À Tsoundzou 2, le camp d’exilés grandit toujours tandis que les demandes d’asile s’éternisent

Près de 1.500 personnes vivent désormais dans le camp d’exilés de Tsoundzou 2, installé en octobre 2025. De nombreux demandeurs d’asile y attendent encore un rendez-vous en préfecture, tandis que les difficultés d’accès à l’eau, à l’alimentation et aux soins s’ajoutent à l’insécurité et à la précarité du quotidien.

Onze mois après sa naissance, le 22 octobre 2025, conséquence de la destruction de l’ancien camp dit de La Guinguette, le camp d’exilés de Tsoundzou 2, entre le village Coallia et la mangrove, ne cesse de s’agrandir.

Au total, 1 487 personnes, dont 300 femmes et 198 enfants, y vivent chaque jour, selon un recensement réalisé par les représentants des habitants eux-mêmes. La majorité d’entre eux attend depuis plusieurs mois un premier rendez-vous en préfecture pour enregistrer leur demande d’asile.

Des demandes d’asile “à l’arrêt” depuis juin

Un processus arrêté depuis le 10 juin 2026, au moment où le Collectif des citoyens de Mayotte 2018 et les Femmes Leaders avaient bloqué le Bureau des étrangers de la préfecture, et qui ne permet pas de désengorger le camp, selon plusieurs demandeurs d’asile rencontrés ce 22 septembre. Une situation qui n’a pas pu être vérifiée auprès de la préfecture, qui n’a pas répondu aux demandes de précisions, mais qui est corroborée par plusieurs acteurs sociaux. D’autant que la majorité des personnes rencontrées souhaitent quitter le camp, pour trouver du travail ou, pour certaines, partir de Mayotte.

Autre problème, notamment lié aux lenteurs administratives : certaines personnes, qui avaient obtenu une attestation de demande d’asile et étaient hébergées depuis plusieurs mois par des associations, se retrouvent à nouveau dans la rue à l’expiration de leur période d’hébergement, qui varie entre trois et six mois, alors qu’elles attendent encore la suite de leurs démarches administratives, notamment l’obtention de leur titre de séjour ou de leur titre de voyage.

C’est le cas de Isyaka, 28 ans, originaire de la République Démocratique du Congo, qui après avoir passé 7 mois dans un logement, se retrouve à nouveau à vivre dans l’insalubrité, la chaleur et l’humidité du camp de Tsoundzou. “J’ai obtenu la protection, mais cela fait 1 an que j’attends mon titre de séjour”, témoigne-t-il, résigné, “j’étais logé grâce à Mlezi Maoré, mais l’association a eu l’obligation par la préfecture de nous faire quitter le logement après un certain délai. Nous sommes plusieurs dans cette situation”.

Au milieu du camp, qui s’étend sur plusieurs centaines de mètres, de la rivière Kwalé dans la mangrove jusqu’à la plage de sable noir sur le littoral rocailleux, de longs chaumes de bambous sont disposés à même le sol, tandis que d’autres sont fixés entre eux pour construire de nouvelles habitations. D’énormes tas de déchets s’entassent dans la mangrove, laissant à peine la place aux éleveurs de bétail pour accéder à leurs parcs et s’occuper de leurs animaux.

Un peu partout des enfants jouent dans la rivière, à côté d’adultes venus se laver, laissant des traces de savons dans l’eau qui s’écoule jusqu’au lagon. Les agriculteurs qui possèdent des parcelles ont coupé leurs bananiers. Les terrains ainsi mis à nu sont immédiatement recouverts de nouvelles cases bâchées.

Des femmes et des enfants toujours présents en nombre

Ici et là, le grondement de générateurs électriques signale la présence de prises pour recharger les téléphones ou encore brancher une télévision. Par endroits, entre les bâches noires et rouges, de petites échoppes vendent toutes sortes de produits : riz, huile, sodas, œufs ou encore légumes. Des “commerces” de fortune devenus précieux pour les habitants, et surtout pour les familles nombreuses, comme celle d’Isabella Shamavu, 35 ans, qui vit dans le camp avec son mari et ses quatre filles de 16, 14, 12 et 5 ans, depuis le mois d’avril. En provenance de la ville d’Uvira, dans l’est de la République démocratique du Congo, en proie à la guerre, ils n’ont toujours pas de nouvelles concernant leur demande d’asile.

