Comores : les autorités s’attaquent aux cliniques traditionnelles illégales

L’Inspection générale de la santé, après autorisation du ministère de la Santé et aval du Conseil des ministres, a lancé une opération visant à fermer les cabinets de médecine traditionnelle exerçant illégalement. Certains médicaments utilisés dans ces structures entraîneraient des problèmes rénaux, selon des données communiquées par l’hôpital national.

Dans leurs publicités, ces cabinets de médecine traditionnelle affirment être capables de guérir plusieurs maladies, dont l’infertilité, la sinusite ou encore les règles douloureuses. Certains s’offrent même des spots sur des radios, une pratique pourtant interdite dans le domaine médical.

Mais depuis mardi, le ministère de la Santé a lancé une opération de fermeture visant ces cliniques, dont la majorité fonctionnerait dans l’illégalité. Ce mercredi, les équipes mandatées par l’Inspection générale de la santé poursuivaient leur travail dans le sud de la Grande Comore, après avoir fermé, la veille, trois centres traditionnels, dont l’un était tenu par un ressortissant béninois.

Celui-ci exerçait dans une clinique située au nord de Moroni, non loin du Centre hospitalier national El-Maarouf.

« Après une mission de contrôle réalisée sur le terrain, nous avons constaté que des personnes prétendent être des médecins et donnent des médicaments traditionnels à des patients vulnérables, les exposant à des dangers. À la suite de notre enquête, le ministre a émis une note autorisant la fermeture de ces cabinets. Mardi, en compagnie de la gendarmerie, nous en avons fermé quelques-uns, dont un à Mitsamihuli, au nord de l’île. Les propriétaires sont entre les mains de la gendarmerie », a rapporté l’un des agents de l’Inspection générale de la santé, qui ajoute que la plupart de ces praticiens sont de nationalité étrangère.

Produits saisis

À en croire ce dernier, les médicaments à base de plantes prescrits par ces cabinets causeraient davantage de problèmes qu’ils n’en résoudraient.

« La santé publique est exposée. De notre côté, nous avons saisi leurs produits en attendant la fin des investigations judiciaires », a poursuivi notre source, rappelant que cette nouvelle opération, lancée mardi, a permis de fermer neuf centres traditionnels en deux jours.

« Je pense que les autorités sont derrière nous cette fois-ci. L’opération commando menée depuis mardi en est la preuve », estime-t-il.

Selon l’inspecteur général de la santé, le docteur Ridhoine Mohamed, ce travail ne fait que commencer. À Anjouan, une structure a déjà été fermée depuis fin juillet. Après les structures traditionnelles, ce sera au tour des pharmacies et des cabinets médicaux, promet-il, soulignant au passage que toute ouverture d’une clinique ou d’une pharmacie doit obéir à des textes réglementaires.

Selon l’article 182 du Code de la santé, promulgué en 2020, pour exercer la profession de médecin ou de chirurgien-dentiste, il faut être titulaire d’un diplôme d’État de médecine ou d’un diplôme de médecin reconnu et jugé équivalent par l’État comorien.

« Le médecin qui répond aux conditions citées ci-dessus a l’obligation d’effectuer un stage de probation d’un an, ainsi qu’une évaluation finale pour l’octroi de l’autorisation d’exercice de la médecine. Pour les étrangers, il doit y avoir un accord de réciprocité entre leur pays et les Comores », ajoute le même article, indiquant que les actes de soins seront définis et précisés par le maître de stage.

Danger

« Le Code de la santé est clair sur ce point. Pour les pharmacies, le demandeur doit se rapprocher de l’Ordre des pharmaciens, qui va examiner le dossier. Si celui-ci satisfait à leurs critères, ils nous le transmettent. L’Inspection étudie à son tour le dossier selon les conditions fixées par la loi, avant de le soumettre au cabinet du ministre, qui publie enfin un arrêté d’autorisation. La plupart de ces structures traditionnelles ciblées n’ont pas suivi la procédure et exercent dans l’illégalité, faisant courir un grand danger à la population », alerte l’inspecteur Ridhoine.

Parmi les dangers auxquels sont exposés les patients qui consultent ces praticiens traditionnels figure l’utilisation de plantes dont la composition reste inconnue.

« Même le service de dialyse nous a interpellés, il y a quelques semaines, sur le fait que les patients qu’il reçoit présentent des problèmes rénaux. La plupart d’entre eux affirment avoir pris des médicaments recommandés par ces cliniques », révèle le docteur Ridhoine, en poste depuis décembre 2022.

Cet anesthésiste-réanimateur souligne surtout que la dangerosité de ces médicaments traditionnels repose notamment sur l’absence de données concernant leurs effets indésirables.

« Avant qu’un traitement ne soit mis sur le marché, il faut que les données sur sa composition, sa posologie et sa capacité à lutter contre la pathologie pour laquelle il a été produit soient connues. Or, avec ces plantes, personne n’est en mesure de fournir ces informations. C’est la raison pour laquelle, dans certains pays avancés, l’Organisation mondiale de la santé, avec l’appui de ses partenaires, essaie d’encadrer la médecine traditionnelle », rapporte l’inspecteur Ridhoine, qui appelle la population à faire preuve de vigilance.

Le médecin assure enfin que les praticiens arrêtés sont appelés à signer des engagements selon lesquels ils n’ouvriront pas de centres sans passer par le cadre légal.

« Ils doivent aussi prouver leurs diplômes. Car on ne peut pas être gynécologue et prétendre guérir des maladies cardiaques. C’est la santé de nous tous qui est en jeu. Nous devons aller jusqu’au bout », insiste-t-il.

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