Information réelle ou supposée sur l’explosion inattendue de certaines maladies jadis éradiquées dans le département de Mayotte, la députée (RN) Anchya Bamana monte au créneau ces derniers jours et demande des comptes à Stéphanie Rist, la ministre française de la Santé. La parlementaire tire à boulets rouges sur l’ARS Mayotte et, plus globalement, sur l’État par extension. Elle invite la ministre à se rendre de toute urgence sur le territoire afin de se rendre compte de l’ampleur d’une situation qu’elle considère comme hors de contrôle.
Cinq patients hospitalisés en moins d’une semaine et deux admis en réanimation, 302 cas de paludisme enregistrés à Mayotte depuis le début de l’année, dont 215 cas importés du territoire comorien voisin et 66 cas acquis localement : le dernier bulletin de Santé publique France fait sortir de ses gonds la députée mahoraise (RN) Anchya Bamana, qui saisit la ministre de la Santé, Stéphanie Rist.
Dans un courrier en date du 5 août, la parlementaire fait état d’une dégradation de la situation sanitaire dans le 101e département français, allant jusqu’à la qualifier d’incontrôlable. « Notre département est confronté simultanément à la recrudescence du paludisme, à la circulation locale du Mpox, à la persistance de l’hépatite A et à une progression inquiétante des syndromes gastro-intestinaux », fait-elle valoir dans sa missive.
Un constat qui la conduit à tirer à boulets rouges sur l’Agence régionale de santé (ARS), qu’elle accuse de n’apporter qu’une réponse insuffisante face à la gravité de la situation. Pour la députée, « ces chiffres démontrent que les importations répétées du parasite ont favorisé la réinstallation de chaînes de transmission à Mayotte, alors que le paludisme y avait pratiquement disparu ».
Au demeurant, Anchya Bamana n’est pas la seule élue à dresser ce constat. Le sénateur Saïd Omar Oili a déjà sonné maintes et maintes fois l’alarme à ce propos. Quasiment tous les responsables politiques mahorais dénoncent à l’unisson une situation qu’ils considèrent comme prévisible, notamment en raison d’une immigration clandestine massive, et réclament que Mayotte soit impérativement préservée des risques sanitaires associés.
Une doléance qui, selon eux, reste jusqu’ici lettre morte de la part du gouvernement Lecornu, jugé insuffisamment réactif lorsqu’il s’agit de Mayotte, quel que soit le sujet mis sur la table.
Sans parti pris ni démagogie politique, les Mahorais, toutes catégories confondues, dénoncent également ce qu’ils considèrent comme l’incapacité de l’ARS à prendre à sa juste mesure un état sanitaire global de Mayotte, qui serait en nette régression depuis plusieurs années. Une situation que certains mettent notamment en perspective avec les différentes périodes de gestion du système de santé mahorais.
Sans doute la proximité de plusieurs échéances électorales explique-t-elle aussi ce haussement de ton d’une classe politique locale trop souvent accusée par une partie de la population de laxisme, de lâcheté, voire de coupable silence, pour ne pas dire de connivence, avec un État central parisien qui, selon ses détracteurs, se préoccuperait davantage de ses relations bilatérales avec les pays voisins de Mayotte que de ses propres sujets et contribuables.
Des comptes demandés à l’État
Elle n’a pas fini de demander des comptes à l’ARS Mayotte et aux autres services de l’État sur la gestion sanitaire de l’archipel.
À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, il est concevable que le temps des « longs couteaux » prenne le dessus sur la raison et la « prétendue légendaire résilience des Mahorais ». La gestion des conséquences du cyclone Chido ne manquera pas, le moment venu, de s’inviter dans le débat politique des scrutins à venir, en guise d’arbitre du changement.
« Où sont les distributions massives de moustiquaires imprégnées ? Où sont les opérations systématiques de destruction des gîtes larvaires ? Où sont les campagnes d’information répétées dans les villages, les établissements scolaires, les quartiers précaires et les médias locaux ? Où sont les moyens supplémentaires consacrés au dépistage et au traitement rapide des personnes contaminées ? »
Anchya Bamana précise à Stéphanie Rist que des questions du même genre peuvent lui être adressées s’agissant d’autres pathologies présentes sur le sol mahorais, telles que le chikungunya ou la dengue. La parlementaire interroge ainsi la ministre de la Santé sur les politiques de prévention et de dépistage engagées par le gouvernement Lecornu sur le territoire, notamment au sujet des maladies hydriques.
Elle demande où en sont les campagnes de sensibilisation, de prévention et de vaccination destinées au plus grand nombre, en premier lieu aux publics les plus exposés à ces différentes maladies.
Une cascade de questions ponctue ainsi le contenu de sa saisine de la ministre de la Santé. Anchya Bamana rappelle au demeurant que Mayotte est une partie intégrante de la République française et que, par conséquent, « ses habitants ne peuvent plus être invités à supporter les coupures d’eau, l’effondrement de l’offre de soins et le retour de maladies graves pendant que l’État observe la situation à distance ».
La députée justifie ainsi sa volonté de rompre le silence et son refus de voir se multiplier les mesures jugées insuffisantes pour calmer la population. Elle réclame instamment la venue sur place de Stéphanie Rist afin que la ministre puisse prendre la mesure de la situation sanitaire.
Anchya Bamana, qui a prévu de passer une bonne partie de ses vacances d’été sur le territoire à l’écoute des doléances de ses administrés, n’en a donc pas fini avec le système local de santé. Elle entend continuer à interpeller les autorités et à demander des comptes sur la gestion sanitaire de Mayotte dans les prochaines semaines.
Journaliste politique & économique


































