La Chambre régionale des comptes (CRC) de Mayotte a rendu, le 18 juin, deux avis qui illustrent les réalités contrastées des finances communales sur le territoire. Si Kani-Kéli voit son plan de redressement sévèrement critiqué et son budget 2026 appelé à être réglé par le préfet, Ouangani échappe finalement à cette procédure après une révision de son déficit.
La situation financière de Kani-Kéli demeure préoccupante. La CRC estime que les mesures engagées depuis 2024 pour résorber le déficit n’ont pas produit les effets attendus. Après avoir examiné le compte financier unique 2025 et corrigé plusieurs écritures jugées insincères, la juridiction financière arrête le déficit réel à 1,54 million d’euros.
Les magistrats pointent notamment des recettes d’investissement surévaluées, des subventions devenues caduques ou insuffisamment justifiées, ainsi que des dépenses sous-estimées. Le budget primitif 2026 ne reflète donc pas, selon eux, la réalité de la situation financière de la commune.
Une fois les corrections effectuées, la section d’investissement afficherait un déséquilibre de près de 8 millions d’euros. La Chambre considère que la commune n’a pas pris de mesures suffisantes pour respecter le calendrier de retour à l’équilibre fixé en 2024.
Elle recommande ainsi au préfet de régler le budget 2026, tout en demandant à la commune de plafonner durablement ses dépenses de personnel, d’augmenter ses recettes fiscales, de dégager chaque année un excédent de fonctionnement conséquent et de limiter les nouveaux investissements aux seules opérations prioritaires, notamment celles liées à la reconstruction après le cyclone Chido et à la sécurisation des équipements publics.
Ouangani évite le redressement
La situation est bien différente à Ouangani. Saisie par le préfet en raison d’un déficit initialement évalué à 3,59 millions d’euros, la Chambre a procédé à un contrôle approfondi des restes à réaliser.
Cet examen a permis de corriger plusieurs erreurs matérielles dans les inscriptions comptables. Après réévaluation, le déficit réel est ramené à 432 950 euros, soit environ 3,9 % des recettes réelles de fonctionnement. Ce niveau reste inférieur au seuil de 10 % fixé par le Code général des collectivités territoriales pour les communes de moins de 20 000 habitants.
La CRC conclut donc qu’il n’y a pas lieu de poursuivre la procédure de redressement budgétaire engagée contre la commune.
Des recommandations communes
Si leurs situations diffèrent, les deux communes sont confrontées à des difficultés similaires dans la conduite de leurs investissements. La Chambre relève un nombre important d’opérations anciennes non soldées, des retards dans la réalisation des projets et des risques de perte de financements lorsque les travaux ne sont pas achevés dans les délais.
Elle invite ainsi Kani-Kéli comme Ouangani à assainir la gestion de leurs opérations d’investissement, à limiter les nouveaux projets nécessitant une forte participation communale et à concentrer leurs moyens sur les chantiers prioritaires. Pour Kani-Kéli, ces recommandations s’accompagnent toutefois d’un suivi renforcé de l’État, signe que le redressement de ses finances est encore loin d’être achevé.
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