“Aucun ministre n’a parlé aux Mahorais”, les acteurs locaux déçus de ne pas avoir échangé avec la délégation gouvernementale

En marge de la visite officielle, loin des caméras, le cabinet du Premier ministre, Sébastien Lecornu a mené des rencontres avec les “acteurs mahorais”. Mais l’absence du ministre dans les échanges a tué l’initiative dans l’œuf.

Un important dispositif de sécurité mobilisant les forces de l’ordre quadrille Mamoudzou ce jeudi 27 août au matin, à l’occasion de la seconde journée de la visite officielle du Premier ministre Sébastien Lecornu, accompagné de son cabinet et de sa délégation ministérielle.

Du lycée Bamana au Centre Hospitalier de Mayotte (CHM), en passant par le commissariat de police, la préfecture et Kawéni, les étapes de cette visite se succèdent à un rythme soutenu. Une cadence qui se lit jusque dans les incessants allers-retours des gendarmes, gyrophares allumés, contraints de se frayer un chemin à vive allure d’un point à un autre afin de sécuriser les différents axes empruntés par la délégation.

Une “succession de rendez-vous

Tandis que le Premier ministre entame la visite du projet de renouvellement urbain de Kawéni, son cabinet fait savoir qu’il mène, hors caméras, “une succession de rendez-vous”, en commençant par l’intersyndicale, dont les manifestants avaient été malmenés la veille, mais aussi avec le Syndicat général des travailleurs des ports, la Fédération nationale des ports et docks CGT, le Groupement patronal de Mayotte (GPM), le syndicat Alliance, les organisations syndicales du Centre hospitalier de Mayotte (FO, CFDT, CFE-CGC), l’association Femmes leaders et le Collectif citoyen de Mayotte 2018.

Des échanges qui, selon le cabinet, permettent d’aborder “certains sujets portés par les acteurs mahorais” : la revalorisation salariale, la convergence sociale, l’ajustement de la sur-rémunération, les retraites, le démantèlement des camps de migrants, l’accès à l’eau et le développement du grand port.

“Des audiences qui s’inscrivent dans la volonté du Premier ministre de bâtir, avec l’ensemble des forces vives du territoire, les décisions concrètes attendues pour accélérer la refondation de Mayotte”, relève le cabinet.

Les ministres absents des discussions

Mais à la sortie de la rencontre entre les conseillers et le Collectif citoyen de Mayotte, à la préfecture, le constat est tout autre pour Safina Soula, qui s’attendait à rencontrer le Premier ministre ou l’un des ministres présents, en personne.

“On ne va pas discuter uniquement avec des conseillers”, lance la présidente du collectif, désabusée, sur le parvis de la préfecture.

“Aucun ministre ne nous a rencontré. Aucun n’a parlé au mahorais”, déplore-t-elle.

“Je n’attendais pas à ce qu’ils me donnent des réponses, je sais qu’ils n’en ont pas, pour les six mois qui restent, mais c’est le respect du dialogue qui n’a pas été respecté et l’absence de dialogue, c’est parce qu’ils n’assument pas leur bilan”. 

“Tant qu’ils ne discutent pas avec la population cela va échouer”

“Tant qu’ils ne vont pas s’asseoir et travailler avec nous, tant qu’ils ne discutent pas avec la population qui connaît le territoire, cela va échouer, même les opérations comme Kingia, parce qu’ils ne maîtrisent pas le territoire”.

Interrogée sur les annonces du Premier ministre, notamment sur le renforcement de la lutte contre l’immigration clandestine, Safina Soula fulmine. “Je ne voulais absolument pas qu’on nous parle de radars, de reconduites à la frontière, car on les reconduit mais le soir ils sont de nouveau là”, juge-t-elle.

“Entre le « Rideau de fer » annoncé en 2024 par Gérald Darmanin et désormais la volonté d’utiliser la haute technologie, l’IA, ils peuvent encore rêver, mais nous, on ne rêve pas, on est dans la réalité !”.

“À un moment donné, il faut quand même écouter la population qui souffre. Le Mahorais de base, c’est nous. C’est nous qui manifestons, qui alertons l’État à chaque fois qu’il y a des manquements. Nous ne sommes pas des élus, nous sommes le peuple”.

Les organisations syndicales quittent la réunion dans la précipitation

Quant à la grogne qui monte dans les rangs des syndicats et des collectifs citoyens face à ce manque de considération, Safina Soula rappelle que leurs banderoles sont toujours affichées, à la vue de tous. “Nous n’avons pas encore été satisfaits des mesures car il n’y en a aucune qui a été mise en place. Je défendrai mon île jusqu’au bout”.

Les représentants des syndicats ont eux aussi quitté précipitamment la réunion avec les conseillers du Premier ministre, en raison de l’absence de ce dernier ou de l’un de ses ministres dans les discussions.

“Le reste des échanges n’a pas plus de valeur. Grosse déception. Qu’espérer pour les 6 mois restants ?”, se questionne l’un d’eux.

CET ARTICLE EST RÉSERVÉ AUX ABONNÉS

JE M’ABONNE À FLASH INFOS
Victor Diwisch

Mayotte Hebdo de la semaine

Mayotte Hebdo n°1116

Le journal des jeunes

À la Une