Port de Longoni : MCG attend un chèque de 15 millions du département

Le feuilleton est loin d’être terminé au port de Longoni, dans le bras de fer qui oppose depuis plusieurs mois le Département-Région de Mayotte et Ida Nel. Et pour cause : pour clore cette affaire, il faudra que Ben Issa Ousséni et son EPIC reversent la coquette somme de 18,5 millions d’euros à la société Manu Port, détenue par Yohan Nel. Patiemment, ce dernier attend que le Département vienne à la table des négociations, mais celui-ci multiplierait les artifices pour continuer à pratiquer la politique de la chaise vide. Jusqu’à quand pourra-t-il repousser la date de la remise du chèque à Manu Port ?

Résident hors du territoire depuis 2003, le patron de la société Manu Port et vice-président de Mayotte Channel Gateway (MCG) a suivi à distance les dernières péripéties qui ont précédé la reprise en main du port de Longoni par le Département-Région, le 1er septembre 2026. De passage sur l’île la semaine dernière, il livre à la presse, pour la première fois, son point de vue sur ce dossier qui n’en finit pas de faire couler salive et encre dans l’opinion publique mahoraise.

Pour lui, la rupture prématurée de la DSP du port, jadis confiée à la société de sa mère, Ida Nel, « illustre bien la relation conflictuelle que nous avons toujours eue avec le Conseil départemental. Cela pose un gros problème à ma société dès lors qu’on nous a retiré notre bail du jour au lendemain sur la base d’une explication que je trouve personnellement farfelue. Je m’explique : tous les autres opérateurs du port ont conservé le leur, à l’exception des deux manutentionnaires que nous sommes. Mon opinion est que tout ce bazar a été créé de toutes pièces par nos élus ».

Yohan Nel explique que les complications auxquelles fait face sa société ont débuté sous la mandature précédente, lorsque Fatima Souffou, alors conseillère départementale de Dzaoudzi-Labattoir, avait le port dans ses compétences en tant que vice-présidente du Département.

« Nous avons connu une première série de problèmes avec les tarifs, qui furent acceptés puis annulés. Il y a eu tellement de procédures qu’au final, nul ne pouvait distinguer quoi que ce soit. Le résultat a été l’annulation de la DSP à cause de ces tarifs », fait remarquer le patron de Manu Port, lequel tient à préciser aux Mahorais que le Conseil départemental de Mayotte est, selon lui, l’unique responsable du désordre qui règne actuellement au port de Longoni.

« Je ne comprends pas pourquoi nos élus refusent de venir d’abord s’asseoir autour d’une table avec nous pour tout simplement discuter de la poursuite du service portuaire, parce que le système doit continuer à fonctionner », interroge Yohan Nel.

« Ce qui m’énerve le plus, c’est que le port fonctionne actuellement avec notre propre assurance et nos équipes »

Selon lui, les demandes de réunion formulées par ses sociétés se soldent toujours par une offensive de missives d’avocats et de conseillers juridiques, qu’il a du mal à comprendre. Il estime que ce temps gâché aurait pu être évité, tout comme la récente fermeture du port.

Une désorganisation totale qu’il ne s’explique pas, bien qu’elle soit imputée à sa société par les élus majoritaires au sein de l’Assemblée de Mayotte.

Port de Longoni : MCG attend un chèque de 15 millions du département« Ça, c’est le jeu classique des politiciens qui rejettent systématiquement la faute sur tout le monde sauf sur eux. Je ne comprends pas que, sur un outil aussi important pour l’économie et le développement du territoire, il y ait eu autant de précipitation et de manque de préparation. Ils ne se sont pas assurés à temps, tout s’est fait dans l’urgence et ce qui m’énerve le plus, c’est que ce port fonctionne actuellement grâce à notre propre assurance et à nos équipes, mais personne n’est prêt à le dire clairement, haut et fort, à la population. Si nous ne leur prêtions pas une tractopelle, ils ne pourraient carrément ramasser aucun détritus », signale Yohan Nel, qui ne cache pas une frustration générale.

Parmi les reproches faits au Département-Région de Mayotte à l’endroit de sa société figure la question de l’appartenance des grues opérationnelles sur le port, sur laquelle les inspecteurs chargés de la rétrocession devront trancher ultérieurement.

Un sujet sur lequel le patron de Manu Port fait montre d’une grande sérénité, faisant valoir au passage que le conflit sur les tarifs ayant conduit à la fin prématurée de la DSP est né de l’arrivée de ce matériel.

