À Mayotte, la question de l’eau ne peut plus être abordée uniquement comme une difficulté ponctuelle liée à la saison sèche. Le territoire fait face à un déséquilibre structurel entre une ressource dont la disponibilité varie fortement selon les saisons et une demande qui continue de progresser. Derrière les coupures et les tours d’eau, c’est désormais toute la capacité du territoire à sécuriser son approvisionnement qui est posée.
Les infrastructures actuelles disposent d’une capacité qui ne suffit pas toujours à répondre aux besoins. Les estimations évoquées font apparaître un déficit pouvant atteindre au moins 8 000 mètres cubes entre les capacités disponibles et les besoins. Une situation qui devient particulièrement préoccupante lorsque la saison des pluies est insuffisante ou que le remplissage des retenues reste inférieur aux prévisions.
La difficulté tient également au caractère imprévisible de la ressource. Le volume d’eau disponible peut être relativement constant à l’échelle globale, mais sa répartition dans le temps et dans l’espace reste aléatoire. Le remplissage des retenues dépend notamment de la pluviométrie. Les projections doivent donc intégrer différents scénarios météorologiques afin d’anticiper les situations défavorables.
Produire davantage, mais surtout perdre moins
Face à cette situation, l’augmentation de la production d’eau apparaît comme un levier indispensable, mais elle ne peut pas constituer l’unique réponse. La distribution et l’état du réseau représentent également un enjeu majeur.
Le territoire compte environ 52 000 abonnés. Une partie importante des pertes intervient après les compteurs, avec des fuites qui fragilisent progressivement les infrastructures. Le nombre de fuites aurait fortement augmenté ces dernières années, passant d’environ une fuite par kilomètre de réseau en 2021 à trois aujourd’hui.
Les tours d’eau ont également contribué à fragiliser le réseau. Les variations répétées de pression peuvent accentuer les ruptures et accélérer la dégradation des canalisations. Réduire les pertes devient donc aussi important que produire de nouveaux volumes.
L’objectif est simple : chaque mètre cube économisé grâce à la réparation du réseau est un volume qui n’a pas besoin d’être produit, capté ou dessalé.
Retenues et dessalement : plusieurs solutions sur la table
Pour sécuriser l’approvisionnement, plusieurs projets sont envisagés ou déjà engagés. Parmi eux figurent la réalisation d’une troisième retenue collinaire et le développement de capacités supplémentaires de dessalement.
La construction d’une nouvelle retenue constitue cependant un projet de long terme. L’objectif évoqué se situe autour de 2032, ce qui illustre le décalage entre l’urgence actuelle et le temps nécessaire à la réalisation des grandes infrastructures. Avant même les travaux, plusieurs années d’études, d’autorisations et de procédures sont nécessaires.
Le dessalement apparaît ainsi comme un autre levier pour diversifier les sources d’approvisionnement. Des études sont en cours afin d’identifier les conditions permettant de développer de nouvelles capacités.
Mais là encore, la production d’eau ne peut être dissociée des contraintes environnementales. Les projets doivent tenir compte de la fragilité du territoire, des milieux naturels et de la nécessité de disposer d’une sécurité juridique suffisante avant d’engager des investissements lourds.
Mieux connaître les ressources souterraines
La recherche de nouveaux sites de forage fait également partie des pistes étudiées. Le territoire dispose encore de zones dont le potentiel hydrologique reste insuffisamment connu.
Des campagnes de recherche sont menées afin d’identifier les secteurs susceptibles de fournir de nouvelles ressources. Cette étape est essentielle : avant de construire une nouvelle infrastructure, il faut connaître précisément la quantité d’eau disponible, sa qualité et la capacité de la ressource à être exploitée durablement.
Les études hydrologiques et environnementales prennent donc une place centrale dans la stratégie. Elles doivent permettre d’éviter de répondre à l’urgence par des décisions prises dans la précipitation.
Édouard Philippe à la retenue de Combani : l’eau au coeur des échanges
En déplacement à Mayotte, Édouard Philippe s’est rendu à la retenue collinaire de Combani, l’une des principales infrastructures de stockage d’eau de l’île. Cette visite lui a permis de mesurer l’ampleur des défis auxquels le territoire reste confronté pour garantir un approvisionnement durable à une population en constante augmentation.
Sur place, il a échangé avec les représentants du Syndicat Les Eaux de Mayotte (SLEM), qui lui ont présenté les difficultés rencontrées sur le terrain : capacités de stockage limitées, vieillissement des canalisations, multiplication des fuites, dépendance à la pluviométrie et nécessité d’accélérer les investissements sur l’ensemble du réseau.
Les responsables du syndicat ont insisté sur le fait que la sécurisation de l’eau ne pourra pas reposer sur une seule infrastructure. La modernisation du réseau, la réduction des pertes, le développement du dessalement, la création d’une troisième retenue collinaire et la
recherche de nouvelles ressources souterraines devront être menés de manière complémentaire.
À l’issue de ces échanges, Édouard Philippe a rappelé que la question de l’eau constitue l’un des enjeux les plus structurants pour l’avenir de Mayotte. Il a évoqué la poursuite des investissements destinés à renforcer les capacités de production et de stockage, à réhabiliter les réseaux vieillissants et à accélérer les projets déjà engagés afin de mieux prévenir les futures crises.
Une équation financière et environnementale
La sécurisation de l’eau à Mayotte représente également un défi financier. Les travaux nécessaires sur les réseaux, les retenues, les captages et les installations de production nécessitent des investissements importants et durables.
La pérennité financière du système apparaît donc comme une condition indispensable. Il ne suffit pas de construire de nouvelles infrastructures : encore faut-il pouvoir assurer leur entretien, leur fonctionnement et leur renouvellement sur plusieurs décennies.
Cette réflexion doit également intégrer les différents leviers disponibles, notamment la fiscalité, la réglementation et la politique d’aménagement du territoire.
Une crise qui dépasse la seule question de l’eau
À Mayotte, la pression exercée sur la ressource est aussi liée à l’évolution démographique du territoire. L’augmentation de la population entraîne mécaniquement une hausse des besoins en eau, mais aussi une pression supplémentaire sur l’ensemble des services publics : santé, logement, assainissement, éducation et infrastructures.
La question migratoire ne peut donc pas être isolée de la problématique de l’eau. Elle s’inscrit dans une équation beaucoup plus large concernant la capacité des infrastructures mahoraises à accompagner l’évolution des besoins de la population.
L’enjeu est désormais de sortir d’une gestion uniquement dictée par l’urgence. La réponse passe par plusieurs leviers complémentaires : augmenter les capacités de production, diversifier les ressources, développer le dessalement, construire de nouvelles retenues, rechercher de nouveaux forages et surtout réduire les pertes du réseau.
La crise actuelle rappelle une réalité simple : à Mayotte, sécuriser l’eau ne consiste pas seulement à trouver davantage d’eau. Il faut aussi être capable de la stocker, de la produire, de la distribuer efficacement et de préserver les ressources naturelles qui permettront au territoire de répondre à ses besoins dans les prochaines décennies.


































