Accord aérien avec la Tanzanie : vers de nouvelles liaisons pour Mayotte ?

Davantage de vols entre Mayotte et la Tanzanie ? C’est l’une des perspectives ouvertes par un accord aérien signé en 2023 entre la France et la Tanzanie, dont le projet de loi autorisant l’approbation a été adopté mercredi 4 novembre par la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale. Le texte vise à faciliter les dessertes régionales et à moderniser un cadre juridique vieux de près de cinquante ans. Mais plusieurs étapes restent à franchir avant que de nouvelles liaisons puissent voir le jour.

C’est à Mayotte, les 27 et 28 juin 2022, que les négociations ont été lancées, à la demande de la Tanzanie. Le pays souhaitait permettre à ses compagnies aériennes de desservir Mayotte et La Réunion, une possibilité que ne prévoyait pas l’accord bilatéral de 1978. Les discussions ont abouti à la signature d’un texte le 23 février 2023, à Dar es Salaam.

L’ancien accord était devenu largement obsolète. Il limitait notamment les compagnies françaises à deux vols par semaine vers la Tanzanie, un plafond déjà dépassé dans les faits grâce à des autorisations supplémentaires. Il ne répondait plus non plus aux exigences européennes et internationales en matière de sécurité et de sûreté aériennes.

Accord aérien avec la Tanzanie : vers de nouvelles liaisons pour Mayotte ?

Le texte signé en 2023 prévoit désormais deux routes distinctes : l’une entre la France métropolitaine et la Tanzanie, l’autre reliant la Tanzanie à Mayotte et La Réunion. Chaque pavillon pourra exploiter jusqu’à sept fréquences hebdomadaires sur chacune de ces routes. Les compagnies françaises pourront notamment desservir Dar es Salaam, le Kilimandjaro et Zanzibar.

Un accès facilité aux destinations internationales

Au-delà des liaisons directes, l’accord autorise les compagnies à conclure des partenariats commerciaux, notamment des accords de partage de codes. Ces dispositifs peuvent permettre aux voyageurs d’emprunter plusieurs compagnies dans le cadre d’un même itinéraire et de bénéficier de nouvelles correspondances vers d’autres destinations internationales.

Lors de l’examen du texte, la députée Estelle Youssouffa a salué « une avancée importante pour le désenclavement aérien de Mayotte ». Elle espère notamment que l’ouverture à la concurrence permettra de faire baisser le prix des billets d’avion et incitera Air France, qui dessert déjà la Tanzanie, à venir à Mayotte. L’élue y voit également des perspectives pour les échanges commerciaux entre les deux territoires.

Accord aérien avec la Tanzanie : vers de nouvelles liaisons pour Mayotte ?

Ces perspectives restent toutefois conditionnées aux décisions des transporteurs. L’accord ouvre de nouveaux droits de trafic, mais ne garantit ni l’arrivée de nouvelles compagnies ni une baisse des tarifs.

Accord aérien avec la Tanzanie : vers de nouvelles liaisons pour Mayotte ?

Les compagnies tanzaniennes sur liste noire

Un obstacle majeur demeure par ailleurs : depuis juin 2025, l’ensemble des compagnies aériennes certifiées en Tanzanie figurent sur la liste noire de l’Union européenne. Cette décision fait suite à des défaillances constatées dans la supervision de la sécurité aérienne. Tant que cette interdiction n’est pas levée, elles ne peuvent pas exploiter de vols vers Mayotte ou La Réunion.

Cette situation limite d’autant plus la portée immédiate de l’accord que sa renégociation avait précisément été demandée par la Tanzanie pour permettre à ses transporteurs d’accéder à ces destinations. Les compagnies françaises pourraient, en revanche, bénéficier de ce nouveau cadre.

Au-delà du transport aérien, l’accord intervient dans un contexte diplomatique tendu. La répression qui a suivi la réélection de la présidente Samia Suluhu Hassan, en octobre 2025, a conduit la France à réorienter ses relations avec la Tanzanie vers une coopération plus limitée, centrée sur certains intérêts stratégiques tels que l’immigration et la sécurité régionale.

Une abstention qui fait réagir Estelle Youssouffa

Si la rapporteure Clémentine Autain a reconnu l’intérêt de l’accord pour les territoires ultramarins, elle a choisi de s’abstenir, invoquant des réserves environnementales et économiques. Une position qui a fait réagir Estelle Youssouffa : « Estimez-vous que nous devons sortir de notre insularité à la nage ? Ou bien nous assignez-vous à rester sur notre caillou ? » La rapporteure a défendu la nécessité de distinguer les déplacements indispensables aux populations insulaires des voyages touristiques.

Le texte introduit par ailleurs, pour la première fois dans un accord aérien bilatéral signé par la France, une clause environnementale encourageant la coopération entre les deux pays pour limiter les effets de l’aviation sur l’environnement. Elle ne fixe toutefois aucun objectif contraignant de réduction des émissions.

Déjà adopté par le Sénat le 24 juin, le projet de loi a été approuvé sans modification par la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale. Il doit encore être examiné en séance publique avant que la procédure d’approbation puisse être achevée.

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Amelie Constant
Journaliste

Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.

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