« À l’époque de la précédente mandature, Fatima Souffou avait mené le combat pour que les tarifs ne soient pas appliqués aux grues afin que celles-ci ne puissent pas être utilisées pour favoriser la SMART. Elle nous disait que nous n’avions pas besoin de ce type d’engins, au point que tout un tas de conflits était imputé à l’usage de ce matériel. Ce retournement de veste est un peu incompréhensible à mes yeux, mais je dirai, dans un sens que je ne saisis surtout pas, qu’ils veuillent le matériel de Manu Port, qui occupe des parcelles privées. »

Le chef d’entreprise explique qu’à l’intérieur du périmètre de Longoni, qui est un espace public, il existe des autorisations temporaires du domaine maritime (AOT), assorties de baux. Ce serait sur ces sites loués par ses sociétés qu’opère le matériel de Manu Port, et non sur le quai, qui est lui public.

Autre question soulevée par Yohan Nel : pourquoi cette focalisation sur le matériel de Manu Port et non sur celui de la CMAT, par exemple, qui dispose elle aussi de stackers ?

« Soi-disant que les nôtres font du service public et que ceux de l’autre manutentionnaire n’en font pas, ce qui n’a aucun sens pour moi », souligne-t-il.

Il demande une discussion entre adultes responsables autour d’une table pour sortir de l’impasse

Il subsiste une énorme difficulté avant que cette affaire du port de Longoni n’atteigne son dénouement : un problème d’argent.

Se référant à de nombreux écrits de la Chambre régionale des comptes, Yohan Nel indique que le Département n’a pas budgétisé la fin de la DSP du port de Longoni. Il fait état de biens de retour qui ne donnent pas lieu actuellement à une dispute — terre-pleins, pavés, etc. — et qu’il estime à 18,5 millions d’euros.

« Nous sommes d’accord que tout cela retourne au Département. Le contrat de DSP dit que ce retour est gracieux contre une indemnité équivalente à la valeur nette comptable. Cela signifie que, sur l’ensemble des investissements réalisés, nous enlevons tout ce qui a déjà été amorti et le Département rembourse le résultat du calcul. C’est ce qui donne aujourd’hui ces 18,5 millions d’euros, dont ne dispose pas le Département-Région de Mayotte. À ma connaissance, en tout cas, aucun budget n’a été voté en ce sens », met en exergue Yohan Nel.

« Comment vont-ils faire concrètement ? Après, ils veulent prendre du matériel en plus, sauf que celui-ci également a un coût », fait-il observer.

Il détaille qu’à la suite du cyclone Chido, ce matériel a été endommagé puis réparé. Un coup de neuf qui a redonné de la valeur à ces trois grues, à raison de 2 millions d’euros l’unité.

Le patron de Manu Port repose une fois de plus la même question : « Le Département-Région a-t-il les moyens de lui racheter ce matériel ? »

Une question que se posent également de nombreux Mahorais qui suivent ce feuilleton médiatique car, au regard du contrat passé entre le Département et la MCG, la DSP prenant fin le 31 août 2026, le premier aurait dû envoyer au second un chèque de 18,5 millions d’euros. Ce qui, à ce jour, n’est toujours pas le cas.

Aucune discussion n’aurait encore été engagée en ce sens par les deux parties, le Département-Région de Mayotte essayant de gagner du temps en prétextant attendre l’avis des experts.

« En cas d’investissements lourds réalisés, comme c’est le cas ici, avec un amortissement qui n’est pas fini, la loi prévoit une prolongation de la DSP. Je sais que la justice l’a résiliée, mais il y a une réalité et un temps judiciaires d’un côté et, de l’autre, une réalité de terrain qui ne correspond pas toujours. C’est ce qui a créé le problème avec les tarifs de la résiliation, des décisions prises par le Département que nous avons contestées devant le tribunal administratif.

« Huit mois se sont écoulés entre-temps avant que la décision du TA ne vienne renverser celle du Département. Entre ces deux moments, il y a eu un manque à gagner. À quel tarif facturer les 150 conteneurs qui sortent tous les jours du port ? Il fallait bien prendre une décision au final. C’est de là que provient tout ce bazar », ajoute, pédagogue, Yohan Nel.

Il réaffirme que ce contentieux du port de Longoni serait facile à régler si un interlocuteur pouvait être désigné du côté du Département pour engager une discussion entre adultes autour d’une table.

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