Le nouveau préfet de Mayotte, Frédéric Poisot, s’est rendu mercredi 20 mai au matin sur le camp de Tsoundzou 2, où l’alerte Ebola en République démocratique du Congo et en Ouganda suscite des inquiétudes parmi les demandeurs d’asile originaires des Grands Lacs. Sur place, Saadam Karata, représentant de cette communauté, demande aux autorités de ne plus orienter de nouveaux arrivants vers le camp sans contrôle sanitaire préalable.
Mercredi matin, Frédéric Poisot, nouveau préfet de Mayotte, arrivé à la tête du département lundi 18 mai, s’est rendu sur le camp de Tsoundzou 2 avec le sous-préfet. Sur place, Saadam Karata, représentant des personnes originaires des Grands Lacs – République démocratique du Congo, Rwanda, Burundi – et son acolyte Moïse, ont été présentés aux autorités. Mais l’échange, selon eux, n’a pas permis d’entrer dans le fond du sujet qui inquiète aujourd’hui une partie des habitants : le risque Ebola.
Pour Saadam Karata, la question n’est pas de céder à la panique, mais d’éviter l’improvisation. « On demande aux autorités de ne pas envoyer de nouveaux venus au camp et de contrôler les entrées sur le territoire », insiste-t-il. Selon lui, lorsque des personnes sont interpellées aux frontières puis relâchées, elles sont souvent, faute d’alternatives, orientées vers Tsoundzou 2. « Mais il y a un trop gros risque sanitaire. Il faut les isoler ou les envoyer au CHM. »
Depuis environ un mois, assure-t-il, aucun nouveau venu n’aurait rejoint le camp. Mais cette accalmie ne suffit pas à rassurer. À ses côtés, Moïse résume la crainte des habitants : « Avec la saleté ici, si ça arrive, ça va être vraiment le chaos. »
Cette inquiétude s’explique aussi par la composition du camp et par l’histoire personnelle de nombreux exilés. À Mayotte, les Congolais sont majoritaires parmi les primo-demandeurs d’asile. En 2024, 52 % des 2 463 primo-demandeurs résidents étaient originaires de RDC, selon les données de l’Ofpra.
Par ailleurs, dans le camp de Tsoundzou 2, plusieurs habitants viennent de régions marquées par les précédentes flambées d’Ebola. Saadam Karata se souvient notamment de l’épidémie qui avait frappé le Nord-Kivu et l’Ituri entre 2018 et 2020, faisant selon l’OMS, 2 299 morts. « À Goma, il y avait un confinement, on mettait des masques, on se lavait les mains, il y avait des distances, même à l’église. C’était des mesures de prévention. S’il y avait un cas ici, ça pourrait être dramatique », raconte-t-il.
À Tsoundzou 2, ce souvenir se heurte à la réalité matérielle du camp. D’après Saadam Karata, environ 1 200 personnes vivent aujourd’hui sur le site, avec seulement cinq toilettes : trois pour les hommes, deux pour les femmes. Les familles vivent les unes contre les autres, en bordure de mangrove, dans un espace exposé à l’eau et aux marées. Des bidons s’alignent près de trois robinets alimentés par des citernes installées par Solidarités International. Au sol, l’eau stagne à proximité des habitations. Dans ces conditions, les gestes de prévention les plus simples tels que se laver régulièrement les mains, éviter les contacts rapprochés, isoler une personne malade, semblent difficiles à appliquer.
C’est pourquoi le représentant communautaire demande des mesures concrètes sur place. « On voudrait que l’ARS ou la Croix-Rouge, qui vient une fois par semaine, organise un séminaire pour nous apprendre comment nous protéger, comment nous comporter vis-à-vis de la situation dans notre pays », explique-t-il. Il réclame aussi des affiches, des consignes visibles, des messages simples, compréhensibles par tous. « Que tout le monde sache quoi faire. »
Face à ces inquiétudes, la préfecture et l’ARS de Mayotte ont publié un communiqué conjoint mercredi 20 mai. Les autorités y rappellent d’abord qu’aucun cas d’ebola n’a été détecté dans le département. Elles précisent que le risque d’introduction du virus est considéré comme « très faible », au regard des modélisations de l’Inserm et de Santé publique France. En effet, la durée d’incubation de la maladie est de 7 jours en moyenne et de 21 jours au maximum, alors que les parcours migratoires clandestins depuis la RDC vers Mayotte peuvent durer deux à trois mois.
Les autorités disent toutefois avoir renforcé leur vigilance. Le Centre hospitalier de Mayotte a été mis en alerte. En cas de patient symptomatique, un dispositif de prise en charge sécurisée est prévu : transport sanitaire dédié, circuit séparé, chambres sécurisées, équipements de protection pour les soignants et gestion spécifique des déchets hospitaliers. La surveillance sanitaire des migrants doit également être renforcée, avec une présence médicale et infirmière accrue sur les lieux où ils se trouvent.
Pour Saadam Karata, ces annonces vont dans le bon sens, mais elles doivent être visibles sur le terrain. « Nous, ici, on n’a pas Ebola », insiste-t-il. « Mais les gens qui viennent peuvent l’avoir. Que les services prennent leur charge pour qu’ils passent par l’hôpital. »
À Tsoundzou 2, Ebola n’est donc pas présent. Mais l’alerte agit comme un révélateur. Dans un camp où plus d’un millier de personnes vivent dans une promiscuité extrême, la peur ne vient pas seulement du virus. Elle vient aussi de l’absence d’espace, du manque de sanitaires, de l’eau qui stagne et du sentiment que les habitants pourraient être les derniers informés si la situation venait à se dégrader.
Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.





































