Six hommes impliqués dans le transport de 74 migrants depuis la Tanzanie jusqu’à Mayotte ont été condamnés, mardi 27 octobre, par le tribunal judiciaire de Mamoudzou. Interpellés en mars 2025 dans le cadre de l’opération Requin I, ils étaient poursuivis pour aide à l’entrée irrégulière d’étrangers dans des conditions les exposant à un risque immédiat de mort.
Le tribunal judiciaire de Mamoudzou a prononcé, mardi 27 octobre, des peines allant de trois à huit ans d’emprisonnement à l’encontre de six hommes, originaires des Comores et de Tanzanie, impliqués dans une traversée clandestine vers Mayotte. Au total, 74 migrants avaient été transportés à bord d’un boutre avant d’être répartis dans deux kwassa-kwassa pour rejoindre l’île.
Les 5 et 6 mars 2025, dans le cadre de l’opération interministérielle Requin I, la frégate de surveillance Nivôse de la Marine nationale intercepte le boutre Kiroho Safi 5, parti de Tanzanie. Le 6 mars, vers 1h30 du matin, un premier kwassa est repéré au large de Mayotte avec 36 passagers, dont neuf femmes et quatorze enfants. Moins de deux heures plus tard, la police aux frontières intercepte une seconde embarcation transportant 38 personnes. Les deux pilotes reconnaissent les faits. Aucun des passagers ne dispose d’équipement de sécurité.
Les auditions des passagers et l’exploitation des téléphones portables permettent de reconstituer le trajet. Les migrants avaient embarqué progressivement sur les côtes tanzaniennes, notamment à Dar es-Salaam, avant plusieurs jours de traversée. Certains témoignages révèlent des conditions particulièrement difficiles. Deux femmes ont déclaré avoir été embarquées pour se prostituer durant le voyage en contrepartie de leur traversée.
L’enquête judiciaire met au jour une filière structurée entre la Tanzanie, les Comores et Mayotte, dans laquelle chaque membre occupe un rôle précis, du recrutement des pilotes à la navigation, en passant par la logistique.
Des responsabilités contestées à l’audience
Devant le tribunal, la plupart des prévenus ont tenté de minimiser leur rôle. L’un des cuisiniers a affirmé avoir découvert la véritable nature du voyage une fois en mer. « Il y avait déjà des gens quand vous êtes partis. Vous ne vous êtes pas demandé pourquoi il y avait des êtres humains ? », l’a interrogé la présidente. « Vous saviez bien qu’il ne s’agissait pas d’une croisière, monsieur », a-t-elle ajouté.
Le principal prévenu, accusé d’avoir participé à l’organisation de la traversée, a contesté les accusations. Plusieurs protagonistes l’avaient désigné comme celui qui recrutait et encadrait les pilotes de kwassa, assurant le lien entre les organisateurs et les exécutants. Lui affirme n’avoir été qu’un simple cuisinier. Le commandant du boutre a également nié connaître la destination finale. Selon lui, le navire devait se rendre au Mozambique.
Pour le procureur de la République, cette affaire illustre l’existence d’une filière exploitant les migrants venus de la région des Grands Lacs africains. Des personnes qui entreprennent un voyage dangereux dans l’espoir d’une vie meilleure, tandis que d’autres cherchent à « faire du profit sur la misère humaine ». Le magistrat a rappelé les dangers de ces traversées et qualifié le bras de mer séparant Mayotte des Comores de « cimetière sous-marin ». Il a requis des « peines sévères à la hauteur des faits ».
« Une réponse pénale ferme et dissuasive »
Avant le délibéré, le principal prévenu a une dernière fois nié les faits qui lui étaient reprochés. « Moi, je cuisinais juste, mais je n’organisais rien », a-t-il insisté. Il a rappelé qu’il subvenait aux besoins de sa famille, dont il était le principal soutien financier. Le commandant du boutre a, de son côté, demandé pardon et expliqué être sans nouvelles de ses proches. Un autre prévenu a raconté avoir accepté de piloter un kwassa pour payer les frais médicaux de sa mère et de son épouse. « À l’hôpital, là-bas, rien n’est gratuit », a-t-il déclaré.
Le tribunal a suivi les réquisitions du ministère public. Le recruteur et encadrant des pilotes a été condamné à huit ans d’emprisonnement et le commandant du boutre à sept ans. Les deux pilotes de kwassa ont écopé de six et trois ans de prison, tandis que les deux autres membres d’équipage ont été condamnés à quatre ans chacun.
Toutes ces peines sont assorties d’une interdiction définitive du territoire français. La confiscation des biens saisis et le maintien en détention des six condamnés ont également été ordonnés. Dans un communiqué publié mercredi 28 octobre, le parquet général de Saint-Denis et le parquet de Mamoudzou estiment que ces condamnations « traduisent la détermination de l’autorité judiciaire à démanteler les filières de passeurs à tous leurs niveaux, par une réponse pénale ferme et dissuasive ». Les condamnés disposent de dix jours pour faire appel.
Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.


































