VIH à Mayotte : une épidémie qui progresse dans l’ombre

Le nombre de personnes vivant avec le VIH suivies au Centre hospitalier de Mayotte a plus que doublé en cinq ans. Si l’amélioration du dépistage explique une partie de cette hausse, les professionnels de santé alertent sur une circulation toujours active du virus dans un territoire où la précarité, les difficultés d’accès aux soins et les tabous freinent encore la prévention.

À Mayotte, le VIH continue de gagner du terrain, loin des projecteurs. Alors que les grandes crises sanitaires occupent régulièrement le devant de la scène, l’infection par le virus de l’immunodéficience humaine poursuit une progression silencieuse. Les derniers chiffres communiqués par les professionnels de santé montrent que plus de 560 patients sont aujourd’hui suivis au Centre hospitalier de Mayotte, contre environ 275 en 2019. Une augmentation qui interpelle dans un département de près de 330 000 habitants.

Pour les infectiologues, cette évolution ne traduit pas uniquement une amélioration du dépistage. Elle révèle aussi une circulation persistante du virus, favorisée par les difficultés sociales auxquelles est confrontée une partie de la population.

Un des taux les plus élevés de France

Avec près d’une centaine de nouvelles découvertes de séropositivité chaque année, Mayotte figure parmi les territoires français les plus touchés par le VIH. Rapporté à la population, le taux de nouvelles infections dépasse largement la moyenne nationale.

Les médecins rappellent que les personnes les plus concernées sont principalement des adultes âgés de 25 à 49 ans. La transmission est majoritairement hétérosexuelle, contrairement à certaines idées reçues encore largement répandues.

Cette situation s’explique en partie par les caractéristiques du territoire : une population jeune, une forte mobilité entre les îles voisines de l’océan Indien, une grande précarité économique et des difficultés d’accès aux structures de soins pour une partie des habitants.

Des diagnostics encore trop tardifs

Le principal défi reste le dépistage. À Mayotte, de nombreuses personnes découvrent leur séropositivité plusieurs années après avoir été contaminées. Certaines ne consultent qu’à l’apparition de complications graves, lorsque leur système immunitaire est déjà fortement affaibli.

Or, plus le diagnostic est précoce, plus les traitements sont efficaces. Les thérapies antirétrovirales permettent aujourd’hui aux personnes vivant avec le VIH de mener une vie

quasiment normale. Elles réduisent également la charge virale jusqu’à la rendre indétectable, empêchant ainsi la transmission du virus à leurs partenaires.

Pour les professionnels de santé, l’enjeu est donc double : protéger les personnes infectées et casser les chaînes de transmission grâce à un dépistage plus précoce.

Les tabous demeurent

Au-delà de l’aspect médical, le VIH reste entouré de nombreux préjugés. Dans une société où les questions liées à la sexualité sont souvent peu abordées, beaucoup hésitent encore à se faire dépister par peur du regard des autres ou d’une éventuelle stigmatisation.

Les associations engagées dans la lutte contre le VIH constatent également que certaines personnes renoncent aux soins en raison de difficultés administratives, linguistiques ou financières. À cela s’ajoutent parfois des idées fausses sur les modes de transmission, qui compliquent les actions de prévention.

Pourtant, le dépistage est gratuit et confidentiel. Les campagnes menées régulièrement par les équipes hospitalières et les associations cherchent justement à banaliser ce geste de prévention, encore insuffisamment adopté.

Une mobilisation à renforcer

Face à cette progression, les acteurs de santé plaident pour une stratégie plus offensive. Ils souhaitent multiplier les campagnes de sensibilisation, développer les opérations de dépistage dans les communes, renforcer l’éducation à la santé sexuelle auprès des jeunes et améliorer l’accès aux traitements.

Ces mesures apparaissent d’autant plus importantes que Mayotte fait face à d’autres défis sanitaires majeurs, mobilisant déjà fortement les moyens du système de santé.

Si le VIH est aujourd’hui une maladie chronique grâce aux progrès de la médecine, il demeure un enjeu de santé publique majeur. À Mayotte, où les inégalités sociales restent importantes, la prévention, le dépistage et l’information constituent les principaux leviers pour freiner la progression du virus.

L’enjeu dépasse les seuls chiffres. Derrière chaque diagnostic se cache une personne qui aurait souvent pu être prise en charge plus tôt. Pour les professionnels de santé, le véritable défi est désormais de faire tomber les tabous afin que le dépistage devienne un réflexe, et non un dernier recours.

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