Après plusieurs années passées dans l’Hexagone ou à La Réunion pour suivre des études supérieures, de nombreux jeunes Mahorais choisissent de revenir vivre sur leur territoire. Animés par l’envie de participer au développement de l’île et de retrouver leurs proches, ils découvrent cependant une réalité plus complexe : trouver un emploi correspondant à leur niveau de qualification relève souvent du parcours du combattant. Entre manque d’opportunités, postes sous-qualifiés et départs contraints, le retour au pays ne tient pas toujours ses promesses.
Un retour motivé par l’attachement à Mayotte
Chaque année, plusieurs dizaines de jeunes Mahorais obtiennent une licence, un master ou un diplôme d’école spécialisée en métropole ou à La Réunion. Beaucoup font ensuite le choix de rentrer à Mayotte, convaincus que leurs compétences pourront contribuer au développement économique, social et administratif du département.
Pour ces diplômés, revenir représente souvent un choix de coeur. Ils souhaitent retrouver leur famille, participer à la construction de leur territoire et mettre à profit les connaissances acquises durant leurs études. Mais cette volonté se heurte rapidement aux réalités du marché de l’emploi local.
Si certains secteurs comme la santé, l’enseignement ou certaines administrations recrutent régulièrement, d’autres domaines offrent très peu de débouchés. Communication, droit, ressources humaines, marketing, environnement ou encore ingénierie restent des filières où les offres demeurent limitées.
Des diplômés confrontés à un marché de l’emploi restreint
À Mayotte, le tissu économique est composé en majorité de petites entreprises et d’administrations publiques. Les postes de cadres restent relativement peu nombreux, tandis que la concurrence entre candidats qualifiés s’intensifie.
Les recruteurs recherchent souvent des profils expérimentés, ce qui complique l’insertion des jeunes diplômés qui reviennent directement après leurs études. Certains doivent multiplier les candidatures pendant plusieurs mois avant de décrocher un premier emploi.
D’autres acceptent des contrats qui ne correspondent ni à leur niveau de qualification ni à leur domaine de compétences, simplement pour intégrer le marché du travail.
Le poids de la surqualification
La question de la surqualification revient régulièrement dans les témoignages des jeunes diplômés. Plusieurs occupent aujourd’hui des postes accessibles avec un niveau de formation inférieur au leur.
Si cette situation leur permet d’acquérir une première expérience professionnelle, beaucoup craignent qu’elle freine leur évolution de carrière.
Le manque de mobilité entre les entreprises et la faiblesse du nombre de postes spécialisés limitent également les possibilités d’évolution professionnelle.
« Nous avons les compétences, mais pas toujours les opportunités »
Amélie, 23 ans, diplômée d’une licence bac+3 est revenue à Mayotte avec l’espoir de débuter sa carrière sur son île natale. Optimiste à l’idée de mettre ses compétences au service du territoire, elle ne s’attendait pas aux difficultés du marché de l’emploi local. Après plusieurs mois de recherches, elle a finalement accepté un poste éloigné de son domaine de formation.
« Je pensais trouver un emploi en lien avec mes études assez rapidement. En revenant à Mayotte, j’étais motivée à l’idée de travailler chez moi. Mais je me suis vite rendu compte que les opportunités étaient limitées. Aujourd’hui, j’occupe un poste qui ne correspond ni à mon diplôme ni à mes compétences. C’est frustrant, mais je n’avais pas vraiment le choix si je voulais travailler. »
« Après cinq ans d’études en métropole Faiz est revenu à Mayotte avec l’envie de contribuer au développement de l’île. Mais les offres correspondant à mon niveau de qualification sont rares. Après plusieurs mois de recherches, j’ai accepté un poste en dessous de mes compétences. Nous sommes nombreux à vouloir revenir, mais sans véritables opportunités, certains finissent par repartir. Nous avons les compétences, il manque simplement les emplois pour les valoriser.»
Le risque d’une nouvelle fuite des talents
Face aux difficultés d’insertion, certains jeunes diplômés choisissent finalement de repartir vers la métropole ou La Réunion, où les opportunités professionnelles sont plus nombreuses.
Ce phénomène interroge alors même que Mayotte affiche d’importants besoins en compétences dans plusieurs secteurs stratégiques : transition écologique, numérique, urbanisme, développement économique, ingénierie ou encore gestion publique.
Pour les acteurs de l’emploi, mieux accompagner le retour des diplômés constitue un enjeu majeur afin d’éviter une fuite durable des compétences formées hors du territoire.
Miser sur les compétences locales
Au-delà des parcours individuels, la question de l’emploi des jeunes diplômés constitue un véritable défi pour le développement de Mayotte. Le territoire investit dans la formation de sa jeunesse, mais doit encore renforcer les passerelles entre les établissements d’enseignement, les entreprises et les administrations afin de faciliter leur insertion.
Pour de nombreux observateurs, valoriser les compétences locales passe aussi par une diversification du tissu économique, le développement de nouveaux secteurs d’activité et une meilleure anticipation des besoins en recrutement.
À l’heure où Mayotte poursuit sa transformation, retenir ses talents apparaît comme un enjeu stratégique. Sans perspectives professionnelles à la hauteur de leurs qualifications, une partie de cette jeunesse continuera de construire son avenir ailleurs, privant le territoire de compétences pourtant essentielles à son développement.


































