Tout est plié depuis le lundi 26 octobre 2026. Mayotte est désormais « une colonie » réunionnaise, et son indépendance économique n’est plus qu’un lointain souvenir. De nombreuses personnalités politiques et quelques entrepreneurs mahorais ont pris part au dernier acte de capitulation de Ben Issa Ousséni, président du Département-Région de Mayotte. Le Club export de Mayotte est officiellement absorbé par celui de La Réunion, et la BGE se chargera d’y rabattre tous les entrepreneurs mahorais susceptibles de contribuer à la réussite de ce dessein expansionniste de l’économie réunionnaise au détriment de celle de l’archipel.
La boucle est bouclée. Toutes les pièces du puzzle sont en place. Mahoraises et Mahorais, circulez, il n’y a plus rien à voir : votre destin n’est plus entre vos mains.
Pendant que sa population se fait dépouiller chaque jour par l’État pour consolider l’économie réunionnaise, au point que ses pêcheurs ne peuvent plus accéder à leur zone maritime exclusive, désormais décrétée réserve halieutique au profit de leurs homologues du département voisin, le président du Département-Région a validé cette semaine, à Saint-Denis, le dernier acte de la capitulation de l’économie mahoraise.
Plus d’une trentaine d’entrepreneurs, membres de différents organismes représentatifs de l’économie mahoraise, participent à ces joyeuses retrouvailles sur le sol réunionnais, tous frais payés par le Département et l’ADIM. Pendant ce temps, les syndicats sont en ébullition sur le territoire pour défendre le pouvoir d’achat des travailleurs, tandis que les plaisanciers menacent de bloquer la circulation maritime des personnes et des biens entre Petite-Terre et Grande-Terre. Ils exigent la remise en état des pontons flottants emportés par le cyclone Chido, il y a près de deux ans, qui constituent un point d’appui essentiel à leur activité professionnelle.
Une question fondamentale se pose à l’ensemble de la classe politique mahoraise : pourquoi avoir fait évoluer le statut politique de Mayotte, de collectivité territoriale à collectivité départementale, puis à département d’outre-mer ?
Ce qui se passe sous le mandat actuel, qui touche à sa fin, de Ben Issa Ousséni constitue une trahison complète de l’idéal d’une région mahoraise de plein exercice et, surtout, d’un département d’outre-mer favorable à l’émergence d’une identité mahoraise forte dans l’océan Indien.
De capitulation en capitulation devant les gouvernements successifs des deux mandats présidentiels d’Emmanuel Macron, Mayotte y a laissé plus que des plumes : en seulement une décennie, elle a perdu son âme.
La décentralisation prônée sous la présidence de Saïd Omar Oili au Conseil départemental a été réduite à peau de chagrin par ses successeurs, dont il convient finalement de constater le manque de vision pour l’avenir de notre archipel, pour ne pas parler d’un manque flagrant d’AMOUR VÉRITABLE pour ce territoire qui nous est à tous très cher.
Après les séquences « Y a qu’à faire parce que Paris a dit qu’il fallait le faire », « du désordre ambiant dans le fonctionnement des services départementaux », « de la cession à l’État du foncier essentiel au développement de Mayotte », « du désarçonnement du Schéma d’aménagement régional à travers le projet de création d’une piste longue à Bouyouni » et « du lancement d’une diplomatie régionale mal préparée, ne permettant pas à Mayotte d’atteindre ses premiers objectifs d’insertion régionale acceptée et maîtrisée », nous voici arrivés à l’apothéose, cette semaine, à La Réunion : la validation d’une absorption pure et simple de ce qui restait de dignité aux Mahorais, à savoir leur identité distincte au sein de la nation.
Une fois de plus, l’impréparation s’avère être le pire ennemi des intérêts des Mahorais dans leur ensemble, au profit d’un infime pourcentage d’intérêts personnels et particuliers.
En effet, à l’encontre de l’avis de ses services économiques, le président du Département-Région, par l’entremise de la dirigeante de la Maison de Mayotte à La Réunion, Mme Mondroha, se serait embarqué dans une nouvelle galère. Celle-ci ne manquera pas d’ôter à la jeunesse mahoraise montante les quelques plumes d’autonomie de pensée et de réflexion qui lui restent pour dessiner, inventer et projeter un avenir économique sérieux pour le 101ᵉ département français.
Mayotte, point d’appui des intérêts réunionnais en Afrique de l’Est en raison de sa proximité géographique, ethnique, linguistique et culturelle avec le Kenya, le Mozambique et la Tanzanie
Comme on pouvait s’y attendre, le fameux TER ECO 2026, consacré à l’économie mahoraise et qui se tient depuis le lundi 26 octobre 2026 à La Réunion, ne serait rien d’autre qu’un traquenard destiné à valider l’absorption définitive de Mayotte par le département voisin.
Bien entendu, tout cela se ferait avec l’accord tacite des décideurs gouvernementaux à Paris. L’épisode post-Chido impliquant Manuel Valls demeure, à cet égard, une séquence mémorable.
Une fois de plus, le manque de vision de Ben Issa Ousséni — lequel ambitionne pourtant de se succéder à lui-même à la tête du Département-Région de Mayotte — et son incapacité à défendre les intérêts supérieurs et existentiels du demi-million d’habitants qui s’entassent sur les 374 kilomètres carrés du territoire qu’il gouverne continuent de plonger celui-ci dans une incertitude économique croissante. Une épreuve supplémentaire pour les citoyens mahorais, qui ne savent plus comment joindre les deux bouts au quotidien.
