Près de deux ans après le passage du cyclone Chido, les opérateurs nautiques travaillent toujours dans des conditions précaires, faute de pontons adaptés à Mamoudzou et Dzaoudzi. Alors qu’ils reprennent leur mobilisation ce 2 novembre, le Département-Région assure que les procédures de reconstruction sont en cours.
Près de deux ans après le cyclone Chido, Mayotte n’a toujours pas retrouvé ses ports de plaisance. Ce 31 octobre 2026, de part et d’autre du lagon, les opérateurs nautiques continuent de composer avec les conséquences du passage du cyclone, le 14 décembre 2024, qui a détruit les pontons nécessaires à l’amarrage de leurs bateaux, à l’embarquement et au débarquement des passagers ou encore à l’acheminement des provisions. Faute d’infrastructures adaptées, les professionnels se débrouillent pour maintenir leurs activités.
À Dzaoudzi, si les bateaux ont retrouvé en nombre le port, les rejoindre sur l’eau relève encore de l’épreuve quotidienne. À Mamoudzou, le ponton d’urgence, installé dans la précipitation après le cyclone pour permettre aux derniers croisiéristes de la saison 2024 d’accoster, maintient à flot les professionnels du lagon. Mais cette infrastructure, qui devait être provisoire, s’est installée dans la durée malgré elle.
Des opérateurs nautiques excédés par deux années de galère
Si le cyclone Chido a détruit les installations, leur modernisation était déjà engagée avant son passage. Dans le cadre de la délégation de service public confiée par le Département-Région à la Chambre de commerce et d’industrie de Mayotte, un programme d’investissement de 15 millions d’euros avait été annoncé pour aménager les ports de plaisance de Mamoudzou et Dzaoudzi. Présenté en 2022, il prévoyait notamment la révision des pontons à Mamoudzou et la création de nouvelles infrastructures à Dzaoudzi. Le cyclone a totalement mis à l’arrêt ces projets.
Et, alors que la loi de programmation pour la refondation de Mayotte prévoit 300 millions d’euros de soutien aux collectivités territoriales pour la reconstruction, les professionnels de la mer attendent toujours.
Excédés par l’absence d’avancées concrètes, une quinzaine d’embarcations avaient perturbé la circulation des barges entre Grande-Terre et Petite-Terre, le 18 mai dernier. Les opérateurs avaient ensuite envisagé de bloquer une nouvelle fois le port, avec une mobilisation annoncée le 6 juillet. Mais après plusieurs échanges avec les autorités, ils avaient finalement suspendu leur mouvement, à la suite d’engagements pris par le Département-Région, notamment sur l’installation d’un ponton d’urgence à Dzaoudzi.
Quatre mois plus tard, estimant que ces engagements n’ont pas été suivis d’effets suffisants, les opérateurs nautiques ont décidé de reprendre leur mouvement ce lundi 2 novembre, à l’appel du Cluster Tourisme de Mayotte. Ils réclament une nouvelle fois l’installation de pontons provisoires fonctionnels et sécurisés, un calendrier précis pour la remise en état des infrastructures de Mamoudzou et Dzaoudzi, ainsi que des mesures pour protéger leurs bateaux.
“Je ne comprends pas cette pression”, réagit Hakim Madi, directeur des ports de Mayotte au Département-Région, à propos des blocages entre Grande Terre et Petite Terre. Selon lui, rien ne paralyse aujourd’hui la reconstruction des pontons, dont les procédures de marchés publics sont en cours. “Nous sommes en phase de construction des pontons définitifs”, assure-t-il, tout en rappelant que ces aménagements nécessitent plusieurs étapes avant le lancement des travaux.
Des appels d’offres bientôt terminés, un ponton de secours à venir à Dzaoudzi
À Mamoudzou, les études ont été réalisées, mais il reste notamment à retirer les encombrants présents en mer, une opération qui touche à sa fin, indique-t-il. Le déplacement des enrochements du front de mer par le cyclone Chido impose également de prendre en compte les nouvelles conditions du site. “On ne peut pas implanter un ponton comme ça du jour au lendemain. Il faut des études techniques avec les maîtres d’œuvre”, explique-t-il. Les appels d’offres concernant le remplacement des pontons, et l’enrochement du front de mer, doivent se clôturer le 13 novembre prochain.
En attendant, le ponton d’urgence continue de permettre aux professionnels de travailler, mais son état nécessite des interventions régulières. Mal positionné et exposé à la houle provoquée par le passage des barges, il subit des dégradations. “On doit faire des réparations régulièrement, dont certaines en urgence, notamment avant l’arrivée des croisiéristes”, précise le directeur.
À Dzaoudzi, la mise en place d’un ponton de secours fait également l’objet d’une procédure. Estimé entre 90 000 et 250 000 euros hors taxes, le marché a fait l’objet d’un premier appel d’offres lancé au mois d’août, avant que le Département-Région ne relance la consultation. Une nouvelle offre a été reçue récemment, indique Hakim Madi.
Le directeur défend la nécessité de prendre le temps de concevoir des installations plus solides et mieux adaptées aux conditions du lagon. “On ne peut pas demander à aller vite et en même temps vouloir des installations plus résistantes, plus durables. Cela prend du temps”, souligne-t-il, en reconnaissant les conditions de travail dégradées dans lesquelles travaillent les opérateurs.
Il distingue par ailleurs la remise en état des pontons de la construction de véritables ports de plaisance, qui nécessiterait, selon ses estimations, un à deux ans avant le début des travaux.
Pour justifier les délais, Hakim Madi rappelle que la reconstruction des équipements publics prend du temps. “Deux ans après le cyclone Chido, tous les bâtiments publics ne sont pas encore reconstruits, en raison de leur statut d’ouvrages publics”, fait-il valoir. Il établit un parallèle avec la grève actuelle au sein de la collectivité, alors que certains aménagements ne sont pas encore terminés. “Le travail est en train d’être fait”, insiste-t-il.
La fin de la DSP avec la CCI annoncée
Au-delà du chantier de reconstruction des pontons, se pose également la question de la gestion des futurs ports de plaisance. Selon Hakim Madi, le Département-Région est en phase de résiliation de la délégation de service public confiée à la Chambre de commerce et d’industrie de Mayotte, jusque-là gestionnaire, pour un cas de force majeure lié aux conséquences du cyclone Chido. La collectivité prévoit de lancer, dès 2027, une recherche pour désigner un nouveau gestionnaire.
Pour les habitants du territoire, la situation est un énième exemple d’une reconstruction qui patine. Véritables portes d’entrée sur le lagon mahorais, les ports doivent pourtant constituer une vitrine pour Mayotte et contribuer au développement de l’offre touristique tant espérée, dans le cadre d’une refondation durable du territoire.
La prochaine saison des croisières doit débuter en novembre, et comme il y a deux ans, les touristes découvriront Mayotte en passant par le ponton d’urgence.
Journaliste


































