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Dans ce deuxième article consacré au financement de la reconstruction de Mayotte après Chido par la Fondation de France, nous nous consacrons notamment à la question de l’habitat. Un domaine complexe, qui a nécessité une réflexion approfondie avant de pouvoir engager les fonds.
Dans notre premier article consacré au financement de la reconstruction post-Chido par la Fondation de France, Karine Meaux, directrice du « pôle urgences catastrophes naturelles majeures », nous a expliqué que les premiers financements ont été consacrées aux urgences vitales de type « aide humanitaire » dès les 2 ou 3 premières semaines qui ont suivi la catastrophe. Les dons qui ont suivi ont ensuite été engagés pour les questions sanitaires, l’environnement et l’agriculture. Si la question de l’habitat s’est très rapidement posée, puisqu’énormément de personnes ont vu leur maison détruite par le cyclone, elle n’a cependant pas pu être abordée immédiatement. Ce domaine complexe a en effet nécessité une réflexion approfondie de la part des différents acteurs de la reconstruction.
« Faut-il reconstruire pareil au même endroit ? »
« Quelques soient les régions du monde, la reconstruction de l’habitat après une catastrophe naturelle majeure ne commence jamais véritablement avant un an », explique Karine Meaux. En cause : les questions foncières, celles de la propriété du bâti et celles de la situation administrative des habitants. « Faut-il reconstruire pareil au même endroit ? » : cette question épineuse est toujours largement débattue après une catastrophe naturelle. « Tout cela est très complexe et nous sommes tenus de respecter la loi », explique la directrice du « pôle urgences catastrophes naturelles majeures ». La première année après Chido, des études ont dû être menées pour comprendre la nature de l’habitat à Mayotte, qui diffère selon les régions de l’île. Il n’est en effet pas le même à Mamoudzou et à Sada, par exemple.
La Fondation de France a donc beaucoup travaillé avec le CAUE (Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement), situé à Dembeni, ainsi que l’association Architectes de l’urgence, venue aider à la reconstruction de l’habitat à Mayotte. Leur diagnostic du bâti a permis à l’Etat d’avoir une visibilité plus globale des impacts afin de pouvoir demander des financements européens. « Pour notre part, cela nous a permis de voir sur quoi nous allions prioriser nos actions », explique Karine Meaux. « Il nous fallait comprendre ce qui avait été détruit, ce qui existait avant et ce que voulaient les Mahorais », développe-t-elle. « Nous avions également besoin de comprendre pourquoi certains bâtiments étaient tombés et pas d’autres, afin de ne pas refaire les mêmes erreurs », ajoute-elle. Sans surprise, ce diagnostic a révélé que la plupart des bâtiments détruits par Chido étaient tout simplement ceux qui avaient été mal construits à la base.
Une priorité accordée à l’écoconstruction
Comme la Fondation de France porte des enjeux écologiques et de développement durable, une priorité a été accordée à l’écoconstruction, au soutien des filières de production de matériaux locaux et au renforcement des capacités des artisans mahorais. Car le but de la Fondation est également d’apporter son aide à l’autonomisation des territoires, afin qu’ils dépendent moins des importations. A Mayotte, comme dans la majorité des territoires d’outre-mer, les habitants privilégient les constructions en bétons, alors que ce matériau n’est pas forcément le plus résistant face à une catastrophe naturelle. « Le béton représente une certaine image de la réussite sociale pour les ultramarins. Ils s’imaginent que ce matériau est plus résistant que les autres, ce qui est faux. Aucun matériau n’est en réalité meilleur qu’un autre, tout dépend en réalité de la qualité de la construction », explique Karine Meaux.
Avec 35 000 bâtiments à réhabiliter après le cyclone, la Fondation de France a dû soigneusement cibler ses priorités et sélectionner les personnes susceptibles de recevoir son aide financière. Celles qui en avaient le plus besoin, certes, mais aussi celles dont le projet respectait le mieux les critères choisis par les autorités pour la reconstruction de l’île. « Dans un premier temps, nous avons donc principalement financé la reconstruction des locaux associatifs, celles des radios notamment », explique la directrice.
L’accompagnement des habitants dans l’auto-reconstruction
Aujourd’hui en 2026, la Fondation de France soutient 3 types d’interventions sur l’habitat : le renforcement de la filière BTP, le soutien à la production de matériaux locaux, principalement la brique de terre compressée (BTC) et l’accompagnement des habitants dans la reconstruction de leur propre habitat. Les Compagnons Bâtisseurs travaillent avec le CCAS de Ouangani, qui identifie les familles qui ont besoin d’une aide sur la maçonnerie, la charpente et la toiture. La menuiserie est prise en charge par l’association Kaja Kaona, qui met en place des chantiers d’insertion. « Cela permet de réduire les coûts, mais aussi de faire participer directement les habitants des villages à la reconstruction », se réjouit Karine Meaux, qui note que l’accompagnement à l’autoconstruction fonctionne particulièrement bien à Mayotte, ce qui n’est pas le cas dans tous les outre-mer. « A Saint-Martin, par exemple, ce système ne fonctionne pas car les habitants sont davantage habitués à faire appel à des entreprises », note-elle.
Toujours présente sur le territoire et aidée financièrement par la Fondation de France, l’association Architectes de l’urgence aide les habitants à reconstruire leur maison principalement dans le nord de l’île. Une autre association, Likoli Dago, a quant à elle fait le choix de faire venir des containers d’outils de construction, qu’elle prête aux habitants tout en les formant à reconstruire les bâtiments dans les « règles de l’art ».
La reconstruction de l’habitat a donc constitué un gros volet de financement pour la Fondation de France, tout en demandant une réflexion approfondie de la part de ses responsables. Maintenant que les domaines fondamentaux de la reconstruction sont « sur les rails », la Fondation se lance dans une 3ème phase, qualifiée de « relèvement un peu plus structuré » par Karine Meaux. Elle fera l’objet du dernier article consacré aux financements de la Fondation de France, qui paraîtra dans une prochaine édition de Flash Info.
Nora Godeau est journaliste indépendante à Mayotte. Elle couvre les enjeux sociaux, culturels et environnementaux du territoire, avec une attention particulière portée aux voix locales et aux initiatives de terrain.



































