À Bouéni, l’art pour libérer la parole sur la santé mentale

À l’occasion des Semaines d’information sur la santé mentale (SISM), Terra Psy et la Maison des adolescents sont allés à la rencontre des habitants de Bouéni, jeudi 15 octobre, devant l’ancien plateau. À travers des ateliers artistiques et des échanges, les professionnels ont souhaité sensibiliser petits et grands à la santé mentale, tout en contribuant à lever les tabous.

Parler de santé mentale autrement, en passant par l’art. C’est l’approche retenue cette année par Terra Psy et la Maison des adolescents à l’occasion des Semaines d’information sur la santé mentale (SISM), organisées à Mayotte du 5 au 18 octobre 2026. Jeudi 15 octobre, les deux structures ont posé leurs ateliers à Bouéni, devant l’ancien plateau, pour échanger avec les habitants de tous âges.

« On a décidé de mobiliser des professionnels, psychologues et médiateurs culturels, pour sensibiliser la population de tout âge à la santé mentale », explique Clarisse Duchon, psychologue référente chez Terra Psy. L’initiative s’inscrit dans une démarche de proximité : « Nous sommes intervenus dans six villages différents. Aujourd’hui, c’est Bouéni. »

L’art pour libérer la parole

Cette année, les ateliers s’appuient sur l’art comme moyen d’expression et de réflexion. L’objectif est d’aider chacun à identifier ses besoins, ses émotions et les ressources sur lesquelles il peut compter au quotidien.

« On utilise l’art comme média pour aussi chercher nos ressources, nos besoins. Nous avons donc plusieurs ateliers pour parler de santé mentale et de ressources », détaille Clarisse Duchon.

Au-delà des activités proposées, la démarche vise à déstigmatiser la santé mentale. En abordant le sujet à travers des supports accessibles, les professionnels cherchent à faciliter les discussions avec les jeunes comme avec les adultes. Qu’est-ce que la santé mentale ? Pourquoi consulter un psychologue ? Comment reconnaître ses besoins et comprendre ses émotions ? Autant de questions qui permettent d’engager le dialogue. Les équipes profitent de ces rencontres pour orienter les personnes vers les structures adaptées, notamment les centres médico-psychologiques (CMP), et faire connaître les dispositifs de droit commun. Une manière de rapprocher les services des habitants qui ne savent pas toujours vers qui se tourner.

Aller vers les jeunes et leurs familles

Pour la Maison des adolescents, ces interventions de terrain répondent à un enjeu important : rencontrer des jeunes qui rencontrent des difficultés pour accéder aux dispositifs d’accompagnement. « La santé mentale est quand même l’une des missions principales de la Maison des adolescents. Face aux difficultés à se déplacer, on trouvait que c’était la bonne occasion d’aller à la rencontre de personnes qu’on ne peut pas rencontrer », souligne Charline Furst, psychologue au sein de la structure.

La professionnelle rappelle que certains jeunes traversent des périodes de souffrance, marquées notamment par un manque de repères ou de perspectives d’avenir. Les difficultés du quotidien peuvent également peser sur leur équilibre : trouver un contrat, disposer d’un ordinateur ou accomplir des démarches dans les délais sont autant d’obstacles susceptibles de fragiliser leur situation.

Ces difficultés s’inscrivent parfois dans un contexte familial et intergénérationnel plus large, où les modes de vie évoluent rapidement. Les changements culturels et la place croissante des téléphones portables participent aussi à transformer les relations et les repères des jeunes.

Des besoins communs à tous

Pour Charline Furst, l’essentiel est de rendre la santé mentale plus compréhensible et moins intimidante, en partant de besoins universels. « Le but est de déstigmatiser, d’humaniser. Tout le monde a des besoins : manger, dormir et avoir de l’amour. »

En s’appuyant sur ces réalités simples, les professionnels souhaitent montrer que la santé mentale concerne chacun, et pas uniquement les personnes en difficulté ou celles qui consultent un spécialiste.

À Bouéni, les échanges et les ateliers artistiques ont ainsi permis d’aborder un sujet parfois difficile à évoquer, dans un cadre ouvert et accessible. Une démarche de proximité qui entend faire de la prévention, faciliter l’accès à l’accompagnement et rappeler que prendre soin de sa santé mentale commence aussi par la reconnaissance de ses propres besoins.

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Journaliste, aussi passionné par les paysages de Mayotte que par sa culture. J’ai toujours une musique de rap en tête.

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