Soiyarta Attoumani, jeune autrice de 29 ans en situation de handicap résidant à Vahibé, publie sur Amazon le récit de son expérience du cyclone Chido le 14 décembre 2024. Un récit qu’elle a voulu poétique puisque ce genre la passionne depuis ses débuts d’écrivaine en 2022.
« Ce livre est né d’un besoin de transmettre, de rendre hommage et de transformer la douleur en lumière. Il tisse les voix de celles et ceux qui ont vécu l’inimaginable et cherche à préserver la mémoire d’un événement qui a marqué durablement Mayotte », déclare la jeune autrice Soiyarta Attoumani. Née en 1996 à Anjouan, on lui découvre à l’âge de 9 ans une polyarthrite rhumatoïde qui l’empêche de poursuivre sa scolarité et incite ses parents à effectuer la dangereuse traversée en kwassa jusqu’à Mayotte en 2015.
Grâce aux médecins du CHM, sa maladie a pu être stabilisée, même si elle l’a quand même clouée dans un fauteuil roulant. Ne pouvant que peu sortir, Soiyarta a mis à profit son temps libre pour lire et rattraper, en autodidacte et avec l’aide de diverses personnes bienveillantes, ses années de scolarité perdues. « J’ai toujours aimé la littérature, car elle permet de voyager sans avoir besoin de prendre l’avion », confie-t-elle.
En 2018, elle reçoit un ordinateur en cadeau de la part de l’association « Musique à Mayotte », qui a réalisé une opération de bienfaisance à destination des personnes les plus démunie à l’occasion de l’anniversaire de ses 20 ans de création. C’est ce cadeau qui a donné envie à Soiyarta de se consacrer à l’écriture. « Plus jeune je voulais devenir psychologue, mais comme cela n’a pas été possible à cause de ma maladie, j’ai décidé de me consacrer à l’écriture, une activité qui me passionnait aussi depuis longtemps », explique-t-elle.
Son premier récit, « Mi vida », narre son enfance à Anjouan, la découverte de sa maladie et sa traversée jusqu’à Mayotte. Le second, « Naufrage du cœur », est un recueil de poésie, genre qu’elle affectionne tout particulièrement depuis sa lecture des poèmes d’Arthur Rimbaud. Enfin, après la catastrophe de Chido, qui a entièrement « soufflé » sa maison, elle a ressenti le besoin de raconter cette expérience dans un témoignage poignant, qui mêle récit et poésie.
Des « leçons tirées » de l’expérience de Chido
Si Soiyarta et sa famille ont beaucoup souffert des conséquences du cyclone, la jeune femme refuse de ne voir cet évènement que comme une catastrophe et parvient à en tirer des enseignements positifs. « Chido nous a expulsé de notre routine quotidienne et nous a permis de voir les choses d’une autre manière, de voir au-delà de ce qui n’allait pas dans notre vie, mais aussi de voir des choses qu’on ne remarquait même pas avant », affirme-t-elle. S’appuyant sur le sens profond du mot « Chido », qui signifie « Miroir » en shimaore, elle estime que ce cyclone a reflété ce qui n’allait pas dans la société mahoraise, mais aussi ce qui allait et dont les choses ne se rendaient pas compte.
« Grâce à Chido, j’ai fait des rencontres extraordinaires que je n’aurais pas pu faire dans mon quotidien, j’ai aussi découvert une solidarité extraordinaire, notamment de la part de gens venus d’ailleurs », raconte l’autrice. Le titre de son ouvrage « Ombre de Chido, miroir étoilé », exprime justement cette double nature de la catastrophe, à mi-chemin entre l’ombre et la lumière.
Ce récit a évidemment aussi une dimension cathartique, il a permis à la jeune femme de se libérer en partie du traumatisme de Chido. Sa famille et elle ont en effet passé les longues heures qu’a duré le cyclone coincés derrière le congélateur pendant que leur maison s’effondrait sur eux. Ils ont miraculeusement pu être extraits des décombres par les secours et ont par la suite été hébergé plusieurs semaines chez une amie.
« On a vu la mort nous frôler, mais nous avons toujours gardé espoir et, aujourd’hui, ma famille et moi avons pu guérir en grande partie de ce traumatisme, même s’il en quand même quelques traces, puisque c’était vraiment évènement inédit à Mayotte », explique l’autrice. A la fin de son récit personnel, elle a ajouté plusieurs témoignages de personnes de son entourage ou issus de conversations entendues dans son village. « Je voulais aussi que le lecteur puisse découvrir le point de vue d’autres personnes sur cette catastrophe », conclut-elle.
L’ouvrage est disponible en ligne sur Amazon, mais également à la Bouquinerie de Passamaïnty ou directement auprès de Soiyarta (0639993538)
Nora Godeau est journaliste indépendante à Mayotte. Elle couvre les enjeux sociaux, culturels et environnementaux du territoire, avec une attention particulière portée aux voix locales et aux initiatives de terrain.



































