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Alors que les vacances scolaires touchent à leur fin, trois lycéennes du lycée Younoussa-Bamana, à Mamoudzou, suivent à distance la poursuite du mouvement lycéen dans l’Hexagone. Entre fierté de voir la mobilisation s’étendre, frustration face au manque de réponses à leurs revendications et sentiment d’invisibilité de Mayotte dans les débats nationaux, elles s’interrogent sur l’avenir du mouvement et sa reprise à la rentrée.
Douze jours après le début des vacances scolaires à Mayotte, alors que le mouvement lycéen s’inscrit désormais dans une mobilisation plus large dans l’Hexagone, où des centaines de milliers de personnes ont manifesté samedi 17 octobre, sur fond d’affrontements avec les forces de l’ordre, de pillages et de dégradations, comment les lycéens mahorais, mobilisés dès les premières manifestations, perçoivent-ils cette évolution ? Comptent-ils reprendre la mobilisation à la rentrée ?
Avant les vacances, le rectorat de Mayotte avait annoncé, mardi 6 octobre, la mise en place d’une plateforme nationale pour recueillir les revendications des lycéens. La rectrice présentait alors cette démarche comme “une première étape”, avant un travail avec les établissements et les partenaires concernés pour identifier les réponses possibles à court et à long terme. Les représentants des élèves ont également été informés de la consultation nationale lancée sur la plateforme Agora, accessible jusqu’au vendredi 23 octobre 2026.
Ces réponses n’ont toutefois pas suffi à apaiser la mobilisation. Le vendredi 9 octobre, dernier jour avant les vacances, entre 100 et 200 lycéens du lycée Younoussa-Bamana, à Mamoudzou, se sont réunis devant l’établissement, une banderole “La jeunesse dorée contre l’État” à la main. Si la mobilisation avait perdu en intensité au fil des jours, les prises de parole témoignaient encore d’une certaine vitalité.
Ce mercredi 21 octobre, à cinq jours de la rentrée, Zamila, 17 ans, porte-parole de la mobilisation lycéenne, Chafika et Shayna, toutes deux âgées de 16 ans et scolarisées en terminale, livrent leur regard sur l’évolution du mouvement et ses perspectives à Mayotte.

l’administration n’apporte pas de réponses concrètes aux revendications des élèves.
Flash Infos : Comment suivez-vous les manifestations dans l’Hexagone pendant les vacances ? Est-ce que les images vous inquiètent, vous motivent ou finissent par vous fatiguer ?
Zamila : “Je suis les manifestations principalement sur TikTok. Je ne parlerais pas d’angoisse, mais plutôt de fierté quand je vois ces images. Une fierté qui vient atténuer la déception face à l’inaction sur notre territoire. Voir les autres agir pour leurs droits, pendant que nous sommes dans le silence…”.
Chafika : “Je suis également le mouvement à travers les réseaux sociaux. Le voir continuer me motive à persister dans ma démarche de défense de nos revendications. Mais cela reste frustrant de voir que les difficultés que nous rencontrons à Mayotte semblent souvent passer au second plan”.
Shayna : “Je préfère suivre les mouvements via les réseaux sociaux ou sur les comptes officiels des médias car je ne fais plus confiance à la télévision. Suivre le mouvement, pour être honnête, me procure un réel plaisir, en dehors des petits commerces pillés, qui, eux, me déchirent le cœur. Au début du mouvement, j’y voyais une plus grande légitimité à Mayotte et ça me motivait de voir que ce mouvement se répandait de plus en plus. Aujourd’hui, je perds espoir petit à petit et je finis par accepter qu’on nous obligera peut-être toujours à accepter cette situation”.
F.I : Pendant les vacances, continuez-vous à échanger entre vous et à vous organiser pour envisager la suite du mouvement à Mayotte ?
Zamila : “Les discussions se sont poursuivies pendant les vacances, notamment pour organiser une manifestation le samedi 17 octobre, mais celle-ci n’a finalement pas abouti. Il n’y a eu personne au rendez-vous, hormis quelques membres de l’organisation. Une nouvelle déception”.
Chafika : “Nous continuons à échanger sur les réseaux sociaux, même si chacun est aussi occupé de son côté. Malheureusement nous n’étions pas nombreux samedi, ce manque de participation s’explique en partie par le fait que chacun comptait sur les autres pour venir. Finalement, nous nous sommes retrouvés à moins d’une dizaine d’élèves”.
Shayna : “Il y a encore des échanges, des propositions d’idées pour se faire entendre plus loin. On essaye notamment de contacter des médias nationaux, mais si ce n’est pas eux qui nous contactent, malheureusement, il est dur de pouvoir communiquer. Malheureusement, samedi dernier, nous n’étions pas nombreux : 8 élèves et 10 professeurs. J’ai pensé à questionner mes camarades sur la raison de leur absence et leurs réponses étaient communes : “ça ne sert à rien”, “j’ai la flemme de perdre mon temps”, “ça ne marchera pas”, “de toute façon, on est habitués”. Ça m’a déçue de tout le monde et m’a déchiré le cœur, bien que je comprenne”.
F.I : Les manifestations dans l’Hexagone ont été marquées par des affrontements, des dégradations, des pillages. Que pensez-vous de ces violences ? Risquent-elles de masquer vos revendications ou vous semblent-elles parfois nécessaires pour être entendues ?
Zamila : “Les revendications sont masquées par les violences à cause des angles sur lesquels certains médias décident de cadrer leurs sujets. Mais ces violences restent nécessaires pour être vus et entendus, et ce depuis la nuit des temps. Nos droits actuels ont été acquis par des gens qui ont pris le risque d’agir dans l’illégalité. Nous ne pensons pas que de simples dialogues pacifiques vont nous permettre, à notre tour, d’obtenir les nôtres. Nous aurions voulu emprunter un autre chemin, mais nous avons malheureusement l’impression que c’est le seul qui puisse nous permettre d’obtenir quelque chose”.
