Fin de la visite de Sébastien Lecornu à Mayotte : des élus condamnés à se dépouiller de leurs compétences au profit de l’État

La messe est dite — au sujet de l’avenir du développement durable de Mayotte — et c’est le Premier ministre Sébastien Lecornu qui a officié en guise de prélat. Les élus mahorais se sont fait avoir comme des « bébés » et n’ont rien vu arriver, le président du Département-Région en tête de file. Les citoyens ont finalement eu raison de se montrer très sceptiques et résignés quant aux véritables raisons qui ont conduit le chef du gouvernement à se rendre sur l’archipel cette semaine.

« Votez, votez si cela vous arrange, honorables citoyens de Mayotte, mais, au final, l’État reprend la main sur votre destinée parce que vos élus sont incompétents… » Ce n’est pas le slogan d’une campagne électorale, mais ces mots pourraient bien l’être si l’on voulait résumer, très brièvement, l’essence du déplacement du chef du gouvernement français dans le 101e département.

Une manière d’achever avec panache la politique distillée pendant dix ans — deux mandatures successives — par Emmanuel Macron auprès des communes de la nation. Cette interprétation n’est pas le fruit d’une imagination débordante, d’un esprit complotiste ou d’un citoyen déconnecté des réalités locales, mais plutôt la leçon à tirer à l’issue de la visite de 48 heures effectuée par Sébastien Lecornu, accompagné de six ministres importants de son gouvernement.

Il est venu expliquer aux représentants élus du peuple mahorais que, s’ils veulent voir reconstruire leur île, dévastée par le cyclone Chido il y a un an et demi, ils vont devoir renoncer à certaines de leurs prérogatives au profit des services de l’État, quand bien même ceux-ci ne seraient pas nécessairement plus compétents que ceux des collectivités locales.

Pour faire bonne figure, le Premier ministre prend soin de leur préciser que cette reprise en main de l’avenir de Mayotte n’est pas « une obligation », mais une simple suggestion destinée aux élus désireux de voir aboutir les opérations programmées dans le cadre de la refondation post-Chido.

Des élus mahorais qui n’ont pas donné l’impression, mercredi soir 26 août 2026, d’avoir véritablement capté le message codé du gouvernement. D’où une nécessaire séquence de clarification, jeudi à la mi-journée, au lycée hôtelier de Kawéni.

Autour d’un excellent repas concocté par de jeunes apprentis mahorais, composé notamment d’un méli-mélo de légumes à la vanille et d’une mousse au chocolat, le message est probablement mieux passé et a été reçu cinq sur cinq.

Les citoyens qui ont eu la chance de suivre cette séquence de la visite ministérielle à la télévision publique ont probablement compris le sens de la colère que les deux députées, Anchya Bamana et Estelle Youssouffa, n’ont pas réussi à contenir très longtemps à l’issue du passage de Sébastien Lecornu au conseil départemental, mercredi soir.

Elles ont toutes les deux raison de considérer que le chef du gouvernement a, une fois de plus, infantilisés les élus mahorais sur toute la ligne. Sébastien Lecornu leur a indiqué qu’il n’était pas venu revoir à la hausse les crédits alloués à la reconstruction, mais, en revanche, qu’il souhaitait revoir la stratégie initialement arrêtée, notamment au travers de la loi de juillet 2025.

Ils paient leur obstination à ne pas vouloir travailler de concert pour l’avenir des Mahorais

Aux 17 maires de l’île et aux cinq présidents d’intercommunalités qu’il a reçus hier, séparément des conseillers départementaux, Sébastien Lecornu a ressorti une nouvelle fois le joker gouvernemental du « manque d’ingénierie sur le territoire pour piloter certains projets ».

Des projets que l’État se propose de réaliser seul, au moyen de ses services, si les collectivités locales daignent lui transférer leurs compétences en la matière.

Le non-initié doit comprendre : « Circulez, il n’y a rien à voir. L’État manque de confiance à l’égard de vos élus démocratiquement choisis. S’ils veulent des réalisations après Chido, je pourrais les financer, à la seule condition que je les réalise moi-même ! »

Et, bien entendu, à l’instar du Département, qui va jusqu’à lui refourguer son port de commerce, les communes n’auront d’autre choix que de lâcher prise sur leurs ambitions de développement. Autrement, elles n’obtiendront jamais les crédits dont elles ont besoin pour les réaliser.

La leçon à retenir de cette journée d’hier, jeudi 27 août 2026, c’est que Sébastien Lecornu et ses six ministres sont venus annoncer aux Mahorais la fin de la décentralisation et la reprise des compétences les plus importantes jadis dévolues aux collectivités de l’île.

Les élus mahorais paient ainsi leur incapacité à peser face au gouvernement en parlant d’une même voix et à définir des politiques publiques bénéfiques à l’ensemble du territoire. En dehors de ce fait, tout le reste n’est qu’un écran de fumée.

Malgré des certitudes servies sur un plateau d’argent, le gouvernement ne pourra pas faire grand-chose pour Mayotte, en réalité. Sébastien Lecornu ne le cache d’ailleurs pas, évoquant « l’absence de majorité à l’Assemblée nationale pour voter des textes, un manque de temps et d’argent ».

Encore plus infantilisant, les 17 maires et les cinq présidents d’intercommunalités mahorais se sont vu proposer une nouvelle méthodologie de travail avec le chef du gouvernement : traiter chacun de leurs dossiers de façon informelle, « dans un format sans filtre et sans agendas politiques ».

L’ambiance globale portait sur le financement des projets de reconstruction, notamment des écoles, le réajustement des dotations financières en intégrant les chiffres issus du dernier recensement de la population et le domaine de la sécurité.

En somme, « rien de nouveau à l’Ouest ». Ils devront, en outre, fournir les chiffres concrets des chantiers de reconstruction engagés au titre de l’année scolaire 2026-2027.

La nature des projets déterminera le sens à donner à la refondation de Mayotte sous supervision de l’État. En un mot : qui paie décidera de ce qui sera fait !

Inutile, donc, pour nos élus de se lancer dans une surenchère de projets : Matignon a déjà décidé pour eux. Celui qui ne sera pas d’accord avec cette règle imposée n’aura qu’à se débrouiller tout seul.

Tous les autres sujets, aussi importants soient-ils pour les habitants de l’archipel, passent au second plan : l’eau, la santé, la lutte contre l’immigration clandestine, le développement économique, etc.

Lequel de nos maires — et présidents d’intercommunalités — osera s’écarter de ce chemin balisé par le Premier ministre Sébastien Lecornu ?

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