Après deux jours de débats nourris autour de son état mental, la cour d’assises de Mayotte a rendu son verdict. La sexagénaire poursuivie pour avoir violemment agressé la future belle-mère de son fils a été reconnue coupable de tentative de meurtre avec préméditation. Il lui a toutefois été reconnu une altération de son discernement au moment des faits. Elle est condamnée à huit ans d’emprisonnement, assortis de dix ans de suivi socio-judiciaire, avec interdiction d’entrer en contact avec la victime.
Les faits remontent à 2016, à Labattoir. Lors des préparatifs d’un mariage familial, l’accusée avait porté plusieurs coups de chombo à la tête de la victime, alors âgée de 71 ans. Cette dernière, grièvement blessée, avait tenté de se protéger avec les mains. En première instance, la prévenue avait été condamnée à dix ans de réclusion criminelle. En appel, elle contestait sa responsabilité pénale, invoquant une profonde altération de son état mental.
Lors de la deuxième journée d’audience, la cour s’est longuement penchée sur les expertises psychiatriques. À la barre, l’accusée, menue silhouette enveloppée dans un salouva traditionnel, se levant lentement pour s’étirer. Les experts, entendus en visioconférence, ont unanimement diagnostiqué une paranoïa, mais divergé sur sa nature.
Les psychiatres décrivent une femme ancrée dans des croyances magico-religieuses, persuadée d’être victime de persécutions, tantôt de sa belle-famille, tantôt de son mari décédé. Elle attribue ses douleurs à des sorts, évoque des guérisseurs et affirme que la victime voulait l’éloigner de son fils. « On m’a jeté un sort. Je n’étais pas moi-même. Mon cœur n’était pas sur place », répète-t-elle à la barre.
Un expert estime que le passage à l’acte est « l’aboutissement d’un délire de persécution » et considère que l’accusée n’était plus en mesure de comprendre le sens de ses actes. À l’inverse, un autre psychiatre rejette l’idée de délire : « La pensée magique n’est pas une pensée délirante, c’est une croyance culturelle ». Il pointe surtout l’absence d’un système motivationnel clair et des explications fluctuantes de l’accusée, évoquant même une amnésie qu’il juge « alléguée ».
La question des troubles de la mémoire a ainsi occupé une large part des débats. L’accusée affirme aujourd’hui ne se souvenir de rien, alors que son récit a varié au fil de la procédure. Pour un expert, cette amnésie relèverait d’un « choix conscient » afin d’éviter d’avoir à répondre de ses actes. Un autre n’exclut pas une amnésie ponctuelle au moment des faits, compatible avec une névrose.
Autre point central : la préméditation. L’accusée a expliqué s’être réveillée avec l’idée de tuer la victime, l’avoir cherchée à deux endroits et avoir pris un chombo sur son chemin. Pour certains experts, ces éléments excluent toute abolition du discernement. Pour un autre, il restent compatibles avec un état délirant : « Lorsqu’elle désigne son persécuteur, elle part à sa recherche pour en finir ».
Suivant en grande partie les réquisitions du parquet général, la cour a retenu la préméditation tout en reconnaissant une altération du discernement. Une position intermédiaire, qui maintient la responsabilité pénale de l’accusée mais tient compte de sa fragilité psychique.
Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.





