Chafika : “Je ne prétends pas excuser les violences, mais parfois elles peuvent sembler être le seul moyen d’attirer l’attention. Paradoxalement, elles finissent par devenir le centre des débats, alors que les revendications devraient rester au cœur des discussions”.
Shayna : “Les violences ce n’est qu’une réponse face au ras-le-bol. De plus, remarquez qu’il n’y en a jamais avant l’intervention abusive des forces de l’ordre. Même dans notre lycée, ça finissait mal uniquement quand ils étaient présents, armés de la tête aux pieds, avec des gaz, pour soi-disant nous montrer qu’ils sont prêts à intervenir quand notre seule position face à eux c’est de tendre les bras pour montrer nos pancartes. Dans tous les cas, c’est une colère légitime qui sert à nous faire entendre. De nombreux lycées n’ont eu aucune écoute avant cela. Dans l’Hexagone ils ont dû se sentir dénigrés par le fait qu’en 3 jours de manifestations qui ont un peu débordé dans notre lycée à Mayotte, la rectrice a accepté de recevoir les 33 établissements, dont 11 lycées, en visioconférence. En ayant vu ça, pour moi, les violences ne sont plus nécessaires, elles sont obligatoires dans la limite du raisonnable : pas de pillages de petits commerces, pas d’armes parmi les manifestants, rien qui puisse être désavantageux physiquement pour les manifestants”.
F.I : Emmanuel Macron a pris la parole suite au 17 octobre, que retenez-vous de son intervention ? Avez-vous le sentiment que vos revendications ont été entendues ?
Zamila : “Les paroles du président sont absurdes. Il tourne autour du pot, sans proposer de solution concrète ni donner de direction. Nos revendications sont mises à l’écart. De notre point de vue, son discours était presque inutile”.
Chafika : “Concernant les propos du président, je les ai trouvés franchement presque inutiles. En réalité, il n’a à aucun moment répondu aux revendications des manifestants. Il s’est surtout concentré sur les dégradations. Je trouve donc que ses déclarations n’ont fait qu’accentuer la colère des manifestants”.
Shayna : “Il n’est même pas nécessaire d’en parler. Il n’y a rien à dire, si ce n’est des critiques face à une situation que son gouvernement a causée. C’est affligeant de voir qu’il n’a même pas songé à parler des territoires d’outre-mer, des différentes revendications et de tout le reste qu’il est préférable de ne pas citer puisqu’il n’a parlé de rien. On ne peut pas provoquer une guerre contre son propre peuple en tant que président et remettre la faute au peuple lui-même quand il contre-attaque”.
F.I : Mayotte et les autres territoires ultramarins vous semblent-ils absents des débats nationaux ? Comment vivez-vous ce manque de visibilité ?
Zamila : “Cette absence nous inquiète et nous déçoit, car nous sommes bien plus légitimes à manifester que certains et pourtant, nous ne le faisons pas. Nous avons subi une grande invisibilité médiatique au début, mais c’est en forçant les choses que nous avons réussi à nous faire entendre au niveau national et international. Nous nous attendions à ce que cela continue sur cette lancée, mais ce relâchement, le 17, a réduit nos efforts à néant”.
Chafika : “Oui, l’invisibilisation des Outre-mer, et particulièrement de Mayotte, m’inquiète. Nous sommes aussi concernés par les difficultés rencontrées à l’échelle nationale, mais nous devons également faire face à des problèmes propres à notre territoire, tels que l’accès à l’eau, le coût de la vie, les difficultés d’accès aux soins et l’insécurité. Le fait que Mayotte soit si peu présente dans les discussions nous inquiète, car nos difficultés ne s’arrêtent pas aux portes du lycée, elles vont bien au-delà. Et cette situation devient de plus en plus difficile à supporter”.
Shayna : “L’absence de Mayotte et des autres DROM dans les débats, en plus de m’inquiéter, me met dans une colère inexplicable. Nous sommes de plus en plus oubliés, pourtant la situation empire. Laisser une partie de la population se dire “c’est pas grave, on est habitués” quand la situation ne ressemble plus à la France, c’est une des plus grandes hontes. J’ai honte aujourd’hui. Honte de ne plus savoir si je suis réellement considérée pour eux comme française. Honte que la France sur laquelle je vis ne puisse pas nous donner ne serait-ce que le minimum pour vivre comme de vrais Français. Comment l’Hexagone et les territoires d’outre-mer ne se rejoignent-ils pas de manière égale dans leurs revendications ? Si c’est une seule France, pourquoi les DROM portent-ils des revendications humiliantes : demander de l’eau dans une France qui soi-disant prône l’égalité, demander des prix convenables quand l’inflation ne cesse d’augmenter, des conditions d’étude convenables quand dans certains lycées il n’y a pas de toilettes et que les tables sont gonflées à cause de l’eau depuis Chido. C’est une honte… et finalement, pas pour nous, mais pour la France”.
F.I : Après cette mobilisation et alors que les vacances touchent à leur fin, comptez-vous reprendre le mouvement à la rentrée ?
Zamila : “En tant que porte-parole des manifestations lycéennes, je reste fière de ce que nous avons pu accomplir, puisque, à nous seuls, nous avons mis suffisamment de pression pour être entendus. Nous aurions pu frapper plus fort si nous avions eu le soutien total de nos parents et de nos professeurs. Mais, quoi qu’il en soit, notre détermination est là. Nous laissons un peu de temps à l’administration pour voir si elle va réellement agir sur certaines questions d’ici à la fin de l’année. Si ce n’est pas le cas, nous reviendrons”.
Journaliste




































