C’est un chiffre attendu, scruté, et déjà appelé à alimenter le débat public. Au 1er janvier 2026, Mayotte compte 323 153 habitants. L’Insee a présenté ce mardi 7 juillet au matin les premiers résultats du recensement exhaustif conduit entre novembre 2025 et janvier 2026, un exercice exceptionnel décidé après le passage du cyclone Chido. « 323 153, c’est notre dernier mot« , a déclaré Pierre Greffet, directeur interrégional de l’Insee La Réunion-Mayotte. » Pour répondre à la question « combien sommes-nous?« , nous sommes à 323 153. Et la réponse est sans ambiguïté« , a ajouté Jamel Mekkaoui, chef de la division études à l’Insee.
Par rapport au précédent recensement exhaustif de septembre 2017, la population augmente de 26 %, soit 66 635 habitants supplémentaires. En moyenne, Mayotte a donc gagné environ 8 000 habitants par an sur la période, avec une croissance annuelle de 2,8 %. Le rythme reste le plus élevé de tous les départements français, même s’il ralentit par rapport à la période 2012-2017, où il atteignait 3,8 % par an. Depuis 2002, la population mahoraise a tout simplement doublé.
Cette hausse continue pèse sur un territoire de 375 km². La densité atteint désormais 860 habitants au km², contre 690 en 2017. Mayotte devient ainsi le sixième département français le plus dense, derrière cinq départements d’Île-de-France. Une comparaison d’autant plus frappante que le logement collectif reste très minoritaire dans l’île : il ne représentait que 8 % des logements en 2024, avant Chido.
UNE DÉMOGRAPHIE PORTÉE PAR LES NAISSANCES ET PAS PAR LES MIGRATIONS
La croissance démographique mahoraise est d’abord une affaire de naissances. Selon l’Insee, la hausse de la population entre 2017 et 2026 s’explique uniquement par un solde naturel très positif, c’est-à-dire la différence entre les naissances et les décès. Entre septembre 2017 et fin 2025, l’excédent des naissances sur les décès atteint 73 200 personnes, soit 8 800 habitants supplémentaires par an en moyenne.
Le solde migratoire apparent, lui, redevient légèrement négatif. Entre 2017 et 2026, l’Insee estime qu’il y aurait eu en moyenne 800 sorties de plus que d’entrées chaque année. Cela ne signifie pas que les mouvements migratoires sont faibles. L’institut souligne au contraire que ce solde traduit deux dynamiques opposées : des arrivées depuis l’étranger plus nombreuses que les départs vers ces pays mais également des départs importants de Mayotte vers l’Hexagone ou La Réunion. » On parle beaucoup des kwassas (…) mais on n’a pas toujours en tête les départs importants des personnes qui résident à Mayotte et qui vont s’installer dans l’Hexagone ou à La Réunion, notamment les étudiants. »
Ainsi, chaque année, en moyenne, 5 400 personnes déclarent avoir quitté Mayotte l’année précédente pour s’installer dans un autre département français.
MAMOUDZOU CONCENTRE TROIS HABITANTS SUR DIX
La population augmente dans toutes les communes, mais pas au même rythme. Aucune commune ne perd d’habitants, contrairement à ce qui avait été observé lors de la période précédente. Mamoudzou reste de très loin la commune la plus peuplée, avec 94 603 habitants. Le chef-lieu gagne 23 170 habitants depuis 2017. Trois habitants de Mayotte sur dix résident désormais à Mamoudzou, qui devient la troisième ville la plus peuplée des Outre-mer, derrière Saint-Denis et Saint-Paul à La Réunion.
Avec Koungou, qui compte 36 971 habitants, Dzaoudzi, 20 336 habitants, et Pamandzi, 11 446 habitants, la moitié de la population vit dans le quart nord-est de l’île.
UN RECENSEMENT « EXHAUSTIF, GÉNÉRAL ET PRÉCIS«
L’Insee savait que ce chiffre de 323 153 habitants serait contesté, alors que circulent dans le débat public des estimations de 400 000, voire 500 000 habitants. L’institut a donc insisté sur la méthode. « On s’attendait à ce que nos chiffres soient challengés« , a reconnu Pierre Greffet, qui défend un recensement » exhaustif, général et précis « .
