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Arrivée à Mayotte en 2017, cette mère de famille passionnée de cuisine espère vivre de son savoir-faire et ouvrir un jour son propre snack. Mais, dans l’attente du renouvellement de son titre de séjour, elle affirme avoir dû renoncer à plusieurs possibilités d’emploi. Elle a préféré témoigner sous couvert d’anonymat.
Elle raconte, la voix chargée d’émotion, une attente qui pèse sur son quotidien. Installée à Mayotte depuis près de dix ans, cette mère de famille nourrit une ambition : faire de sa passion pour la cuisine son métier. Pourtant, son projet reste freiné par sa situation administrative.
« Je suis une vraie cuisinière, j’aime ça », affirme-t-elle. Derrière les fourneaux, elle prend plaisir à préparer des plats et à faire découvrir ses recettes. Elle regrette toutefois que son travail ne soit pas toujours reconnu. « Ils ne savent pas que c’est moi qui suis derrière les fourneaux », confie-t-elle.
En attente du renouvellement de son titre de séjour, elle explique que son récépissé a expiré le 13 octobre. Depuis, elle attend une réponse de la préfecture, malgré les démarches qu’elle affirme avoir entreprises, notamment auprès du tribunal administratif.
Cette situation constitue un obstacle à son insertion professionnelle. Selon son témoignage, des employeurs se disent pourtant prêts à l’embaucher dès que ses documents seront à jour. « Ma boîte d’intérim me le certifie : dès que tu as les papiers, on t’embauche », rapporte-t-elle.
Elle affirme également avoir renoncé à un contrat à durée indéterminée (CDI) en raison de sa situation. « On m’a proposé un CDI, j’ai refusé à cause de ma situation », explique-t-elle. Pour cette mère de famille, l’attente administrative se traduit par des occasions de travailler manquées et un projet de vie repoussé. Le droit de travailler dépend notamment de la nature du titre de séjour demandé et du document provisoire délivré.
Des difficultés déjà signalées à Mayotte
Son témoignage intervient dans un contexte où les difficultés liées aux démarches de séjour ont été relevées par plusieurs institutions. Dans une décision du 29 juillet 2025, le Défenseur des droits a notamment pointé des obstacles au dépôt et à l’instruction des demandes de titres de séjour à Mayotte, ainsi que des délais excessifs et des clôtures injustifiées de dossiers.
À l’échelle nationale, l’institution a également alerté, dans un rapport publié le 17 juillet 2026, sur la dégradation du service rendu aux personnes demandant un titre de séjour. Une enquête menée auprès de 65 préfectures, portant sur la période 2019-2023, relève notamment l’allongement des délais d’instruction. Ces constats nationaux ne permettent toutefois pas de mesurer précisément les délais propres à Mayotte.
Le tribunal administratif de Mayotte est également régulièrement saisi de litiges concernant le séjour des étrangers. Selon son bilan de 2025, les contentieux de l’éloignement et des refus de titres de séjour représentent 79 % des recours enregistrés. Toutes matières confondues, la juridiction a reçu 3 169 recours, soit une hausse de près de 24 % par rapport à 2024.
La cuisine comme horizon
Malgré les difficultés, elle continue de croire en son savoir-faire. Elle parle avec enthousiasme de ses recettes, notamment de son pilao, qu’elle présente fièrement comme « le meilleur de Mayotte ». Son ambition est de proposer ses plats dans son propre snack et de pouvoir vivre de son activité.
Dans les moments de découragement, sa fille, mahoraise, tente de la rassurer. « Parfois, ma fille essaie de me rassurer. Elle me dit de ne pas m’inquiéter », raconte-t-elle. En attendant le renouvellement de son titre de séjour, son rêve reste suspendu à l’évolution de sa situation administrative. Contactée par nos soins, la préfecture n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations.
Journaliste, aussi passionné par les paysages de Mayotte que par sa culture. J’ai toujours une musique de rap en tête.


































