Alors que le rectorat appelle à la reprise des cours au lycée du Nord, à Mtsangadoua, les parents et personnels mobilisés ne se disent pas encore prêts à rouvrir l’établissement aux élèves. Après plusieurs jours de discussions, les négociations restent ouvertes, sans accord sur les moyens demandés.
La crise se poursuit au lycée polyvalent de la Cité du Nord, à Mtsangadoua. Après près de quatre semaines de mobilisation, les cours n’ont toujours pas repris avec les élèves. Si le rectorat, la direction de l’établissement et une partie des parents souhaitent un retour rapide en classe, les personnels et parents mobilisés estiment que les garanties demandées ne sont pas encore réunies.
Depuis le début de semaine, les positions apparaissent plus contrastées. L’intersyndicale, le groupe « La Voix des sans-voix » et le « Collectif des parents responsables pour la dignité » maintiennent leur mouvement. Ils demandent notamment des réponses sur les effectifs, les conditions matérielles d’accueil, les sanitaires, la restauration scolaire, la sécurité, les assistants d’éducation, les agents techniques et les équipements du plateau logistique.
Dans un communiqué daté du lundi 21 septembre, les organisations ont affirmé souhaiter une reprise des cours, tout en indiquant ne pas pouvoir reprendre le travail sans moyens supplémentaires et sans engagements concrets. Elles ont annoncé attendre une délégation du rectorat et demandé la tenue d’une nouvelle audience de la formation spécialisée en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail, la F3SCT, avant la fin du mois.
La députée interpelle le gouvernement
Lundi également, la députée de la deuxième circonscription de Mayotte, Anchya Bamana, a annoncé avoir échangé avec deux conseillers parlementaires du ministre de l’Éducation nationale. Elle a plaidé pour la conclusion d’un protocole de sortie de grève écrit, comprenant des engagements précis et un calendrier pour leur mise en œuvre, négocié entre le rectorat et les représentants mobilisés.
Dans un courrier adressé au Premier ministre, Sébastien Lecornu, la députée rappelle que les élèves du lycée du Nord ont déjà perdu environ un mois de cours depuis le début du mouvement, engagé le 31 août. Elle demande au chef du gouvernement d’intervenir afin que le ministère de l’Éducation nationale prenne les mesures nécessaires pour permettre une reprise de la scolarité dans des conditions normales.
Anchya Bamana demande également à connaître précisément les mesures prévues pour l’établissement ainsi que leur calendrier d’application. Elle alerte sur un possible élargissement de la crise à d’autres établissements de Mayotte et évoque la situation du lycée de Sada, où des enseignants ont exercé leur droit de retrait après des agressions signalées aux abords de l’établissement.
Mardi 22 septembre, une trentaine d’élèves sont entrés dans le lycée, sans qu’aucun cours ne soit assuré. Cette journée a illustré les divisions entre les parents. Une partie d’entre eux réclame la reprise des enseignements, notamment par crainte des conséquences pour les élèves qui préparent le baccalauréat. D’autres soutiennent la poursuite du mouvement aux côtés des personnels, jugeant les revendications nécessaires pour améliorer les conditions d’études.
Les organisations mobilisées contestent la représentativité du groupe de parents favorable à la reprise. Elles accusent le rectorat de s’appuyer sur ces divergences pour tenter de rouvrir l’établissement avant qu’un accord soit trouvé. Des parents favorables au retour en classe estiment, de leur côté, que les élèves ne doivent pas rester plus longtemps sans enseignement, alors que des enseignants non-grévistes sont présents dans l’établissement.
Plusieurs jours de négociations
Mercredi 23 septembre, une délégation du rectorat s’est rendue au lycée pour échanger avec les personnels et parents mobilisés. La rencontre, organisée de 9h40 à 15 heures, a réuni notamment le directeur académique adjoint des services de l’Éducation nationale, la directrice de cabinet de la rectrice et le directeur des ressources humaines.
Le rectorat a évoqué 69 heures supplémentaires hebdomadaires, deux contrats Parcours emploi compétences, quatre préfabriqués et entre sept et onze structures modulaires. Il a aussi été question de la réparation des sanitaires des élèves, de l’installation d’un modulaire destiné à accueillir de nouveaux sanitaires, d’une sollicitation de la délégation régionale académique à la formation professionnelle pour le plateau logistique et d’un travail avec la préfecture sur la sécurité des élèves, notamment dans le cadre des activités de kayak.
Les représentants mobilisés ont proposé d’accepter provisoirement des classes de seconde à 30 élèves, avec des dédoublements à venir, à condition que le rectorat s’engage à donner les moyens de revenir à 25 élèves par classe à la rentrée d’août 2027. Ils estiment ne pas avoir reçu de réponse satisfaisante sur cette demande, ni sur la restauration scolaire, les AED à temps plein, les recrutements, les agents techniques, les équipements logistiques et les heures nécessaires aux dédoublements.
Après trois jours de négociations, le rectorat a demandé quelques jours de réflexion. Les représentants des personnels et des parents mobilisés indiquent avoir pris le même temps pour examiner les propositions. Jeudi, des parents ont visité le lycée avec une délégation de la F3SCT afin de constater l’état de l’établissement et les difficultés soulevées dans le mouvement.
Les enseignants sont réunis du jeudi 24 au samedi 26 septembre pour travailler sur les projets pédagogiques, sans élèves. Le lycée reste fermé pendant cette période. Aucune date de reprise des cours n’a, à ce stade, été annoncée.
Journaliste, aussi passionné par les paysages de Mayotte que par sa culture. J’ai toujours une musique de rap en tête.


































