Lutte contre l’immigration clandestine : Sébastien Lecornu annonce drones, radars et bonus-malus sur l’aide au développement

Le Premier ministre annonce un renforcement du dispositif de lutte contre l’immigration clandestine, avec plus de moyens de surveillance maritime et militaire. Il veut aussi conditionner une partie de l’aide au développement aux résultats obtenus par les pays de départ en matière de coopération migratoire.

Au premier jour de sa visite à Mayotte, mercredi 26 août, le Premier ministre Sébastien Lecornu a ouvert la réunion plénière de l’état-major de la lutte contre l’immigration clandestine à la base navale de Dzaoudzi.

Entouré de plusieurs ministres, il a présenté une série de mesures destinées à adapter le dispositif de l’État à l’évolution des flux migratoires, tout en annonçant un renforcement des moyens militaires et une nouvelle doctrine en matière de coopération avec les pays de départ.

En ouverture de son intervention, Sébastien Lecornu a salué l’action des forces de l’ordre et des armées, mettant en avant les quelque 16 000 reconduites à la frontière réalisées au premier semestre 2026. Il a toutefois estimé que les réseaux de passeurs s’adaptent et que l’État doit désormais “se réinventer” face à l’évolution des filières migratoires, notamment avec l’arrivée de migrants en provenance des pays de la région des Grands Lacs, en plus des Comores.

4 radars supplémentaires, des drones, un poste avancé permanent à M’tsamboro

La principale annonce concerne un renforcement de la surveillance maritime et de la protection des approches de Mayotte. Le gouvernement prévoit le renouvellement des quatre radars afin de supprimer les zones d’ombre autour de l’archipel, l’installation d’un poste avancé permanent à M’tsamboro associant le 5e Régiment étranger, la base navale et la gendarmerie, ainsi que le déploiement permanent d’un radar et de moyens d’observation optronique sur l’îlot.

Le dispositif sera complété par l’arrivée de drones de longue endurance pour surveiller les approches maritimes, de drones légers embarqués sur les intercepteurs et par l’expérimentation de ballons captifs destinés à assurer une surveillance permanente en altitude. La flotte d’intercepteurs passera de neuf unités en 2026 à treize en 2028, tandis que le groupement d’appui opérationnel devrait être renforcé de 25 agents supplémentaires.

Pour le Premier ministre, il s’agit d’assumer une “militarisation plus importante” de la protection de la souveraineté de Mayotte, tout en maintenant les missions de sécurité intérieure assurées par les forces de police et de gendarmerie.

Des aides conditionnées aux résultats en matière de coopération migratoire

Sur le plan diplomatique, Sébastien Lecornu a également annoncé un changement dans la politique française d’aide publique au développement (APD). Désormais, une partie de cette aide sera conditionnée aux résultats obtenus par les pays de départ en matière de coopération migratoire.

Les critères porteront notamment sur la lutte contre les filières de passeurs, la coopération avec les services de renseignement, la délivrance des laissez-passer consulaires et la reprise de leurs ressortissants en situation irrégulière. L’aide humanitaire directe aux populations ne sera pas concernée par ce mécanisme.

Selon les précisions apportées par le gouvernement, les pays concernés sont les Comores ainsi que plusieurs États de la région des Grands Lacs et de l’Afrique de l’Est (Burundi, Tanzanie, République démocratique du Congo, Rwanda, Somalie et Kenya).

En 2024, l’aide publique au développement accordée à ces sept pays représentait près de 300 millions d’euros, soit plus de 1,8 milliard d’euros entre 2019 et 2024. Le gouvernement estime que les résultats obtenus en matière de coopération migratoire demeurent insuffisants et souhaite intégrer ce nouveau critère dès l’exécution budgétaire 2026, avec une application plus structurée à partir de 2027.

Le Premier ministre a enfin indiqué que ces annonces s’inscrivaient dans une stratégie menée “à droit constant”, sans modification législative immédiate, avec l’objectif d’appliquer pleinement les dispositifs existants et de renforcer la coordination entre les ministères concernés.

Bonus-malus : Estelle Youssouffa réclame l’application de l’accord de 2019.

La députée de Mayotte Estelle Youssouffa se montre très critique vis-à-vis de la principale annonce du Premier ministre sur le bonus-malus appliqué à l’aide au développement. Selon elle, cette mesure ne constitue pas une nouveauté : les accords conclus entre la France et les Comores en 2019 prévoient déjà des engagements réciproques en matière de coopération au développement et de lutte contre l’immigration clandestine.

“Il n’y a pas besoin de réfléchir, il n’y a qu’à appliquer l’accord”, affirme-t-elle, rappelant que “les Comores ne recevront de l’aide que si elles luttent contre l’immigration clandestine”. Une disposition qui, selon elle, n’a “jamais” donné lieu à la moindre sanction financière.

De son côté, le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères indique que les 150 millions d’euros prévus dans le cadre de cet accord ont été entièrement octroyés en décembre 2025, les décaissements devant toutefois s’étaler jusqu’en 2027.

La parlementaire estime par ailleurs que “99 % de l’immigration à Mayotte” provient des Comores et reproche au gouvernement de mettre davantage l’accent sur les flux en provenance des pays africains que sur “l’éléphant dans la pièce”, à savoir “ce pays voisin qui revendique Mayotte et déstabilise le département avec de l’immigration clandestine”.

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