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Ce document final issu des assises nationales pour la transformation de l’éducation nationale révèle un secteur éducatif marqué par une crise profonde caractérisée dont le financement est soutenu à hauteur de 66% par l’aide provenant des partenaires multi et bilatéraux, qui ont apporté, entre 1994 à 2025, près de 59 milliards de francs.
Le 18 octobre, un enseignant de français déplorait sur son mur Facebook, la dégringolade du niveau de ses élèves. » Le niveau des élèves a considérablement chuté, et jusque-là, aucune mesure concrète pour y remédier. Comment expliquer qu’un élève du lycée ne puisse pas dans une copie de 4 pages aligner une seule phrase qui soit grammaticalement exacte », soulevait, Youssouf Ali. Dans les commentaires, les internautes, parmi eux des Docteurs qui enseignent dans des universités ne manifestaient pas la moindre surprise car ce problème relève bien un mal profond qui touche l’éducation. Selon les conclusions du dernier rapport des assises nationales pour la transformation de l’éducation, le secteur traverse une crise profonde, notamment des dysfonctionnements qui se répètent avec régularité déconcertante.
« Cette uniformité des problèmes révèle l’existence d’un système centralisé qui reproduit mécaniquement ses défaillances sur l’ensemble du territoire, sans adaptation aux spécificités locales« , lit-on dans le rapport d’une centaine de pages. Pour produire ce document, des consultations ont été menées auprès de parents, enseignants, élèves et de responsables du système éducatif. D’après les experts auteurs du rapport, il y a urgence à resoudre les problèmes de langues d’enseignement et les carences scientifiques. La majorité des personnes sondées reconnaissent un désintérêt croissant des élèves pour les sciences et les mathématiques en particulier. Les causes citées sont nombreuses, notamment l’absence d’éveil scientifique au primaire et d’équipements scientifiques adéquats.
Difficile compréhension des maths
» Beaucoup de jeunes perçoivent les mathématiques comme matière difficile et inaccessible, réservée à une élite. Les principales difficultés de compréhension de cette matière résultent essentiellement du fait de l’approche d’enseignement, qui est très théorique. Cette pédagogie classique a tendance à rendre les mathématiques très complexes et leur compréhension difficile pour les élèves« , indique le rapport, finalisé le 06 octobre 2025. L’année dernière, Ali Abdoulhamid, ancien Doyen de la faculté des lettres et des sciences humaines à l’université des Comores, s’exprimant sur le sujet avait ajouté que dès le primaire les mathématiques n’étaient pas bien enseignées. Ce dernier faisait partie des experts engagés dans le cadre des assises pour la transformation des assises nationales sur l’éducation à l’issue desquelles il a été constaté qu’entre 2020 et 2025, plus de 60% des candidats au baccalauréat étaient issus de séries littéraires.
« Le fait le plus troublant révélé par les consultations réside dans la quasi–absence des technologies numériques dans les préoccupations exprimées, et ce à tous les niveaux d’enseignement. Cette occultation révèle une méconnaissance profonde des potentialités du numérique éducatif« , poursuit l’enquête. Organisées entre juin et juillet 2025, les assises nationales pour la transformation de l’éducation avaient entre autres comme but de degager des pistes d’orientation politique du système éducatif à partir d’analyses et de proposer des stratégies de concrétisation de la vision de l’éducation. En tout neuf thématiques étaient au cœur des travaux, dont un axé sur les enseignants, notamment la gestion des carrières ainsi que leur formation. Ceux interrogés disent ressentir un malaise profond dans l’exercice de leur métier, tandis que beaucoup d’entre eux ne remplissent pas leurs devoirs convenablement.
« En effet, beaucoup d’enseignants considèrent que leur ministère de tutelle ne tient pas compte de leurs préoccupations et leurs revendications ne sont pas satisfaites depuis plusieurs années. Cela impacte fortement le fonctionnement des établissements scolaires et nuit gravement à la qualité des apprentissages, à cause de la démotivation et de l’absentéisme de beaucoup d’enseignants ainsi que des grèves à répétition« , précisent les conclusions du rapport. Les principaux problèmes du corps enseignant tournent surtout autour de trois points : les conditions professionnelles et la reconnaissance, la formation initiale et continue, ainsi que le recrutement et l’évaluation. Le système a recours à des enseignants vacataires ou bénévoles dans tous les sous-secteurs du système (même dans l’enseignement supérieur).
Enseignant bénévoles non payés depuis 2024
Ces volontaires passent plusieurs années de service sans qu’ils ne soient recrutés, surtout à Anjouan. En 2024, le nombre d’enseignants bénévoles (hors université des Comores) est estimé à 1118, ce qui représente 22% du corps enseignant sur le terrain. L’analyse des données de l’enquête menée lors des assises révèle que 34,5% des enseignants ayant répondu au questionnaire déclarent exercer sans rémunération. » La présence des enseignants bénévoles impacte négativement la qualité de l’enseignement, engendre un manque de motivation, affecte donc directement la qualité des apprentissages et favorise des pratiques discriminatoires comme la distribution de notes de complaisance« , soulignent les données des assises. La précarité du corps est accentuée par l’absence de perspectives d’évolution.
La preuve 26,2% des enseignants ayant répondu au questionnaire n’ont bénéficié d’aucun avancement indiciaire ni de revalorisation salariale depuis 2020. Les travaux des assises ont aussi révélé une qualité d’enseignement affectée par l’insuffisance de la formation pédagogique des ensei gnants. Près d’un tiers des enseignants interrogés (32,4%) déclarent n’avoir bénéficié d’aucune formation pédagogique préalable, tandis que 37,8% indiquent n’avoir reçu qu’une préparation partielle ou jugée insuffisante avant leur prise de fonction. Pour le financement du système éducatif comorien, on découvre une aide internationale non négligeable, passant de 1.8 milliards sur la période de 1994-2009 à 33,6 milliards Fc ( 67 millions d’euros) entre 2018 et 2025. « Sur l’ensemble de la période 1994-2025, le volume cumulé de l’aide atteint 59,1 milliards Fc, dont 39,2 milliards Fc (66%) provenant de financements multilatéraux et 19,9 milliards Fc (34%) de financements bilatéraux« , complete le rapport qui note tout de même qu’entre entre 1981 et 2025 d’importants efforts budgétaires consentis par l’État pour soutenir le système éducatif. Un apport qui se révèle toujours insuffisant puisqu’au cours de ces 5 dernières années, les dépenses publiques courantes d’éducation représentent, au niveau national, une part relativement faible de la richesse nationale : entre 2,2% et 2,5% du PIB. Ce n’est pas tout. Plus de 88% des dépenses du budget total du ministère de l’éducation sont consacrés aux salaires, laissant de nombreux établissements souffrire d’un manque d’équipements et de salles de classe adaptées et aux normes.
Journaliste presse écrite basé aux #Comores. Travaille chez @alwatwancomore
, 1er journal des ?? / @Reuters @el_Pais @mayottehebdo ??


































