À Vahibé, la rentrée n’a pas eu lieu : les parents maintiennent le blocage

Alors que près de 120.000 élèves retrouvaient le chemin de l’école ce lundi 24 août à Mayotte, ceux de Vahibé 2 sont restés à la porte. Des représentantes de parents d’élèves ont bloqué l’établissement pour dénoncer le retard des travaux, le manque de mobilier et surtout les conditions d’apprentissage imposées par les rotations. Dans cette école surchargée, les enfants ne bénéficient actuellement que de quatre heures de cours par jour. La mairie de Mamoudzou assure de son côté que les travaux suivent le calendrier annoncé et estime que l’établissement était en mesure d’ouvrir pour sa rentrée.

« Papa, c’est quand qu’on va revenir à l’école ? » Il est un peu moins de 14 heures lorsqu’un père arrive devant l’établissement avec ses trois enfants. Les sacs sont remplis de fournitures scolaires. La famille devait rejoindre la troisième rotation de la journée. Mais devant l’école, le père comprend rapidement que la rentrée n’aura pas lieu. Il repart, déçu, avec ses enfants.

Depuis le matin, plusieurs parents d’élèves occupent les lieux. Leur colère est alimentée par le spectacle qui se déroule dans la cour : des camions entrent et sortent, tandis que des ouvriers assemblent les structures de nouvelles salles modulaires. Quatre éléments sont arrivés dans la matinée, alors que leur livraison était initialement annoncée autour du 17 août. « C’est du foutage de gueule », lâche la présidente adjointe de l’association des parents d’élèves désabusée. Le chantier, expliquent les familles, était quasiment à l’arrêt depuis plusieurs semaines.

Trois rotations par jour

Derrière la question des modulaires se trouve un problème plus ancien : celui de la surcharge de l’établissement. Selon l’association des parents d’élèves, plus de 1.700 élèves issus de quatre écoles se partagent actuellement 17 salles, selon un système de trois rotations quotidiennes. Les créneaux s’étalent de 7 heures à 11h45, de 9h20 à 14h05 et de 12h55 à 17h40. Dans les faits, les familles estiment que leurs enfants ne bénéficient que de quatre heures d’enseignement quotidien. Une situation qui nourrit l’inquiétude de la trésorière de l’association. « Nos enfants vont aller au collège sans savoir lire », redoute-t-elle.

Les parents réclament depuis plusieurs mois l’installation de suffisamment de salles modulaires pour permettre de revenir à deux rotations, une le matin et une l’après-midi, et ainsi offrir environ cinq heures de cours par jour aux enfants. Lors d’une réunion organisée le matin même avec les directions des écoles, l’association des parents d’élèves et le rectorat, un système permettant d’ajouter du temps d’enseignement aurait été proposé, notamment en remplaçant les récréations à l’extérieur par de la méditation en classe. Une solution rejetée par l’association. « Nous, on n’est pas favorables à cela », explique sa présidente adjointe.

« On est obligées de bloquer si on veut que ça avance »

Les parents dénoncent également le retard de livraison du mobilier scolaire. Une commande aurait été réclamée dès 2025, après le cyclone Chido, afin de remplacer du matériel devenu vétuste et d’équiper les nouvelles salles modulaires. Sous le préau, quelques tables et chaises abîmées sont entassées, pas encore installées. Dans l’après-midi, un enseignant apporte lui-même du mobilier récupéré par une association du village.

Pour les mères mobilisées, voir les ouvriers souder et monter les structures le jour même de la rentrée confirme que l’école n’était pas prête. Mais elles y voient aussi la démonstration de l’utilité de leur action : la fermeture a permis au chantier d’avancer, là où la présence des élèves aurait limité les interventions aux fins de journée et aux week-ends. « Comment envisager un accueil dans ces conditions ? On est obligées de bloquer si on veut que ça avance », résume l’une d’elles.

Badrou Rajab, chargé à la Ville de la construction et de la rénovation des bâtiments publics, rappelle qu’une échéance allant jusqu’à la mi-septembre avait été annoncée pour les travaux. À ses yeux, leur poursuite n’empêchait pas l’ouverture de l’école. Les zones concernées devaient être balisées pour permettre la circulation des élèves et, explique-t-il, les entreprises ont simplement profité du blocage pour effectuer dans la journée des opérations qui n’étaient pas programmées ce jour.

Sur les retards, la Ville met en avant les délais de livraison et les contraintes d’acheminement jusqu’à Mayotte. « On ne gère pas les bateaux, on ne gère pas le port, on ne gère pas nos fournisseurs », fait valoir Badrou Rajab. Il confirme également l’existence d’une commande spécifique de mobilier pour Vahibé, tout en reconnaissant un retard de livraison.

Un dialogue bloqué

À 14 heures, les représentantes des parents d’élèves pensent encore participer à la réunion prévue sur place avec la mairie, les directions et le rectorat. Elles découvrent finalement qu’elles resteront à l’extérieur. Sous le préau, elles attendent, regardent les allées et venues derrière les grilles de la petite salle et interrogent les ouvriers pour tenter de comprendre où en est le chantier. « On dirait qu’on n’est pas acteurs, c’est un manque de respect total », souffle l’une d’elles.

À l’issue, la mairie s’en va sans un mot pour les parents. Badrou Rajab assume ce choix : « On n’a pas discuté avec les parents parce qu’avant de fermer l’école il aurait fallu venir nous voir et discuter ». Un argument qui passe mal sous le préau : les mères rappellent qu’elles avaient déjà rencontré la mairie avant la rentrée et prévenu que leur mobilisation dépendrait de l’avancée des travaux.

Après le départ des représentants de la Ville, les directeurs et l’inspectrice rejoignent finalement les mères pour leur faire un compte rendu. Aucune sortie de crise n’est trouvée. La mairie se dit prête à recevoir leurs représentantes dès le lendemain et à leur présenter les documents qu’elles réclament, notamment les preuves de commande de mobilier, à condition que le blocage soit levé. Les parents refusent. Certaines quittent les lieux les larmes aux yeux. Le mouvement doit donc se poursuivre.

La situation de Vahibé illustre plus largement les difficultés persistantes de la rentrée scolaire à Mayotte. Environ 70 % des écoles fonctionnent encore avec un système de rotations, déjà largement répandu avant Chido.

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Amelie Constant
Journaliste

Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.

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