Ils sont 14 jeunes Mahorais prêts à s’envoler cet automne pour le Canada, où ils pourront démarrer un cursus universitaire dans différentes villes du Québec, autrement appelé le « Canada français ». Ils ont passé les différents tests de sélection réalisés sur place par Twalal Harouna Abassi, à l’origine de ce programme éducatif ouvert aux natifs du territoire. Un programme devenu une réalité qui s’inscrit dans la durée grâce au soutien financier du Département-Région de Mayotte et de la Communauté de communes du Sud.
Flash Info : Combien de jeunes étudiants mahorais espérez-vous accueillir cette année au Canada ?
Twalal Harouna Abassi : Je retourne au Canada par le vol de ce dimanche. Cette année, j’ai avec moi 14 étudiants qui ont déjà suivi le processus de sélection. Ils effectueront leur rentrée universitaire cet automne dans différentes villes du Québec.
F.I. : Comment se déroule la sélection localement ?
T.H.A. : Ce que nous essayons vraiment de faire, c’est de mettre le jeune et sa famille au cœur d’un dispositif qui les implique tous dès le début. Pour être direct, je dirais que dès que nous détectons un intérêt particulier chez un jeune, nous organisons un premier échange avec sa famille afin de vulgariser et d’expliquer notre dispositif. L’objectif est de susciter au maximum leur intérêt et celui de la famille.
Nous mettons également à leur disposition des liens numériques vers les établissements susceptibles de les accueillir, afin qu’ils puissent explorer les différents programmes d’enseignement proposés. Ce n’est qu’au terme de ce parcours que les parents nous adressent une lettre de motivation, laquelle ouvre la voie à un entretien. Une fois cet entretien terminé, nous sommes en mesure de déterminer si l’étudiant concerné est suffisamment mûr et s’il est en mesure d’intégrer notre dispositif.
F.I. : Êtes-vous en contact avec le Département de Mayotte ? Avez-vous obtenu un quelconque soutien de sa part ?
T.H.A. : Oui, nous sommes en relation avec le Département de Mayotte. Il soutient et finance notre dispositif. Notre association Mayotte-Québec est conventionnée pour déployer ce dispositif sur l’ensemble du territoire afin de répondre aux besoins de l’île. Un financement annuel de 85 000 euros nous est accordé. Le Département se tient régulièrement informé de l’évolution de chaque étudiant, ce qui nous permet d’améliorer le dispositif dans son déploiement sur les deux territoires.
F.I. : En est-il de même avec le Rectorat de Mayotte ? Comment apprécie-t-il votre initiative ?
T.H.A. : À notre grand regret, nous n’avons aucun contact avec le Rectorat de Mayotte. En dehors du Département-Région de Mayotte, il y a la Communauté de communes du Sud qui nous accompagne depuis le début de cette aventure.
Nous nous efforçons d’utiliser nos rares ressources pour travailler dans l’intérêt supérieur des étudiants mahorais. J’ignore quelle appréciation le Rectorat porte sur ce dispositif. Au démarrage, nous avons essayé d’instaurer une relation afin d’accéder directement aux lycéens, futurs bacheliers. Malheureusement, cela n’a pas abouti et le premier bilan que nous leur avons présenté n’a donné lieu à aucune manifestation d’intérêt.
F.I. : Et comment cela se passe-t-il avec les autorités canadiennes ?
T.H.A. : Le Canada est une terre d’immigration par excellence, en particulier pour les étudiants. En ce qui concerne les étapes à franchir pour l’obtention d’un visa, nous nous débrouillons seuls. L’itinéraire que nous suivons ne fait l’objet d’aucun blocage particulier, tant au niveau provincial que fédéral.
F.I. : Est-ce que tous les candidats mahorais à des études au Canada arrivent à suivre le rythme ou y a-t-il des ratés ?
T.H.A. : Aussi surprenant que cela puisse paraître, la grande majorité de nos étudiants arrivent à suivre la cadence. Mais ce serait vous mentir que de dire que nous enregistrons un taux de réussite de 100 %. Sur un total de 60 jeunes accompagnés depuis le début de ce programme, nous comptabilisons six abandons.
Cela n’est pas dû à un problème de niveau, mais plutôt à des difficultés d’adaptation aux conditions de vie et à l’environnement du territoire. Ce qui importe, c’est que les autres étudiants arrivent à bien s’en sortir. Pour preuve, nous avons eu la joie de compter nos premiers diplômés cette année et ils ont tous opté pour une poursuite de leur cursus universitaire.
F.I. : Tout cela fait une petite communauté à gérer. Comment arrivez-vous à gérer cela au quotidien ?
T.H.A. : Pour que cela fonctionne bien, nous essayons de mettre en place des outils de communication, notamment au moyen de certaines applications numériques qui nous permettent d’entretenir des canaux de discussion dans chaque ville, aussi bien sur des thématiques générales que sur des sujets spécifiques.
Ainsi, nous arrivons à prendre le pouls des conditions de vie de nos étudiants, aussi bien les débutants que ceux qui sont là depuis plus longtemps. Pour le moment, je dirais que c’est une formule qui fonctionne plutôt bien, même si certains aspects mériteraient amplement d’être améliorés.
Il ne faut pas perdre de vue qu’il s’agit d’un dispositif encore très jeune et fragile. Notre management est plutôt efficace et nous parvenons à apporter des réponses à chaque sollicitation de nos étudiants, aussi bien sur le sol mahorais que sur le sol canadien.
Journaliste politique & économique


































