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Tourisme à Mayotte : “On ne peut pas tout attendre de l’extérieur”

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À Mayotte, la préfecture a autorisé le maintien des activités de pêche. Une bonne nouvelle pour le secteur, qui se retrouve maintenant confronté à un problème de stockages des produits frais. Les poissonneries et les coopératives sont aujourd’hui les premières à faire les frais du manque de structures adaptées. 

Déjà en temps normal, l’île aux parfums n’attire pas les touristes. Mais à l’heure où le gouvernement affiche une volonté de relancer rapidement le secteur dans les Outre-mer, quelles perspectives se dessinent pour Mayotte ? Pour le groupement des entreprises mahoraises spécialisées en la matière, les Mahorais devront être les premiers consommateurs du tourisme, à condition qu’il soit local. 

Et si la crise sanitaire profitait au tourisme dans les Outre-mer ? L’idée a de quoi surprendre, mais c’est pourtant celle formulée par le gouvernement depuis maintenant une poignée de semaines. Mi-mai, le premier ministre annonçait que les Français pourraient voyager partout dans l’Hexagone, ainsi que dans les DOM-TOM durant les vacances d’été. Une aubaine à l’heure où les séjours à l’étranger pourront être soumis à des restrictions particulières. 

Mais alors que le tourisme représente 10 % du PIB des territoires ultramarins, Mayotte fait, comme souvent, exception à la règle. Entre les tarifs pratiqués par Air Austral, la mauvaise image du département véhiculée par les médias et de lourds freins structurels, le tourisme peine à décoller. À ces blocages, s’ajoute désormais l’obligation d’une quatorzaine stricte à l’arrivée dans les Outre-mer, jugée particulièrement dissuasive par les professionnels du secteur. “Qui voudrait payer un billet d’avion 1.000 euros pour aller s’enfermer deux semaines dans un hôtel ?”, s’interroge Ali Abdou, directeur du Gemtour, le groupement des entreprises mahoraises spécialisées dans le tourisme. 

Alors, la semaine dernière, Édouard Philippe, suivi plus tard par Annick Girardin, ministre des Outre-mer, dévoilait vouloir expérimenter une nouvelle forme d’isolement pour les voyageurs en direction des territoires ultramarins. Concrètement, un dépistage au Covid-19 devrait être réalisé 48 heures avant l’embarquement, puis renouvelé une semaine après l’arrivée dans les DOM-TOM. Si celui-ci s’avère être négatif, les personnes concernées pourront y circuler librement. Un scénario que le conseil scientifique n’a pas encore approuvé, pas plus que les acteurs du tourisme eux-mêmes. Sur les réseaux sociaux, beaucoup de résidents ultramarins s’inquiètent d’ailleurs qu’une telle décision encourage la propagation du virus. “Est-ce que notre droit à la santé va être bafoué au profit de l’économie ?”, s’interroge sur Twitter un internaute qui pointe du doigt la vulnérabilité des systèmes de santé ultramarins. 

“Tant qu’il y aura une quatorzaine imposée, il n’y aura pas de touristes” 

“Quand on voyage jusque dans les Outre-mer (via un vol long-courrier, ndlr), les jours comptent !”, souligne le représentant du Gemtour. “Une semaine, c’est la durée “normale” d’un séjour. Tant qu’il y aura une quatorzaine imposée, même ramenée à sept jours, il n’y aura pas de touristes, ou ils préféreront aller vers les DOM où le billet d’avion coûte moins cher.” D’autant plus que depuis le début de la crise sanitaire, Mayotte concentre à elle seule plus de la moitié des cas de Covid-19 dans les Outre-mer. Une mauvaise presse, renforcée par les faits d’insécurité qui semblent se multiplier depuis les deux derniers mois. “Les autres DOM-TOM pourront tirer leur épingle du jeu pour les vacances de juillet-août, mais pour Mayotte, ça va être compliqué : on a des facteurs exogènes, l’environnement local ne s’apaise pas”, insiste le Gemtour, qui envisage toutefois une autre piste de développement : celle du tourisme local. Par les Mahorais, pour les Mahorais. 

Une stratégie qui pourrait se développer sur deux axes sur lesquels travaille activement le groupement des entreprises mahoraises du tourisme : la généralisation des tickets restaurants pour tous les fonctionnaires et le déploiement plus larges des chèques vacances. Concernant les premiers, le Gemtour s’étonne de voir que certains organismes majeurs, comme le syndicat des eaux ou la Cadema, n’y ont pas encore recours. S’agissant du second, s’ils ont été déployés localement sept ans 

plus tôt, ils sont encore à Mayotte quasi inexistants. Pourtant, développées à grande échelle, ces deux formules permettraient d’inciter la population à consommer et visiter local, qu’il s’agisse de bivouacs ou d’activités nautiques, de visites culturelles, de sorties au restaurant ou de séjours dans les hôtels. Ces derniers, d’ailleurs, principalement occupés par des professionnels en voyage d’affaires, seront particulièrement disponibles au cours des vacances d’été. Fait rare, l’île n’offrant qu’un petit millier de lits. 

“Consommer local ne fait pas partie des habitudes des Mahorais”, juge Ali Abdou. “Mais on peut l’impulser, on ne peut pas toujours tout attendre de l’extérieur. Pour ça, il faut anticiper, communiquer.” Problème, aucun groupe de travail n’a été constitué en ce sens par les autorités. “Il faut que les acteurs se bougent”, estime le directeur du Gemtour. Il juge par ailleurs qu’après deux mois de confinement et d’“épargne”, les Mahorais auront un pouvoir d’achat plus conséquent. Une affirmation toutefois relative, à l’heure où plus de 13.000 salariés sont, dans le département, concernés par le chômage partiel.

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