Anchya Bamana se donne le temps d’aller à la rencontre de ses concitoyens pour entendre leurs doléances, mais aussi leurs critiques sur la situation désastreuse qu’ils subissent depuis le cyclone Chido, voire bien avant. Dans le respect de la loi et des prérogatives que lui confère sa charge de parlementaire, elle ne cesse de multiplier les déplacements sur le terrain pour s’imprégner des réalités et vérifier les faits qui lui sont rapportés. Elle interpelle des responsables de services et s’informe de l’avancement de certains projets, à défaut d’en connaître les causes de blocage ou de ralentissement.
Flash Infos : Si vous le permettez, parlons de la refondation de Mayotte, sur laquelle vous exprimez des inquiétudes. Vous vous inquiétez de la tournure que prend ce fameux projet de refondation de Mayotte, n’est-ce pas ?
Anchya Bamana : Il aurait fallu commencer par entendre les intéressés, les Mahorais. Mais il n’y a rien de tout cela. On n’écoute pas les Mahorais. On a conçu pour Mayotte une logique de développement. Le général Facon nous l’a vendue cousue de fil blanc. C’est comme ça. Rien ne se fait.
Je fais partie du comité de suivi de la refondation de Mayotte. C’est même pour cela que je vous pose cette question. J’ai écrit récemment à tous les journalistes. Je l’ai dit en pleine réunion, le 31 mars 2026, si mes souvenirs sont bons. C’était la deuxième réunion du comité de suivi à Paris, et je l’ai dit clairement : « La méthode qui a été mise en place par le président du comité n’était pas du tout fonctionnelle. Nous sommes des parlementaires. La Constitution nous donne une prérogative nous permettant de contrôler l’action du gouvernement, l’action de l’État, de demander des comptes à l’État. »
Je ne comprends donc pas pourquoi les services de l’État, thématique par thématique, ne viennent pas à la commission pour nous dire : voilà, en matière de système de santé, voilà ce qui a été prévu, voilà ce qui a été fait à ce jour, le calendrier, qui fait quoi, comment, quelles sont les difficultés, pour que nous puissions, nous, au comité, prendre connaissance des blocages des dossiers et avancer. C’est ça, moi, ma vision du comité.
Ce n’est pas de faire lire au président du comité des notes techniques transmises par les services de l’État au président, sans chiffres ni rien, sans aucune transparence ni visibilité, et de voir le président lire des notes qui n’apportent aucune information.
C’est la raison pour laquelle j’ai écrit, le 31 mars, au soir même de la deuxième réunion du comité, un courrier au président pour lui dire que je contestais complètement la méthodologie qui avait été mise en place pour faire fonctionner ce comité. Ce comité est inutile en l’état actuel des choses. Et, dans mon courrier, que je vous transmettrai, je lui dis clairement ce qu’il faut faire dans l’état actuel des choses.
C’est un comité inutile qui ne donne aucune information mesurable, chiffrée, thématique par thématique, pour nous permettre, à nous, parlementaires, d’exercer notre mission de contrôle sur l’action de l’État. Il ne se passe rien. Il n’y a même pas de compte rendu de réunion provenant de ce comité.
F.I. : Parlez-vous sérieusement, Madame la députée ? C’est très grave, ce que vous affirmez-là. En avez-vous conscience ?
A.B. : À ce jour, il y a eu une première réunion d’installation en décembre 2025 par Mme Naïma Moutchou. La ministre a installé le comité en décembre 2025, à l’occasion du premier anniversaire du cyclone Chido.
Par la suite, il y a eu deux réunions. Aucun compte rendu de ces trois réunions, alors que j’en demande depuis la dernière réunion. Comment peut-on avancer dans les discussions quand on n’a même pas les comptes rendus des réunions ? « Circulez, il n’y a rien à voir. »
Donc, rien ne marche. On a voté les lois, on nous a promis 4 milliards d’euros, et on divise ces 4 milliards sur six ans. Nous avons droit à 700, un peu plus de 700 millions d’euros par an.
On va juste les débloquer pour réaliser les projets de ce territoire. À ce jour, rien ne s’y passe ! Rien de rien ! Pour moi, je suis là pour dire ce qui se passe, pour demander des comptes. C’est pour ça que j’écris tous les jours aux ministres pour demander ces comptes, parce que rien ne se fait à Mayotte. En parlant de comptes à demander, les Mahorais demandent des comptes s’agissant de leur santé, de leur vie en général et de leurs contraintes en matière de soins médicaux.
Avec une logique indiscutable, ils voudraient pouvoir se soigner chez eux. Les langues se délient. Ils disent même qu’on a investi des sommes assez importantes dans des dispositifs pour les empêcher volontairement de fonctionner par la suite, mais aussi pour justifier des dépenses injustifiables.
F.I. : Justement, quelle est votre opinion sur ce système de santé qui ne fonctionne pas ?
