🎁 Article offert
Près de 2 ans après Chido, les financements des projets de reconstruction dans les domaines fondamentaux sont désormais bien engagés. La Fondation de France souhaite donc se consacrer à présent à une 3ème phase, qui concernera des projets « davantage structurants ».
Début octobre 2026, 28 millions d’euros sur les 44,4 millions d’euros de dons privés récoltés par la Fondation de France ont déjà été engagés dans les domaines les plus fondamentaux. Une fois les 9% de frais de fonctionnement de la Fondation retirés, elle souhaite consacrer les 12 millions d’euros restant à des « projets de relèvement un peu plus structurants », selon l’expression de Karine Meaux, directrice du « pôle urgence catastrophes naturelles majeures ». Cette dernière nous indique que ces 9% de frais de fonctionnement servent à rémunérer les 250 employés de la Fondation, mais également les frais de mission, les frais de collecte ainsi que ceux liés au traitement administratif de l’argent récolté. Des audits des projets de chaque association financée sont également réalisés afin de s’assurer que l’argent sera utilisé à bon escient et un cabinet conseil a été engagé par la Fondation afin de les accompagner.
« Notre objectif est aussi qu’au moment de notre départ, le tissu associatif de l’île soit renforcé, ses capacités de gestion de projet améliorées et que la confiance entre les citoyens, les autorités et les associations soit restaurée », affirme Karine Meaux. « Quand nous sommes arrivés, les autorités ne voulaient rien déléguer aux associations par manque de confiance, alors qu’il est possible de faire beaucoup de choses en accompagnant correctement les associations citoyennes », estime-t-elle.
L’Etat et les collectivités commençant à prendre le relais des associations dans les domaines fondamentaux, la Fondation de France cherche désormais à financer « les acteurs structurants du territoire » afin de « reconstruire une Mayotte plus solide, plus durable et plus apte à faire face aux éventuelles catastrophes à venir ». L’essentiel de ces projets concerneront donc l’habitat (au sens large du terme), non plus dans une logique d’urgence cette fois-ci, mais de durabilité et de résistance aux aléas climatiques.
Des projets pour la jeunesse, « population charnière de l’île »
« Les 16-25 ans ont subi Chido de plein fouet, avec de grosses périodes de déscolarisation pour certains », affirme la directrice du « pôle urgences catastrophes naturelles majeures ». Beaucoup de jeunes de cette tranche d’âge sont en effet actuellement en difficulté. Les bacheliers sans papier sont dans l’impossibilité de commencer des études supérieures, mais même ceux qui ont des papiers se heurtent à des difficultés. « Il y a un gros manque de place dans les formations locales et celles qui nécessitent un départ vers l’hexagone ou La Réunion sont trop onéreuses pour la majorité des jeunes. Certes certaines aides existent, mais elles ne suffisent généralement pas pour financer le logement et la nourriture sur place », révèle Karine Meaux. Afin de venir en aide à ces jeunes et les sortir d’une oisiveté délétère, la Fondation de France tente de les pousser vers le bénévolat au sein des associations. « Certes les associations ne peuvent pas les payer, mais cela leur permet au moins de continuer à être actifs socialement », déclare-t-elle.
Cette « oisiveté des jeunes » est d’autant plus néfaste que le contexte de l’île en pousse certains vers la délinquance, faute de s’envisager un avenir viable. La Fondation de France finance donc beaucoup d’associations mettant en place des chantiers d’insertion. « Certaines d’entre elles essaient d’attirer des jeunes de la PJJ, afin d’essayer de les faire sortir de la délinquance, ce qui fonctionne vraiment bien », révèle Karine Meaux. Le travail au sein de ces chantiers permet notamment à beaucoup d’entre eux de sortir de l’illettrisme et de l’illectronisme.
Si le lien avec Chido peut paraître « lointain », il ne l’est pas tant que cela selon la directrice puisqu’elle a constaté que la catastrophe avait encore davantage tendu les relations entre les gens. « Les tensions ont augmenté entre les différentes communautés, entre les différentes citoyennetés, au sein des familles et entre les élèves et le corps éducatif, même si cette dernière problématique est nationale », affirme-t-elle. Pour elle, s’occuper des jeunes de l’île, qui constituent plus de 50% de la population, est donc indispensable car elle estime que les jeunes « constituent une population charnière pour le développement de Mayotte ».
Nora Godeau est journaliste indépendante à Mayotte. Elle couvre les enjeux sociaux, culturels et environnementaux du territoire, avec une attention particulière portée aux voix locales et aux initiatives de terrain.


