D’avril à août 2025, l’Insee a d’abord cartographié les logements, avec une validation des 17 communes. Vingt-cinq enquêteurs ont sillonné l’île, y compris les quartiers informels et les cases en tôle. Au total, 70 000 bâtiments à usage d’habitation ont été recensés.
Des photos aériennes et des outils d’intelligence artificielle ont aidé à préparer le travail, puis la vérification s’est faite sur le terrain. L’Insee assure que tous les quartiers ont été couverts, et notamment le camp de Tsoundzou ou encore l’îlot Mtsamboro. La collecte auprès des habitants s’est déroulée du 27 novembre 2025 au 24 janvier 2026. Environ 299 600 bulletins individuels ont été remplis sur papier, auxquels s’ajoutent 11 000 réponses par Internet. Le numérique reste marginal, avec un taux d’environ 3,5 %, mais la collecte globale est jugée solide : seuls 3 % des logements n’ont pas été enquêtés, contre 4 % dans les autres territoires français. Ces logements ont malgré tout été intégrés dans l’estimation finale. » On a du mal à croire que les 3 % restants abriteraient 100 000 personnes« , a relevé Pierre Greffet.
» SI ON RAISONNE PAR L’ABSURDE » : L’INSEE ÉCARTE L’HYPOTHÈSE DES 400 000 HABITANTS
Pour défendre la solidité de son chiffre, l’Insee l’a comparé à d’autres données : les effectifs scolaires, les données de natalité, les flux aéroportuaires ou encore les importations de riz. À chaque fois, selon l’Insee, les ordres de grandeur observés confortent la population recensée.
Pierre Greffet a notamment repris le raisonnement à partir des naissances. » Si on raisonne par l’absurde« , a-t-il expliqué, partir d’une population de 400 000 habitants conduirait à un indice de fécondité inférieur à trois enfants par femme. Un niveau jugé « totalement incohérent » avec les enquêtes menées sur les familles à Mayotte, où la taille des ménages et le nombre d’enfants restent élevés.
Même logique avec les importations de riz. Rapportées à une population beaucoup plus importante, elles feraient chuter la consommation moyenne à un niveau proche de celui de La Réunion, ce qui paraît peu crédible à l’Insee au regard des habitudes alimentaires locales. Les effectifs scolaires du rectorat livrent aussi un signal cohérent : le nombre d’enfants recensés en âge d’être scolarisés reste légèrement supérieur au nombre d’élèves effectivement inscrits, sans faire apparaître d’écart massif qui accréditerait l’hypothèse d’une population très sous-estimée.
» L’histoire est globalement cohérente« , a résumé Pierre Greffet. Pour l’Insee, le chiffre publié ce mardi n’est donc pas seulement le résultat d’une opération de terrain : il s’inscrit dans une tendance démographique longue, compatible avec les autres données disponibles.
Le chiffre diffusé correspond à la population municipale. En fin d’année, un décret authentifiera les données de recensement de Mayotte et de chacune de ses communes. Il intégrera aussi la population dite » comptée à part « , notamment les étudiants dont la résidence habituelle se trouve ailleurs mais qui conservent un lien avec leur commune d’origine. Cette population totale servira notamment au calcul de la dotation globale de fonctionnement.
L’Insee prévoit également de publier, d’ici la fin de l’année, une première analyse détaillée des habitants et des logements, avec des éléments sur la structure par âge, la proportion d’étrangers, la part du bâti en tôle ou encore la situation post-Chido. D’autres publications suivront en 2027. A partir de cette date, Mayotte doit revenir au droit commun des enquêtes annuelles de recensement, avec quelques adaptations locales : dans les grandes communes, la collecte se fera chaque année par cinquième, afin d’obtenir une vision exhaustive au bout de cinq ans.
Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.



































