Vie étudiante : les Mahorais en première ligne face à la hausse des dépenses

Éloignement familial, billets d’avion, loyers et alimentation : pour les étudiants mahorais qui poursuivent leurs études dans l’Hexagone ou ailleurs, la hausse générale du coût de la vie s’ajoute aux dépenses propres à la mobilité ultramarine. L’Unef dénonce leur oubli dans les politiques publiques.

Quitter Mayotte pour étudier représente souvent une nécessité, faute de formations disponibles sur le territoire. Mais ce départ a un prix. Alors que le coût de la vie étudiante augmente encore en 2026, les jeunes Mahorais doivent composer avec des dépenses supplémentaires liées à l’éloignement, au transport aérien et à l’installation loin de leur famille.

Dans son enquête annuelle publiée lundi 17 août, l’Unef estime que les étudiants ultramarins sont les « grands oubliés des politiques publiques ». Selon le syndicat, ils dépensent entre 314 et 408 euros de plus par an que les étudiants de l’Hexagone. Un surcoût qui ne traduit toutefois qu’une partie des difficultés rencontrées par les jeunes originaires de Mayotte.

Un budget mensuel de plus en plus difficile à tenir

En 2026, le coût de la vie étudiante a progressé de 1,66% en un an et de plus de 35% depuis 2017, d’après l’Unef. Après déduction des aides éventuelles, le reste à charge atteint désormais 1 300 euros par mois en moyenne, soit 74 euros de plus qu’en 2025.

Cette hausse est principalement alimentée par le logement. Dans le parc privé, le loyer moyen s’élève à 627,11 euros par mois, en progression de 2,87%. En résidence Crous, il atteint 426,36 euros, soit une augmentation de 1,04%. Les transports et l’alimentation continuent également de peser davantage sur les budgets.

Pour les étudiants mahorais, ces dépenses ordinaires s’accompagnent de frais particuliers : transport des bagages, installation dans un nouveau logement ou encore déplacements pour rentrer à Mayotte. Le coût et la distance peuvent limiter les retours auprès de la famille, notamment pendant les vacances universitaires.

Partir étudier, une contrainte plus qu’un choix

La situation des étudiants mahorais est directement liée à l’offre de formation disponible à Mayotte. Si le territoire dispose d’établissements d’enseignement supérieur, de nombreux cursus restent accessibles uniquement à La Réunion ou dans l’Hexagone.

Les jeunes concernés doivent ainsi apprendre à vivre seuls, parfois à plusieurs milliers de kilomètres de leur entourage, tout en accomplissant des démarches administratives complexes. La recherche d’un logement, l’accès aux aides, l’ouverture de droits ou la constitution d’un dossier de bourse peuvent devenir autant d’obstacles supplémentaires.

À ces difficultés matérielles peuvent s’ajouter l’isolement, l’éloignement culturel et le manque de réseaux sur le lieu d’arrivée. Une hausse de quelques dizaines d’euros peut alors fragiliser un budget déjà serré et contraindre certains étudiants à travailler parallèlement à leurs études.

« Ces chiffres catastrophiques cachent des vies d’étudiants qui doivent travailler en parallèle ou abandonner leurs études parce qu’ils n’ont pas les moyens de subvenir à leurs besoins », alerte Manon Moret, secrétaire générale de l’Unef.

Des aides jugées insuffisantes face aux réalités ultramarines

Le syndicat critique plus largement le recul de l’intervention publique dans l’enseignement supérieur. Il cite le sous-financement des universités, les restrictions budgétaires touchant les Crous, l’abandon de la réforme des bourses et le manque persistant de logements étudiants.

Les frais d’inscription ont eux aussi augmenté. Selon l’Unef, ils ont progressé de 37% depuis 2017, notamment en raison de la contribution de vie étudiante et de campus. Créée en 2018 à 90 euros, la CVEC doit atteindre 105 euros à la prochaine rentrée.

Pour les étudiants mahorais, la question dépasse donc la seule inflation. Elle touche à l’égalité d’accès aux études supérieures. Sans dispositifs prenant réellement en compte l’éloignement géographique, le prix des déplacements et les frais d’installation, poursuivre une formation hors de Mayotte risque de rester un parcours réservé aux familles capables d’en supporter le coût.

Derrière les moyennes nationales se dessine ainsi une réalité particulière : celle de jeunes qui doivent quitter leur territoire pour accéder à certaines formations, mais auxquels les politiques étudiantes n’offrent pas toujours les moyens financiers de cette mobilité.

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