Zily est aujourd’hui l’artiste mahoraise la plus suivie de l’océan Indien. Avec plus de 20 000 000 de vues cumulées sur les Youtube, elle rayonne bien au-delà. Le 22 mai prochain, elle franchira une étape majeure en se produisant pour la première fois dans la capitale, sur la scène du Casino de Paris. En préparation de ce concert, pour le Flash Infos, elle a accepté de répondre à nos questions.
Flash-Infos : Après avoir conquis le public localement, comment avez-vous réussi à exporter le shimaoré et le kibushi à l’international ? Selon vous, qu’ont ces langues de particulier ?
Zily : Nos langues sont belles. C’est avec elles que je sais exprimer l’amour. La force du shimaoré et du shibushi résident dans la fierté de nos enfants qui les parlent, les chantent et les écoutent. Comme le wolof a pu être exporté, ou le lingala. C’est une langue que les gens ne connaissent pas vraiment, qui suscite la curiosité. Parfois, on me raconte qu’on entendrait une Capverdienne chanter ou parler. Rien à voir. Je leur dis que c’est un créole swahili, mélangé à du malgache. Et c’est ma force, Je pense que nos langues méritent d’être connues et reconnues au niveau international.
F.I. : Vous avez composé plus d’une centaine de chansons de mariage. Quelles sont, au quotidien, vos sources d’inspiration et comment définiriez-vous l’amour à la mahoraise ?
Zily : Je n’en ai pas encore chanté le quart. L’amour à la mahoraise, est riche, intense, vaste, elle a beaucoup d’énergie. Elle se joue aussi dans les détails qui comptent énormément. C’est le voisin qui habite loin qui, à la sortie du travail, est chez toi en train de t’aider dans la réalisation de préparatif de mariage. Ou encore toutes les femmes qui unissent leurs forces pour que tout se passe bien. Toutes les énergies pendant les préparatifs, chaque copine, chaque copain… Je m’inspire de chaque mot, chaque “Marhaba”, des fleurs, du jasmin, du salouva, des vieux qui bénissent, qui effectuent des Du’an aux enfants, à toute une famille, et tout un village parfois. Pour moi, c’est beaucoup d’amour. C’est magnifique et c’est ce que dégage l’énergie mahoraise. On ne prend pas souvent la peine de regarder ces détails. Je m’en inspire à chaque composition. L’amour à la mahoraise peut être chanté pendant longtemps encore.
F.I. : Vous êtes une artiste prépondérante de la sphère mahoraise ? Quels conseils donneriez-vous à la nouvelle génération d’artistes mahorais ?
Zily : Je leur conseillerais de rester soi-même, d’avoir en foi en soi, d’avoir foi en notre culture, nos origines, à nos langues, et d’observer minutieusement ce qui se passe autour de nous sans stress. Comme on veut. S’aimer et aimer les siens et travailler, car c’est beaucoup de boulot. Travailler sans relâche, en ayant des bases solides, comme la culture. C’est très important de garder ça en soi, comme un “hirizi” (chapelet) qu’on amène à chaque fois où on va, c’est important pour l’avenir, pour nos enfants et petits-enfants.
F.I. : A Mayotte, le statut d’intermittent du spectacle n’existe pas. Comment vous y prenez-vous pour financer votre musique ?
Zily : Je m’auto-produis. De la gestion administrative jusqu’à la réalisation. Ce n’est pas facile. La stratégie fiable que j’ai eue, sont les chansons de mariage, ce sont des prestations qui me permettent aujourd’hui de financer ma carrière musicale, autre que les chansons de mariage. Ce qui n’est pas facile puisque, par période, elles n’interviennent pas tout le temps. Et c’est pendant la période creuse que je dois me décarcasser pour trouver les finances des visuels, des photos, des costumes. Et c’est avec mon équipe. J’ai beaucoup de personnes qui travaillent bénévolement, c’est ce qui fait qu’on est là. On y va à fond. Moi, toute seule, je n’aurais pas réussi.
F.I. : Vous vous apprêtez à effectuer votre premier concert au Casino de Paris. Au vu de votre parcours, quel est le sentiment qui vous anime aujourd’hui ?
Zily : J’ai tellement hâte de cette date. Je prépare un show, où je vais essayer de raconter notre histoire et faire résonner Mayotte à Paris. Faire ressentir Mayotte musicalement. J’ai engagé un scénographe afin de travailler la scène du début à la fin. Je vais donner le meilleur de moi-même. Mon but est que le public puisse en ressortir en se disant “Ah c’est ça Mayotte” !
Journaliste, aussi passionné par les paysages de Mayotte que par sa culture. J’ai toujours une musique de rap en tête.




































