“Nous prendrons tous les moyens nécessaires”, face à la hausse de la taxe foncière, le collectif durcit le ton

Le mouvement « Tous contre les taxes excessives à Mayotte » a réuni la presse ce mercredi 28 octobre à Mamoudzou pour faire le point sur sa mobilisation contre la hausse de la taxe foncière. Soutenu désormais par l’association des Femmes Leaders, le collectif réclame des explications à l’État, une fiscalité adaptée à la réalité post-Chido et une plus grande transparence. Faute de réponses, il n’exclut pas de saisir la justice.

Né en septembre dernier, après l’annonce d’une forte augmentation de l’impôt foncier à Mamoudzou, le mouvement “Tous contre les taxes excessives à Mayotte” a convié la presse pour faire le point sur sa mobilisation et préciser ses prochaines revendications, ce mercredi 28 octobre.

À l’étage du bar Le 5/5, sur le front de mer de Mamoudzou, une dizaine de personnes se sont réunies, les traits marqués par l’inquiétude et l’amertume, face à une situation qu’ils jugent inacceptable.

Au cœur de la contestation, la hausse de 95,5 % du taux de la taxe foncière sur les propriétés bâties, passé de 9,17 % à 17,93 %. Le taux appliqué au foncier non bâti a lui aussi presque doublé, passant de 4,23 % à 8,27 %. Une augmentation que le collectif dénonce comme injustifiée dans un territoire encore marqué par les conséquences du cyclone Chido.

Le mouvement affirme avoir recueilli 2 700 signatures de soutien en ligne et 200 sur papier. “Nous représentons un certain nombre d’administrés”, note Attoumani Anli, alias Warka, l’un des organisateurs à l’origine de la pétition, soucieux de démontrer la légitimité du mouvement.

Pour ses membres, la hausse de la taxe foncière intervient au pire moment. “Les habitants sont encore sinistrés après le cyclone et ne sont pas en capacité de répondre à cette demande”, dénonce l’organisateur, qui parle d’une “trahison” de la Ville de Mamoudzou. “On ne peut pas justifier une taxation aussi exagérée”.

La contestation avait pris forme dès le mois de septembre, lorsque des propriétaires s’étaient réunis à la pointe Mahabou pour s’organiser face à cette augmentation. Certains avaient alors raconté leur désarroi devant des montants parfois doublés, avec un délai d’un mois pour payer.

La mairie défend une hausse liée à la reconstruction

Du côté de la Ville, le maire de Mamoudzou, Ambdilwahedou Soumaïla, a reçu une délégation du collectif le 7 octobre à l’hôtel de ville. Après la rencontre, le 11 octobre, la municipalité avait rappelé que les taux de fiscalité locale n’avaient pas augmenté entre 2020 et 2025, malgré les crises successives. Pour justifier sa décision, la Ville met en avant les dégâts causés par Chido à son propre patrimoine, évalués à 91,7 millions d’euros.

La municipalité explique avoir dû avancer le paiement de travaux pour rouvrir les écoles, rétablir l’éclairage public et remettre en état les équipements communaux, en attendant les financements de l’État.

Pour la municipalité cette hausse de la taxe foncière devrait lui rapporter environ 6 millions d’euros supplémentaires, destinés à contribuer à la reconstruction de Mamoudzou et à la remise en état des équipements communaux. Une hausse que Ambdilwahedou Soumaïla s’est engagé à revoir à la baisse en 2029, à la fin de l’effort de reconstruction.

“Taxer des ruines”

Mais ces explications ne convainquent pas le collectif. “Notre maire et son conseil municipal veulent taxer des ruines”, dénonce Saidali Boina Hamissi, membre du mouvement, qui estime que la fiscalité devrait tenir compte de l’état réel des biens après Chido.

Le 11 octobre, la mairie expliquait néanmoins que les valeurs locatives des biens, le calcul de l’impôt et son recouvrement relèvent de la Direction générale des finances publiques (DGFiP), tandis que la commune vote les taux.

“La tonne de sable avant Chido c’était 45 euros, maintenant c’est 65 euros. Le ciment avant Chido c’était 160 euros la tonne, maintenant 180, 200 euros”, énumère-t-il, pour rappeler par ailleurs que les coûts des matières premières pour reconstruire ont augmenté.

Le collectif conteste aussi le fait de faire peser sur les contribuables le financement de la remise en état des équipements publics après Chido, alors que des lois ont été promulguées pour faire en sorte que l’État prenne en charge la reconstruction. “Si vous n’êtes pas capable de vous adresser aux ministres pour faire respecter les lois, convoquez les autres maires et allez-y ensemble !”, relève Saidali Boina Hamissi, interpellant directement le maire.

