Le retour à la rentabilité d’Air Austral contraste avec une réalité difficilement supportable pour les Mahorais. Alors que la compagnie annonce un bénéfice de 1,5 million d’euros et affiche une santé retrouvée, les voyageurs du 101ᵉ département continuent de faire face à des tarifs aériens parmi les plus élevés au monde, notamment sur les liaisons régionales.
Après plusieurs années de turbulences financières provoquées par la crise sanitaire, Air Austral est de nouveau dans le vert. La compagnie réunionnaise a annoncé un bénéfice net de 1,5 million d’euros pour l’exercice 2025-2026, clos fin mars, marquant son retour à la rentabilité après avoir frôlé la faillite.
Sauvée grâce aux aides de l’État en 2021 et 2022, l’entreprise affirme avoir retrouvé l’équilibre grâce à son plan de « croissance rentable », reposant sur l’optimisation de son réseau, une maîtrise des coûts et une amélioration de ses recettes. Son chiffre d’affaires progresse de 5 %, atteignant 464 millions d’euros, tandis que son taux de remplissage grimpe à 92 %.
Mais derrière ces résultats encourageants se cache une réalité bien différente pour les mahorais.
Des billets hors de prix pour le 101ᵉ département
Dans le 101ᵉ département, voyager reste un luxe. Les usagers dénoncent régulièrement le coût exorbitant des billets d’avion, notamment sur la liaison Mayotte-Madagascar, pourtant distante d’à peine 40 minutes de vol. Il n’est pas rare de devoir débourser plus de 720 euros pour un aller-retour, un tarif jugé incompréhensible par de nombreux Mahorais.
Cette situation alimente depuis plusieurs années un profond sentiment d’injustice. Pour beaucoup, ces déplacements ne relèvent pas du tourisme mais de nécessités : soins médicaux, études, démarches administratives ou retrouvailles familiales.
Plus de vols… mais des prix toujours sous surveillance
Air Austral entend pourtant renforcer sa présence sur Mayotte. La compagnie prévoit d’augmenter ses rotations entre Paris et Mayotte, passant de cinq à neuf vols hebdomadaires, afin d’accompagner une demande soutenue.
Pour autant, cette hausse de l’offre ne garantit pas une baisse des prix. Bien au contraire. La compagnie annonce déjà que l’exercice 2026-2027 sera marqué par une augmentation des coûts liée à la flambée du prix du kérosène. Parmi les mesures envisagées figurent une surcharge carburant sur les billets, une stratégie de couverture des achats de carburant ainsi que la vente anticipée de certains Airbus A220-300.
Une rentabilité retrouvée, mais à quel prix pour les passagers ?
Si le redressement financier d’Air Austral constitue une bonne nouvelle pour la pérennité de la compagnie, il relance également le débat sur l’accessibilité du transport aérien dans l’océan Indien. Pour les Mahorais, qui dépendent largement de l’avion en raison de l’insularité, le retour aux bénéfices ne doit pas se traduire par une charge financière toujours plus lourde.
Dans un territoire où les inégalités sociales demeurent fortes, la question du coût des transports reste plus que jamais un enjeu de continuité territoriale et d’égalité entre les citoyens français.
Soidiki Mohamed El Mounir, connu sous le nom de "Soldat", est une figure du journalisme mahorais. Après ses débuts à la fin des années 1980 au sein du magazine Jana na Léo, il participe à l’aventure du Journal de Mayotte, premier hebdomadaire de l’île, avant de rejoindre le Journal Kwezi. En 2000, il cofonde la Somapresse, société éditrice de Mayotte Hebdo et Flash Infos, contribuant ainsi à structurer et enrichir le paysage médiatique de Mayotte.



