“Il fait chaud et nous n’avons pas à manger”, résume-t-elle simplement, lassée. “Nous n’avons rien d’autre à faire que d’attendre. Sur mes quatre filles, une seule a réussi à obtenir une place au collège de Kwalé, les autres ne sont pas scolarisées”, ajoute-t-elle, alors que sa fille aînée, âgée de 16 ans, lui tresse les cheveux. “Parfois des gens viennent nous donner à manger et des habits, heureusement, mais actuellement on ne mange qu’une fois par jour”.

Un témoignage qui illustre également les difficultés des autorités à prendre en charge les publics vulnérables, principalement les femmes et les enfants. Une priorité qui semble ne plus pouvoir être assurée depuis la gestion du camp de La Guinguette.

Pour rompre avec la morosité du quotidien, les femmes du camp organisent ponctuellement des activités pour les enfants. Parmi elles, Blondel Mwadjuma, représentante des femmes du camp, tente de faire entendre leur voix lorsqu’elle en a le temps. Arrivée à Mayotte en février dernier, elle constate pourtant que la situation ne tend pas à s’améliorer, bien au contraire.

“L’accès à l’eau est difficile. Nous avons six citernes, avec un débit très faible, et avec plus de 1 400 personnes, tout le monde n’a pas accès à l’eau. Il y a aussi une non-assistance alimentaire. On recevait des bons alimentaires, mais depuis le mois de juillet, ils ne sont plus distribués. Enfin il y a les difficultés administratives, surtout pour celles et ceux qui sont arrivés à Mayotte depuis novembre 2025”, raconte-t-elle.

“On pensait qu’il était mort”

À cela s’ajoutent des confrontations avec des “délinquants” qui, selon les personnes interrogées, n’hésitent pas à entrer dans le camp par la mangrove pour voler des affaires. Diego à failli perdre la vie alors qu’il se rendait à une épicerie au centre du village. Agressé par quatre jeunes le 10 mai dernier, laissé pour mort sur la route, il a été transporté en urgence au CHM. “On pensait qu’il était mort”, lance un de ses amis présent à ses côtés.

“Pour la plupart d’entre nous, on veut quitter Mayotte à cause de l’insécurité”, poursuit le jeune homme, qui précise être à Mayotte depuis novembre 2025. “Tous les jours on voit nos frères et nos sœurs se faire attaquer”. “Quand ce n’est pas les délinquants, c’est la police qui nous attrape”, ajoute un autre.

Se faire soigner est également devenu difficile, surtout pour certaines pathologies. “Il faut avoir des papiers, sinon on ne nous soigne pas. Moi, j’ai une maladie des dents et je ne peux pas avoir de soins”, témoigne-t-il. À Mayotte, les personnes étrangères en situation irrégulière ne bénéficient pas de l’aide médicale de l’État (AME), contrairement au régime applicable dans l’Hexagone. Leur accès aux soins repose sur un dispositif spécifique, qui prévoit une prise en charge gratuite dans certaines situations, mais ne couvre pas l’ensemble des soins.

Assis sous une bâche à faire passer le temps, ces hommes savent que la prochaine menace viendra du ciel avec le retour de la saison des pluies. Les averses récentes sont venues rappeler le calvaire de la vie au camp, sur un terrain boueux complètement inondé lors des intempéries.

En attendant, pour échapper à l’atmosphère étouffante du camp, Isyaka aime se rendre à pied jusqu’à la plage pour se baigner ou jouer au football. Ce mardi, plusieurs Yéménites profitent de l’eau, tandis que d’autres discutent sur le sable. Une parenthèse qui permet, le temps d’un moment, d’oublier les conditions de vie indignes du camp. “Un endroit pour méditer et oublier”, confie Isyaka en regardant le large et l’îlot Mbouzi.

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