L’Agence régionale de santé (ARS) de Mayotte a publié son bilan 2025 de la qualité des eaux de baignade. Si 85 % des sites contrôlés répondent aux exigences sanitaires, cinq plages restent classées « insuffisantes ». L’agence pointe principalement le manque d’assainissement et les rejets d’eaux usées, aggravés par les épisodes de fortes pluies.
Afin de garantir la sécurité sanitaire des baigneurs, l’Agence régionale de santé (ARS) de Mayotte assure chaque année, en partenariat avec les communes et conformément à la réglementation européenne, le contrôle de la qualité des eaux de baignade du territoire. Ces analyses permettent d’évaluer les risques sanitaires pour les usagers grâce à un classement en quatre catégories : excellente, bonne, suffisante et insuffisante.
En 2025, 27 des 32 sites contrôlés présentent une qualité d’eau conforme aux exigences européennes, avec un classement au moins « suffisant ». En revanche, cinq sites demeurent classés « insuffisants » : Trévani Hôtel, Koungou Collège, Sohoa Bé, Mtsanga Beach et Bouéni Village.
Cette classification repose sur les résultats des contrôles réalisés entre octobre 2024 et septembre 2025. Malgré une interruption temporaire des prélèvements entre décembre 2024 et mars 2025 à la suite du cyclone Chido, l’ARS a effectué 402 analyses bactériologiques sur l’ensemble des 32 sites.
Au cours de la saison 2025, plusieurs plages ont fait l’objet de recommandations de fermeture temporaire, notamment à M’Gouédajou (Bandraboua), M’Bouini (Kani-Kéli), Sohoa Bé (Chiconi) et Mliha (Mtsangamouji). La plupart de ces épisodes de pollution sont intervenus après de fortes pluies. Les précipitations entraînent vers le lagon les pollutions présentes dans les ravines, les réseaux d’eaux pluviales et les rejets d’eaux usées. L’ARS recommande ainsi d’éviter toute baignade pendant les 72 heures suivant un épisode pluvieux.
Des eaux usées insuffisamment traitées
La qualité des eaux est évaluée à partir de la présence de bactéries indicatrices de contamination fécale.
Dans son communiqué, l’ARS explique que « la dégradation de l’eau est essentiellement liée à la présence d’eaux usées non ou insuffisamment traitées, voire d’eaux pluviales contaminées ou à une surfréquentation des sites ». L’agence précise que ces pollutions peuvent être accidentelles, comme lors d’un dysfonctionnement d’une station d’épuration, ou structurelles, lorsqu’elles résultent d’un traitement insuffisant des eaux usées ou des eaux pluviales. Les conditions météorologiques peuvent également accentuer ces phénomènes.
Pour satisfaire aux exigences européennes, toutes les eaux de baignade devront atteindre au minimum la qualité « suffisante » d’ici au 31 décembre 2031. Avec cinq sites encore classés « insuffisants », Mayotte devra poursuivre ses efforts pour respecter cet objectif.
Un déficit chronique d’assainissement
La stratégie quinquennale de l’État identifie le manque d’assainissement comme l’une des principales causes de la dégradation des eaux.
Selon le rapport d’activité 2024 du Plan Eau DOM du ministère de la Transition écologique, seuls 19 % des Mahorais sont raccordés au réseau collectif d’assainissement, contre environ 80 % en métropole. Pourtant, plus de 70 % des zones urbanisées sont théoriquement classées en assainissement collectif.
Le Comité de l’eau et de la biodiversité de Mayotte (CEB) recense 33 stations d’épuration, principalement de petite capacité, auxquelles s’ajoutent quatre unités plus importantes situées à Baobab, Dembéni, Dzoumogné et M’ronabéja. Le comité souligne toutefois que « le raccordement de l’abonné est souvent le point critique de l’efficacité des projets ».
La majorité des foyers mahorais dépend encore de systèmes d’assainissement individuels. Or, selon le Plan Eau DOM, les dispositifs utilisés en métropole sont souvent inadaptés aux réalités du territoire, en raison de leur coût d’installation, d’exploitation et d’entretien.
À cette difficulté s’ajoute la situation de nombreux quartiers d’habitat informel. La DEALM distingue ainsi trois catégories : l’assainissement individuel classique, l’assainissement individuel transitoire dans les secteurs appelés à être raccordés au réseau collectif, et l’assainissement individuel informel dans les quartiers spontanés, où l’absence d’accès à l’eau et aux réseaux favorise l’insalubrité.
En théorie, ces installations doivent être contrôlées par un Service public d’assainissement non collectif (SPANC). En pratique, seule la Communauté de communes de Petite-Terre dispose aujourd’hui d’un service pleinement opérationnel. Les autres collectivités restent confrontées à un cadre juridique encore incertain depuis la réforme d’avril 2025.
Des besoins d’investissement considérables
Dans son rapport publié en mars 2025, la Cour des comptes constate que « de nombreuses stations d’épuration et installations d’assainissement non collectif sont non conformes, et les rejets directs d’eaux usées détériorent les milieux aquatiques, en particulier les eaux côtières ».
Elle estime les besoins d’investissement à 743 millions d’euros, dont 554 millions pour l’eau potable et 190 millions pour l’assainissement et la gestion des eaux pluviales.
Enfin, ce constat intervient dans un contexte encore marqué par les conséquences du cyclone Chido, qui a endommagé de nombreuses infrastructures fin 2024, ainsi que par l’épidémie de choléra qui a touché Mayotte entre mars et juillet 2024, rappelant les conséquences sanitaires d’un accès insuffisant à l’eau potable et à l’assainissement.


