A.B. : C’est une situation inacceptable. Je ne le dis pas seulement : je l’ai écrit, j’ai interpellé les ministres depuis le cyclone du 14 décembre 2024. J’ai écrit aux ministres. J’interpelle régulièrement le gouvernement sur la défaillance du système de santé à Mayotte.
Le projet pluriannuel d’investissement pour les travaux du Centre hospitalier de Mayotte (CHM) a été mis en place depuis 2018, à la suite d’un important mouvement social. Ce sont les mêmes projets de 2018 qui ont été intégrés au plan de la refondation.
Tout est chiffré, tout est dedans. Maintenant, à l’État de réaliser les projets, puisque c’est une mission de l’État : un décret simple pour dire que l’ARS (Agence régionale de santé) est sous les mains du préfet, mais l’ARS a toujours été sous la responsabilité de l’État.
Pour moi, c’est un non-événement. Maintenant, l’ARS, qui exerce la tutelle sur le système de santé, doit permettre à l’hôpital de mobiliser des fonds pour que cet hôpital réalise les infrastructures devant permettre à la population de se faire soigner ici, à Mayotte.
Les investissements, la construction du bâtiment, tout ça, ça sert à quoi ? Je viens de visiter l’hôpital aux côtés de son directeur. C’est pour savoir où est-ce qu’on en est.
Et l’autre volet, c’est la formation des enfants de ce territoire pour lutter contre le désert médical, parce que, dans notre système de santé, il manque des ressources humaines. Voilà les deux volets qui me préoccupent sur cette question, notamment celle de la formation.
J’ai vu Mme Rist à sa prise de fonctions. Elle m’avait promis une mission d’inspection pour travailler sur le volet de la formation. La mission d’inspection est bienvenue ici, à Mayotte. J’ai été auditionnée sur le sujet.
F.I. : Vous êtes allée sur le terrain, au CHM, mardi dernier. Quelle a été la teneur de vos discussions avec les responsables de cet établissement ? Quelle est leur vision des attentes des patients mahorais ?
A.B. : Les inspecteurs ont auditionné l’ensemble de leurs interlocuteurs à Mayotte. Aujourd’hui, ils doivent enfin nous dire le résultat de ces audits, de cette inspection, pour savoir où est-ce qu’on va.
Personnellement, je demande la mise en place de la première année de médecine à Mayotte, avec les nouvelles technologies qu’il y a maintenant et les formations à distance.
On a un médecin hypercompétent, qui est à l’origine du projet de la Maison de santé Moinaécha Ali Combo : le docteur Elhad Mohamadi, pour ne pas le citer, est un exemple de la mise en place d’une formation à distance expérimentée en Guyane.
Mais il faut commencer par mettre en place la première année de médecine à Mayotte. Le Premier ministre François Bayrou est venu nous dire qu’on allait développer le partenariat entre Mayotte et les hôpitaux de l’Hexagone, en plus de celui de La Réunion, pour permettre effectivement que ce champ de formation soit développé.
En attendant les constructions ici, à Mayotte, des gens vont se faire soigner en métropole. C’est écrit noir sur blanc dans les documents officiels.
J’ai discuté de tout cela ce matin avec le directeur du Centre hospitalier de Mayotte. Je vais voir sur le terrain ce qui se passe. Ça fait partie de ma mission de contrôle de l’action de l’État. C’est ce que je fais justement pour dire au gouvernement de mobiliser les fonds afin que les travaux se fassent réellement.
F.I. : En parlant de ces travaux, vous aviez demandé le respect de la parole donnée en 2018 sur les projets de construction au CHM de Mamoudzou, avec notamment l’ajout de logements pour le personnel de cet établissement, ce qui permettrait d’éviter beaucoup de problèmes de sécurité et de réaliser également des économies d’échelle sur le budget logement de l’hôpital, qui est assez conséquent. Vous a-t-on signifié une fin de non-recevoir ?
A.B. : Ce n’est pas une fin de non-recevoir. Heureusement que je suis allée discuter avec le directeur et demander que ces constructions soient réalisées, notamment sur le fameux site derrière le bâtiment de Jacaranda. C’est un lieu bien dégagé depuis un moment.
Nous n’avons pas de problème de foncier. Et là, j’apprends par le directeur que l’ARS a décidé, in fine, de ne pas construire ces logements. Nous avions envisagé un bâtiment en hauteur.
C’est complètement légitime que ce projet soit formalisé dans ce sens, pour répondre à ce besoin de logement des fonctionnaires du CHM, des professionnels de santé, en tout cas, du CHM. Ce qui n’est absolument pas acceptable.
Et de ce pas même, ce soir, j’écris aux interlocuteurs concernés : la ministre de la Santé et le préfet de Mayotte, qui a nouvellement compétence sur l’ARS, pour réaliser le projet tel qu’il a été défini dès le début. Il n’est pas question de modifier ce projet et de continuer à mettre en difficulté les professionnels de santé de cet établissement.
Journaliste politique & économique


































