L’organisation par le gouvernement, en catimini jeudi dernier, d’une réunion sur la convergence sociale à Mayotte dans les locaux de la CSSM soulève, après coup, de grandes interrogations dans l’opinion publique locale. Pourquoi le gouvernement a-t-il procédé de la sorte dans un désordre innommable des partenaires sociaux ? L’enjeu est tellement important pour l’avenir du territoire qu’il y avait nécessité de procéder autrement. A moins que cela n’ait été voulu expressément ? Mais à quelles fins ?
Voilà un an que l’on avait plus entendu parler de la convergence sociale à Mayotte, depuis la conférence dédiée à cette thématique le 22 mai 2025 organisé par le préfet François-Xavier Bieuville à la technopole de Dembéni préalable au vote de la loi (fourretout) de juillet sur la refondation de Mayotte.
Malgré l’engagement pris par certaines entités locale de poursuivre la démarche sur le territoire pour faire avancer le débat, rien n’a été fait. Argument principalement agité ici et là pour justifier cette inertie, le manque de lisibilité quand aux objectifs réels de l’Etat et à la trajectoire à suivre au sujet du développement à venir de l’archipel et des moyens financiers à mobiliser pour atteindre cet objectif. « Cela freine tout le monde quelque soit la sphère dans laquelle vous vous trouvez et force est de constater aujourd’hui encore que ces incertitudes sont loin d’être levées. Le territoire continue de naviguer sans boussole au milieu de l’océan Indien », relève l’un des parlementaires mahorais dans une conversation privée. « Une fois de plus, à Paris, certains continue à penser qu’ils peuvent reconstruire et faire évoluer Mayotte sans y faire participer les Mahorais et surtout leurs parlementaires et élus locaux », confie-t-il.
Pour finir, une année et demie après le passage du cyclone Chido, rien n’a commencé, le temps de la palabre et des gesticulations se prolonge indéfiniment sans qu’aucune réelle perspective ne dessine à l’horizon. La classe politique locale continue à être infantilisée et à perdre chaque jour un peu plus, tout crédit auprès des populations. Une désorganisation qui profite allégrement au pouvoir en place à l’Elysée lequel ne sera plus comptable de rien dans une année, une fois qu’il aura rendu les clés du palais au son prochain locataire. « La politique est un jeu de trompe-couillon, et tant pis pour celui qui a voulu y croire », dixit feu Charles Pasqua qui na manquait guère de métaphores. La méthode a une fois encore été appliquée jeudi dernier, Paris est venue imposer, à la va-vite comme de coutume, sa convergence sociale sur la base de sa propre feuille de route en dehors de toute prise en compte des réalités locales.
Qu’ils soient d’employés ou de patrons, les syndicats mahorais sont restés fidèles à leur modus operandi : manque de préparation pour cause de divisions interminables, absence de concertation sur les objectifs à atteindre, discrédit total finalement face aux décisionnaires étatiques. « Ce n’est pas grave, parce que le peuple continuera à trinquer en bout de course, comme il le fait déjà depuis 20 ans et on appellera cela encore la résilience des Mahorais. C’est ainsi que l’on fabrique sciemment des bombes à retardement sociales dans les outre-mer depuis 1956 et Mayotte n’en sera pas exemptée, le pire arrive » annonce un syndicaliste clairvoyant (Dieu seul sait que cela est une denrée rare sur l’île par les temps qui courent) de la CGT-Mayotte. Seulement voilà, le constat est tardif car le train a déjà sifflé 3 fois et il faudra attendre de très longues années avant qu’il ne revienne de nouveau à la même gare. Il est vrai – pour le paraphraser- que l’avenir immédiat ne s’annonce guère radieux compte tenu de l’incohérence abyssale dans laquelle les tenants des commandes au Département-Région continuent à se fourvoir.
L’augmentation du SMIC net sera assurément enclenchée l’année prochaine comme le promet le gouvernement
« J’ai vu sur les réseau sociaux vendredi soir que le président BIO annonce un débat démocratique sur cette convergence sociale au sein de l’Assemblée de Mayotte, mais nous savons déjà comment il va opérer au profit de l’Etat central en émettant, une fois de plus, un avis réservé, ce qui équivaut à lui accorder un chèque un blanc », constate une cheffe d’entreprise mahoraise emploie à elle-seule plus de vingt salariés. Elle ne fait guère mystère de son inquiétude au sujet de l’avenir du territoire et se demande quel mal chronique a atteint la classe politique mahoraise.
« On voit très bien que le peuple est le dernier de leur souci, seuls leurs intérêts personnels et individuels priment avant tout. Que Dieu nous en préserve aujourd’hui et pour des temps indéfinis », conclut-elle dans le bref échange qu’elle a accordé à la rédaction de Flash Info samedi soir. Cette affaire de convergence sociale est tellement mal engagée sur le plan local que les uns et les autres n’arrivent pas à s’accorder sur une seule lecture des textes législatifs. Ils ne s’accordent que sur un point unique : « pour une fois, nos parlementaires ont bien fait leur travail » … Là s’arrête le consensus ! Au-delà de la loi, il y a les décrets et ordonnances que doit prendre le gouvernement, et ça change tout le reste dans l’applicabilité sur le terrain.
D’un côté, il y a ceux qui ont compris que le SMIC va augmenter de + 80 % à partir de 2027 jusqu’à atteindre le niveau national en 2036, et qu’en soi c’est l’avancée du siècle pour les Mahoraises et les Mahorais, de l’autre ceux qui pensent qu’il n’en sera rien durant cette période. A Paris, on rigole dans les officines gouvernementales où l’on estime avoir pondu le bon décret d’application de la loi de juillet 2025, la bonne ordonnance dans les termes demandées par les syndicats de l’île : « l’augmentation du salaire net ». Mais visiblement, pour tout un tas de raisons, il y a une autre frange des personnes actives qui considèrent que le compte ne sera toujours pas bon pour Mayotte et que l’on s’est fait avoir par le gouvernement en bout de chaîne.
Des avis éclairés au sein du Parlement indiquent qu’il sera bien question d’une augmentation de + 80 % dans les temps imparties amis que des mesures d’accompagnement seront toutefois nécessaires si l’on veut que l’efficacité de cette mesure soit au rendez-vous de la paix sociale sur l’île. Ces voix appellent cependant à la vigilance, dans un an, l’actuel gouvernement sera remplacé par un autre, le Parlement pourrait même être dissout par le futur Président de la République qui sortira des urnes en 2027. Il n’est nullement tenu de faire sienne la partition post-Chido validée par Emanuel Macron. La balle repose en très grande partie sur les pieds de la Région, à elle de savoir dribler en conséquence pour réussir à la garder sur la même trajectoire qu’actuellement avec le prochain gouvernement. Ce qui est très loin d’être gagné ! Sans aucun doute l’avenir nous dira …
Journaliste politique & économique


