La mobilisation intervient aussi après l’annonce, le 22 octobre, d’une erreur de calcul dans les avis de taxe foncière de sept communes, dont Mamoudzou et Dembéni. Des taux supérieurs à ceux qui auraient dû être appliqués à la taxe liée à la gestion de l’eau ont été utilisés. De nouveaux avis doivent être envoyés aux contribuables concernés. Ceux qui n’ont pas encore payé sont invités à attendre la rectification, tandis que ceux qui ont déjà réglé leur impôt doivent être remboursés du trop-perçu.

Pour Lisa Abdoulah, membre du collectif, cet épisode souligne la nécessité de renforcer les vérifications en amont. Elle estime que la commune doit s’assurer de la fiabilité des données transmises aux services fiscaux. 

3.000 foyers qui paient pour 72.000 habitants : un appel à la régularisation foncière

 Mais pour elle une grande partie de la problématique se joue sur le terrain de la régularisation foncière qui doit précéder toute nouvelle volonté de taxer davantage les habitants.

“On veut bien que la Ville récupère les 6 millions d’euros, mais il faut de l’équité. Pour le moment 20 % paient pour les 80 % restants”

“On dénonce la régularisation inexistante à Mamoudzou”, poursuit-elle. Selon elle, seuls 3 000 à 4 000 foyers paieraient la taxe foncière dans une commune de 72 000 habitants. “On veut bien que la Ville récupère les 6 millions d’euros, mais il faut de l’équité. Pour le moment 20 % paient pour les 80 % restants”.

Elle appelle à accélérer les démarches permettant aux habitants d’obtenir des titres de propriété. “Les personnes de Mamoudzou demandent à être propriétaires. Ici il arrive qu’on nous taxe le bien locatif alors qu’on ne nous reconnaît pas la propriété de ce bien. Il n’y a pas de retour sur investissement, on ne fait que payer”.

“C’est un matraquage : nous avons les impôts à payer, nous sommes surendettés pour reconstruire et surtout personne ne nous accompagne”, résume Lisa Abdoulah.

Les Femmes Leaders rejoignent le mouvement

La conférence de presse marque un élargissement de la mobilisation avec le soutien annoncé de l’association Femmes Leaders. Pour sa présidente, Saandati, la contestation ne peut rester cantonnée à Mamoudzou. “C’est quelque chose qui nous concerne tous, c’est pour cela qu’on ne peut pas rester indifférent”, affirme-t-elle.

Pour Saandati, l’enjeu dépasse la fiscalité et touche directement à la possibilité, pour les Mahorais, de conserver leur maison et de transmettre un patrimoine à leurs enfants. “Ce qui nous importe, c’est d’avoir un chez-soi”, insiste-t-elle.

Saandati critique également les élus, qu’elle accuse d’être déconnectés des difficultés des familles. Elle leur reproche de ne pas suffisamment prendre en compte les besoins des habitants, alors que beaucoup peinent à reconstruire leur logement.

“Pourquoi notre génération s’est-elle battue pendant toutes ces années pour confier des responsabilités à nos enfants, si c’est pour qu’ils se retournent aujourd’hui contre nous ? Ces élus sont nos propres enfants. Ils devraient comprendre que les Mahorais aspirent avant tout à avoir un toit et se demander ce qu’ils pourront, eux aussi, transmettre à leurs enfants”, déplore-t-elle.

La présidente des Femmes Leaders tient toutefois à distinguer la contestation d’un refus de payer l’impôt. “Le Mahorais n’a jamais refusé de payer. Mais 95 %, alors qu’on a subi Chido et qu’on n’a pas reçu l’aide attendue, on refuse”.

Une audience auprès du préfet avant la justice

Le mouvement entend désormais porter le dossier auprès de l’État. Pour Attoumani Anli, celui-ci doit exercer son contrôle de légalité et se prononcer sur le caractère juste ou non de la hausse.

Si cette démarche auprès du préfet n’aboutit pas, il envisage une procédure judiciaire. “Si nous n’avions pas gain de cause, oui, une procédure en justice est possible”, prévient Attoumani Anli, qui évoque plusieurs juridictions susceptibles d’être saisies, jusqu’au niveau européen.

En attendant, le mouvement estime que les échanges avec la mairie n’ont pas apporté de réponses suffisamment claires. Il entend poursuivre sa mobilisation et demande également aux autres communes d’anticiper les conséquences de leurs éventuelles évolutions fiscales, afin que les habitants soient informés et que les hausses soient justifiées.

À l’approche du 31 octobre, date à laquelle les contribuables attendent des précisions sur les rectifications annoncées, plusieurs personnes présentes affirment que certains prélèvements auraient déjà commencé.

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Victore Diwisch

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