Si les décideurs parisiens, dont il se veut pourtant proche, se rétractent chaque fois un peu plus sur les promesses d’investir quatre milliards d’euros dans la refondation de l’île dévastée par Chido en décembre 2024, ils ne font pas preuve pour autant de la même retenue lorsqu’il s’agit de sacrifier ce qui reste de l’archipel aux intérêts gargantuesques d’« oligarchies françaises » en quête d’un positionnement favorable dans la conquête de l’Eldorado est-africain, qui s’annonce particulièrement alléchant pour leurs féroces appétits affairistes.
Un obstacle majeur se dressait jusque-là sur leur trajectoire : Mayotte, infantilisée et désorganisée, toujours orgueilleuse, mais tenue à l’écart du jeu qui prend forme dans le canal du Mozambique !
Le festin est de telle ampleur qu’il faudrait détruire toute forme de résistance à Mayotte, unique tête de pont entre La Réunion, épicentre de leurs intérêts, et les géants économiques du continent africain que sont l’Afrique du Sud, le Mozambique, la Tanzanie, le Kenya et Madagascar, pour ne citer que ceux-là.
Aussi machiavélique que puisse paraître un tel plan, il n’en serait pas moins réel et serait formalisé dans un document stratégique circulant sous le manteau dans des milieux avertis.
Un plan expansionniste infaillible, mis en place de main de maître
Bien entendu, tout cela se ferait à l’insu des dirigeants politiques mahorais, à l’exception de celles et ceux qui en seraient complices, dans l’espoir d’en récolter quelques miettes à titre personnel.
Ce tableau ainsi esquissé permet de mieux comprendre la frénésie d’accaparement des terres mahoraises qui a suivi le passage de Chido, ainsi que les nombreuses spoliations en cours ou programmées, le tout dans un silence assourdissant de la part des représentants politiques actuels du peuple mahorais.
Il faut également évoquer le port de Longoni, principal instrument de recettes financières du Département, avec 16 millions d’euros de redevances directes annuelles. Son fonctionnement vient d’être désorganisé pour une durée indéterminée, une fois encore au profit de l’île Bourbon, exactement selon la même stratégie que celle appliquée à l’aéroport de Pamandzi.
La Réunion n’a nullement volé son slogan touristique, « l’île à grand spectacle ». Après avoir perdu son âme il y a trente ans sur le même autel sacrificiel, elle serait en passe de faire pire aux dépens de Mayotte, qu’elle aurait presque annexée, tout en ayant convaincu les gouvernants parisiens, de droite comme de gauche, de prendre fait et cause pour cette ambition.
On verra alors si, un jour, même nos déchets organiques y seront acheminés pour être traités et générer des profits économiques.
Viendra assurément le jour où il faudra rendre des comptes à la jeunesse mahoraise
Pour revenir au TER ECO 2026, des rencontres « B to B » sont au programme depuis hier, mardi, avec les représentants politiques qui ont fait le déplacement, parmi lesquels figurent, au premier rang, des membres influents du cabinet de Ben Issa Ousséni.
Il faudrait annihiler, si nécessaire, les dernières poches de résistance morale, s’il en reste encore. Il suffit de voir comment les mêmes élus négocient depuis le sol réunionnais l’attribution de marchés pourtant financés par les citoyens français de Mayotte, que l’on saigne chaque année à coups d’impôts injustement calculés. Les habitants de Mamoudzou en connaissent un rayon à ce sujet.
Avant même que cette messe anti-mahoraise ne se termine, deux éléments majeurs sont déjà à retenir : la BGE (Boutique de gestion) et le Club export ont été retenus pour devenir les instruments de cette mainmise définitive de La Réunion sur l’économie asphyxiée de l’archipel.
Ils porteront l’étendard de cette stratégie auprès de tous les entrepreneurs mahorais qui jugeront bon d’embarquer sur ce porte-avions économique de nouvelle génération.
Hyperorganisé et bénéficiant du concours de nombreux experts de tous horizons, recrutés un peu partout dans l’Hexagone et dans l’Union européenne, le Club export de La Réunion veut ratisser très large, de l’Asie du Sud-Est à l’Afrique. Mayotte doit devenir, coûte que coûte, son faire-valoir et sa clé d’entrée en Afrique de l’Est, en raison de sa proximité culturelle et linguistique avec les populations kényanes, malgaches, mozambicaines et tanzaniennes.
Une convention aurait déjà été paraphée hier avec la BGE, dans l’optique évoquée plus haut dans ce texte.
Les opérateurs réunionnais réclament encore et toujours à Ben Issa Ousséni du foncier pourtant indispensable aux Mahorais, qui peinent déjà à trouver un logement.
Voilà donc le sort funeste qui attend les Mahorais à la fin du mandat actuel du patron de la société Adams Transit, lequel semble perdre de vue les milliers de jeunes Mahorais — dont 60 % ont moins de 20 ans — qui auront besoin de s’épanouir et d’entreprendre sur leur île natale.
Il ne fait aucun doute qu’ils lui demanderont des comptes, le moment venu, sur ce bradage de leur héritage ancestral.
Journaliste politique & économique

































