A l’Assemblée, Anchya Bamana presse le gouvernement de “passer à l’action”

La députée de Mayotte Anchya Bamana a interpellé, mardi 30 juin, le gouvernement sur la situation migratoire et le campement de Tsoundzou. Face à elle, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a défendu l’action de l’État, affirmant que plus de 10 000 reconduites à la frontière avaient été effectuées depuis le début de l’année.

Lors des questions au gouvernement, Anchya Bamana a consacré son intervention à la situation migratoire à Mayotte, en ciblant notamment le campement de Tsoundzou. La députée a dénoncé une situation devenue “insoutenable”.

À Tsoundzou, le gouvernement a prétendu démanteler un campement illégal. Aujourd’hui, la situation est catastrophique”, a-t-elle lancé. Pour l’élue, les personnes évacuées “se déplacent” et “se réinstallent ailleurs”, faute d’exécution des décisions d’éloignement. Elle a aussi vivement critiqué l’hypothèse d’un dispositif d’accueil collectif des migrants, qui serait selon elle une “provocation” pour les Mahorais.

Anchya Bamana a rappelé que l’Assemblée de Mayotte s’était opposée, le 26 mai, “à l’unanimité”, à tout dispositif de ce type. “Allez-vous enfin respecter la volonté unanime des élus mahorais qui vous demandent instamment de démanteler le camp de Tsoundzou ?”, a-t-elle demandé, accusant le gouvernement de pratiquer “la politique du pire”.

Tandis qu’elle s’adressait au Premier ministre, c’est le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, qui lui a répondu. Il a d’abord assuré que le gouvernement avait “parfaitement conscience de la pression migratoire exceptionnelle” que subit Mayotte, “qui n’a aucun équivalent ailleurs sur le territoire national”. Le ministre a mis en avant les moyens engagés sur place :  “cinq escadrons mobiles” et “1 200 policiers” mobilisés pour sécuriser le territoire et procéder aux reconduites.

Kingia : 3 900 reconduites à la frontière en deux mois

Laurent Nuñez a également défendu le bilan de l’État en matière d’éloignements. “Nous sommes à plus de 10 000 reconduites effectives depuis le début de l’année”, a-t-il indiqué. Selon lui, l’opération Kingia, menée de début avril au 1er juin, a permis à elle seule “3 900 reconduites effectives”, en plus d’actions contre “l’immigration illégale, l’économie illégale et l’habitat illégal”.

Le ministre a aussi mis en avant l’action menée en mer. Selon lui, le taux d’interception des embarcations a progressé de 100 % en 2025 et continue d’augmenter en 2026. Un chiffre à distinguer toutefois du nombre total de kwassas interceptés. D’après le bilan de la préfecture, 390 embarcations ont été interceptées en 2025, contre 493 en 2024, soit une baisse d’environ 20 %. Un recul lié au cyclone Chido, qui a endommagé une partie des moyens de détection et d’intervention. Ainsi, le taux évoqué par le ministre mesure la proportion d’embarcations interceptées parmi celles repérées.

Sur Tsoundzou, le ministre a dit avoir “bien entendu” le message des élus mahorais. “J’ai bien pris note de leur souhait que ce camp ne soit pas réimplanté”, a-t-il déclaré, en précisant que l’État travaillait actuellement à sécuriser le site et à engager des discussions avec les pays de provenance des migrants, “essentiellement des pays de la Corne de l’Afrique ou des Grands Lacs”.

En ce sens, Laurent Nuñez a indiqué travailler sur des “dispositifs de reconduite forcée” et, le cas échéant, des retours volontaires avec aide au retour.

Jusqu’ici Mayotte était exclue de l’aide au retour volontaire. La loi du 11 août 2025 de programmation pour la refondation de Mayotte a ouvert la voie à un régime dérogatoire. Dans le cadre d’opérations de lutte contre l’immigration irrégulière, l’OFII peut désormais prendre en charge les démarches administratives, le voyage vers le pays de retour et verser une allocation forfaitaire à des étrangers en situation irrégulière visés par une OQTF. Les ressortissants comoriens et malgaches en sont toutefois exclus. Reste que la formule employée par Laurent Nuñez demeure imprécise : elle ne permet pas de savoir si le gouvernement entend poursuivre les procédures d’éloignement déjà existantes ou préparer un nouveau cadre opérationnel.

Dans sa réplique, Anchya Bamana a dénoncé des “discours sans lendemain”. Elle a rappelé avoir visité le camp de Tsoundzou, et décrit une situation “pas digne de notre France, pays des droits de l’homme”. “Quand allez-vous considérer Mayotte comme un territoire français où règne la loi et non un dépotoir réceptacle des lâchetés successives du gouvernement ?”, a-t-elle lancé, demandant à l’exécutif “d’arrêter les discours” et de “passer enfin à l’action”.

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Amelie Constant
Journaliste

Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.

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