentes.
Seules les motos et les scooters parviennent à se faufiler en slalomant entre les voitures dès qu’un espace infime se dégage.
« On se croirait sur les routes réunionnaises entre Saint-Pierre et Saint-Denis, avant la route des Tamarins. Je ne pensais pas qu’il y avait autant de véhicules à Mayotte. Bonjour l’empreinte carbone ! Cette fois-ci, on n’entend guère la voix des naturalistes ou d’autres associations environnementales, alors qu’il y a urgence à pousser la chansonnette ? Sans doute l’enjeu n’est-il pas assez porteur médiatiquement ? Pourtant, il y a vraiment matière à s’inquiéter pour la santé des personnes qui font ce trajet chaque jour », s’interroge Haoussidine Madi, le chauffeur de taxi que nous avons engagé pour mener cette expérience sur les routes du sud
Journaliste politique & économique




































